23 novembre 1992 : la Martinique île morte

The content originally appeared on: Martinique FranceAntilles

Le moment fut qualifié par les planteurs de bananes eux-mêmes d’« historique ». Toute l’île s’est mobilisée pour manifester sa solidarité. Le mouvement a eu pour première cible : l’aéroport du Lamentin. Après avoir répandu des bananes sur la piste, les manifestants se sont installés sur le tarmac avec la ferme intention d’y rester jusqu’à ce que le gouvernement réponde à leurs revendications : survivre à la tentation de déstabilisation de la production bananière antillaise menée par les multinationales américaines présentes notamment au Cameroun. 

Nous sommes le jeudi 26 novembre 1992. Depuis 4
jours, les planteurs de bananes, tous tonnages de productions
confondus, auxquels se sont joints les ouvriers agricoles, dans une
unité jamais vue, et avec un soutien inédit de quasi tous les
Martiniquais, attendent des réponses du gouvernement.

Il est un peu moins de 10 heures. Sur le tarmac de
l’aéroport du Lamentin, où aucun avion n’a pu ni décoller ni
atterrir depuis, Frantz Anexime, jeune agriculteur, à la tête du
comité de coordination du mouvement, avec à ses côtés Laurent de
Meillac, le président du Synbama, déclare : « L’annonce du
ministre des DOM-TOM Louis Le Pensec répond aux attentes des
producteurs de bananes (…). Nous attendons concrètement les
modalités d’application ». « Le Pensec a fait très fort
(…). On ne s’attendait pas à autant », reconnaîtra t-on à
bas mots, parmi les planteurs.

Une indéniable victoire au terme d’un mouvement
historique qui a paralysé toute l’île. Mais Frantz Anexime y voit
une autre victoire : « Tout le monde agricole, dit-il, et
particulièrement nos salariés, ont été les forces vives de notre
mouvement. C’est une profession unie, et qui, dans toutes ses
composantes, s’est battue avec acharnement pour que vivent la
banane et l’agriculture des Antilles. Sans cette unité et sans
cette cohésion, c’est tout un pan de l’économie antillaise qui
aurait disparu ». Tout semble dit. Mais il faut parcourir les
méandres de cet événement pour en saisir toute l’ampleur
historique.

Dans l’édition de France-Antilles du
vendredi 20 novembre 1992, le président de la Chambre de commerce
et d’industrie de la Martinique, Marcel Osenat, fait une
déclaration fracassante. Il avertit : « Si la banane
s’effondre, il y aura inévitablement des conséquences sur
l’activité économique (…). C’est-à-dire qu’au delà de la crise
proprement dite  de la banane, il y a un risque réel de
recomposition générale obligée de toute l’