Elle avait calculé la forme de la Terre avant que le monde entier ne l'écoute. Gladys Mae West, la mathématicienne afro-américaine dont les travaux ont jeté les bases du système de géolocalisation mondial, est décédée le 17 janvier 2026 à l'âge de 96 ans.
Son nom ne vous dit probablement rien. Pourtant, sans elle, vous auriez du mal à trouver votre chemin sans carte papier. Gladys Mae West, dont le décès a été confirmé par sa famille et l'université d'État de Virginie, a été l'une des artisanes principales du développement du GPS (Global Positioning System), ce système de positionnement par satellite devenu indispensable à notre quotidien. Pendant les années 1960 et 1970, alors qu'elle travaillait au Naval Surface Warfare Center, cette mathématicienne de génie a participé à la modélisation précise de la forme de la Terre. Ses calculs et ses algorithmes ont permis de créer un modèle géoïde extrêmement précis, sans lequel les satellites ne pourraient pas déterminer nos positions avec une telle exactitude.
L'histoire de Gladys West commence en 1930, dans le comté rural de Dinwiddie, en Virginie. Une Amérique encore profondément marquée par les lois ségrégationnistes. Son enfance, elle la passe à aider sa famille dans une petite ferme, sous un soleil écrasant, avant de parcourir des kilomètres à pied pour rejoindre une école réservée aux élèves noirs. Très jeune, elle comprend que l'éducation sera son unique porte de sortie. "Je savais que je devais obtenir un diplôme et partir. Je ne voulais pas rester coincée là toute ma vie" , confiait-elle en 2020 au Guardian. Brillante élève, elle décroche une bourse réservée aux deux meilleurs de sa promotion et intègre le Virginia State College, une université historiquement noire. Elle y obtient une licence en 1952, puis un master en 1955, tout en multipliant les petits emplois pour financer ses études.
Dahlgren, le laboratoire secret où tout s'est joué
En 1956, sa vie bascule. Elle est recrutée par le centre naval de Dahlgren, en Virginie. Elle devient alors la deuxième femme afro-américaine embauchée sur cette base et l'une des rares employées noires du site. À Dahlgren, Gladys West participe à l'un des chantiers scientifiques les plus complexes de l'époque : modéliser avec une précision inédite la forme de la Terre à partir de données satellitaires. Elle programme les premiers ordinateurs du centre, travaille sur des modèles géodésiques destinés à corriger les trajectoires des satellites, et dirige dans les années 1970 le projet Seasat, le premier satellite d'observation des océans. Ses calculs sont aujourd'hui considérés comme l'un des fondements du système GPS. Pourtant, sur le moment, elle n'a pas mesuré l'ampleur de ce à quoi elle participait : "On ne pensait pas que ce que l'on faisait dans le militaire allait un jour servir au civil. Ça a été une agréable surprise".
Une reconnaissance tardive, mais éclatante
Comme beaucoup de femmes scientifiques, et plus encore de femmes noires, Gladys West est restée invisible pendant des décennies. Elle poursuit pourtant sa formation, obtient un second master, puis un doctorat à 70 ans après un accident vasculaire cérébral. Ce n'est qu'à partir de 2018 que son rôle est enfin reconnu. L'U.S. Air Force, qui gère le système GPS, l'honore officiellement comme "pionnière cachée". La même année, elle est intronisée au Temple de la renommée des pionniers de l'espace et des missiles de l'U.S. Air Force. Ironie de l'histoire, Gladys West n'utilisait presque jamais le GPS. Elle préférait les cartes en papier. Une manière discrète de rester fidèle à ses premières amours mathématiques.
Une militante discrète pour les femmes et les minorités
Toute sa vie, Gladys West a appelé à soutenir davantage les femmes et les minorités dans les sciences. "Nous avons dû prouver que nous étions aussi capables que les autres. Il n'y a aucune différence dans le travail que nous pouvons accomplir" , répétait-elle. Son message a été entendu. L'université d'État de Virginie vient d'annoncer la création d'une bourse d'études en mathématiques et informatique portant son nom, pour encourager les jeunes générations à suivre son chemin.
Gladys Mae West laisse dans le deuil son époux, Ira West, trois enfants et sept petits-enfants. Mais elle laisse surtout un héritage technologique qui, chaque jour, guide des milliards d'humains sur une planète dont elle a su, mieux que personne, calculer les contours. Son histoire rappelle que derrière les révolutions technologiques se cachent souvent des pionniers dont les contributions, bien qu'essentielles, restent longtemps dans l'ombre de l'histoire. Aujourd'hui, la lumière est enfin faite.
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