Après le déferlement populiste, le Portugal confronté au risque d’instabilité

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Au lendemain des législatives qui ont mis fin à huit ans de règne socialiste, les Portugais se retrouvent lundi avec un Parlement où la droite modérée aura du mal à tenir sa promesse de former un gouvernement stable sans s’appuyer sur les populistes qui ont quadruplé leur nombre de sièges.

“Compte tenu de la répartition des sièges, il ne faut pas s’attendre à une grande stabilité”, a commenté à l’AFP Filipa Raimundo, professeure de Sciences politiques à l’Institut universitaire de Lisbonne ISCTE.

Annoncée par les sondages, la nouvelle poussée du parti d’extrême droite Chega (Assez) s’est confirmée lors du scrutin de dimanche, marqué par le taux de participation le plus élevé en près de 30 ans.

La formation antisystème fondée en 2019 par André Ventura est ainsi passée de 12 à 48 députés en doublant son score, à 18% des voix, par rapport aux précédentes élections de janvier 2022.

Il avait déjà alors été propulsé au rang de troisième force politique du pays, avec 7,2% des voix. Désormais, son président prétend avoir atteint l’objectif de devenir “la pièce maîtresse du système politique”.

En tout cas, à trois mois des européennes, les électeurs portugais ont confirmé que l’extrême droite progresse à travers le Vieux Continent.

“Un pays fracturé”

L’Alliance démocratique de centre droit (AD) emmenée par Luis Montenegro a pour sa part dû se contenter d’une très courte victoire face au Parti socialiste (PS), qui s’est rangé derrière Pedro Nuno Santos après la démission début novembre du Premier ministre sortant Antonio Costa.

Avant l’attribution des quatre mandats des circonscriptions de l’étranger, l’AD a remporté 29,5% des suffrages et 79 sièges sur un total de 230, tandis que le PS a obtenu 28,7% des voix et 77 députés.

Ce résultat ne permet donc pas au gagnant de former une majorité d’au moins 116 élus à lui seul, ni même en coalition avec un petit parti libéral arrivé en quatrième position avec 5% des suffrages et huit sièges.

Il y a deux ans, Antonio Costa avait remporté une majorité absolue avec un score de 41,4%, mais son gouvernement n’a pas résisté à son implication dans une enquête pour trafic d’influence visant son chef de cabinet.

“L’ouragan Chega retourne le pays vers la droite”, titrait lundi en Une le quotidien populaire Correio da manha, tandis que le Jornal de Noticias résumait ainsi les résultats de la veille: “une victoire fragile, un pays fracturé”.

“Je suis vraiment très satisfaite de la victoire de l’AD aux élections mais étonnée du score de Chega”, a réagi Elise de Morais, une gestionnaire de 38 ans interrogée par l’AFP sur une place du centre de Lisbonne.

Appel à la “responsabilité”

S’exprimant au bout d’une longue soirée électorale, le chef de l’Alliance démocratique Luis Montenegro a revendiqué une victoire “incontournable” et dit vouloir gouverner avec une “majorité relative”.

En bref, il compte sur la “responsabilité” des socialistes auxquels il a demandé de ne pas voter une éventuelle motion de censure aux côtés de Chega pour faire tomber son futur gouvernement.

Au Portugal, l’exécutif n’a pas besoin d’un vote au Parlement pour entrer en fonctions, ce qui pourrait arriver début avril. 

Le nouveau patron des socialistes Pedro Nuno Santos a ainsi accepté sa défaite et aussitôt endossé le rôle de chef de l’opposition.

Il a toutefois prévenu qu’il ne se sentait pas obligé de laisser passer le prochain budget de l’Etat en s’abstenant.

Cette échéance sera l’épreuve du feu de la fragile majorité de centre droit, prise en tenaille entre la gauche et l’extrême droite.

Le président de la République, le conservateur Marcelo Rebelo de Sousa, commencera mardi à consulter les partis représentés au Parlement, étape préalable à la désignation du prochain Premier ministre.

Luis Montenegro sera entendu en dernier, le 20 mars.

bur-tsc/lf/mr 

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