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L’écoute de la musique aux Antilles-Guyane passée au crible | Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

24 May 2026
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L’écoute de la musique aux Antilles-Guyane passée au crible

Pour la première fois, une étude de grande ampleur s’intéresse à la consommation et aux usages de la musique aux Antilles et en Guyane. Quels genres musicaux sont écoutés, comment, dans quel contexte et sur quels supports ? Autant d’aspects qui permettent de soulever les caractéristiques bien particulières de l’écoute musicale dans ces territoires et de donner des clés aux professionnels pour coller au plus près des usages locaux.

Menée par la Fédérap, première fédération des professionnels du rap en France, et  Le ChewinGum, agence guyanaise d’aide aux artistes, une étude s’est focalisée pendant un an sur l’écoute musicale aux Antilles-Guyane (Guadeloupe, Martinique, Saint-Martin, Saint-Barthélémy et Guyane). D’abord destinée aux professionnels, l’étude fait ressortir les singularités de ces territoires en matière de consommation musicale et participe à combler le manque d’analyses de ce marché à conquérir.

Deux heures d’écoute par jour

Car d’après l’étude, conduite auprès de 932 personnes (dont 71% en Guyane), les Antillais et les Guyanais sont férus de musique. C’est l’activité culturelle favorite pour 88% des personnes interrogées, contre 76% dans l’Hexagone, et la musique est écoutée en moyenne quasiment 2 heures par jour.

Le contexte d’écoute est intéressant à relever pour ce qu’il dit des territoires. En effet, la musique est écoutée d’abord en voiture (86%), ce qui fait écrire aux auteurs de l’étude que la voiture constitue en elle-même « un lieu d’écoute à part entière, dans des territoires où les distances sont longues et les transports en commun peu développés ». L’écoute musicale y est davantage « individuelle et nomade » puisque 96% des répondants privilégient celle-ci sur leur téléphone portable.

Les genres musicaux plébiscités sont le reggae-dancehall, le zouk, le hip-hop et le rap, des genres qu’on retrouve peu dans les habitudes d’écoute hexagonales, et les langues chantées les plus écoutées sont le français, l’anglais et le créole à des niveaux quasi similaires. Mais les singularités des Antilles-Guyane en matière d’écoute sont aussi flagrantes en termes de supports privilégiés.

Le streaming explose

A la différence de l’Hexagone où l’usage de la radio prévaut, on apprend à la lecture de cette étude que les habitants des Antilles et de Guyane privilégient très largement le streaming vidéo et audio, c’est-à-dire la lecture de musique en direct depuis une plateforme en ligne, à la radio ou aux CD. A ce sujet, les auteurs soulignent la raréfaction des points de vente de CD et de vinyles sur les 5 territoires, en décalage avec le phénomène de retour en force du vinyle dans l’Hexagone. En Guyane, un seul disquaire résisterait encore.

Ainsi, les supports numériques représentent 89% des habitudes d’écoute. Plus précisément, 56% des répondants écoutent de la musique via du streaming audio, en particulier aux Antilles et sur Spotify et Apple Music, et 28% via du streaming vidéo en particulier sur Youtube dont l’utilisation est gratuite.

Les auteurs notent par ailleurs que les abonnés aux plateformes de streaming sont majoritairement âgés de 25 à 34 ans (72%) et en minorité chez les plus de 45 ans (9,5%), quand dans l’Hexagone la répartition entre les âges est plus homogène.

La visibilité des artistes caribéens accélérée par les réseaux sociaux

L’étude se penche aussi sur la visibilité des artistes caribéens et le rôle des réseaux sociaux dans leur essor. En effet pour 80% des personnes interrogées, les réseaux sociaux sont la première source de découverte de nouveaux artistes et, selon l’étude, le réseau social chinois Tik Tok « a joué un rôle déterminant dans l’essor des genres caribéens ces dernières années ». Des artistes reçoivent des signes de reconnaissance nationale, à commencer par la rappeuse martiniquaise à succès Méryl, qui chante par ailleurs en français et en créole.

Si l’étude ne vise pas l’exhaustivité et comporte ses limites, ayant été effectuée uniquement via un questionnaire en ligne et donc mettant de côté une partie de la population, elle permet de décrypter un secteur en pleine expansion mais encore peu analysé et elle s’inscrit dans le contexte des premiers états généraux de la musique en Guyane, lancés l’année dernière. On découvre que les pratiques d’écoute sont bien différentes entre l’Hexagone et les Antilles-Guyane mais que des limites sont à dépasser pour développer le marché : prix des abonnements élevés par rapport au niveau de vie moyen, manque de salles de spectacles ou encore visibilité insuffisante des artistes locaux.