Avant les annonces du gouvernement, la promesse d’un blocage de Paris

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Accès à Paris perturbé, autoroutes bloquées, incendie d’un bâtiment à Narbonne, les agriculteurs font monter la pression juste avant les annonces du Premier ministre, attendues vendredi en fin d’après-midi.

Confronté à sa première crise depuis sa nomination, Gabriel Attal est arrivé peu avant 17H00 en Haute-Garonne, dans une exploitation bovine conventionnelle de la petite commune de Montastruc-de-Salies, où il doit échanger avec une quarantaine d’agriculteurs et présentera des mesures pour répondre à leur colère, a indiqué Matignon.

Il devrait annoncer une “panoplie de réponses” aux demandes multiples des agriculteurs, a assuré le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau qui sera au côté du Premier ministre avec son homologue de la Transition écologique Christophe Béchu pour ce déplacement en Occitanie, région malmenée par la sécheresse et la maladie hémorragique épizootique (MHE) où a débuté le mouvement de colère.

Jérome Bayle, l’éleveur occitan devenu figure du mouvement, est présent sur place. Avec Gabriel Attal, qui l’a appelé dans la matinée, “on a eu une discussion entre hommes. On s’est dit les choses et on verra ce qu’il va annoncer tout à l’heure”, a-t-il dit à l’AFP. 

En venant, “il nous montre une grosse marque de considération” et “il a compris les difficultés” du secteur, estime-t-il. Il attend trois mesures d’urgence sur le gazole non routier (GNR), sur l’irrigation et sur le versement des indemnités liées à la MHE.

En attendant, le blocage de Paris, promis par la section d’Ile-de-France du syndicat majoritaire agricole FNSEA et les Jeunes agriculteurs, a débuté.

Au péage de Saint-Arnoult, 200 tracteurs bloquent entièrement la circulation dans les deux sens sur l’A10-A11. “On en a marre des démarches administratives, d’être contrôlé tous les trois jours avec les satellites. Sur un bilan phyto (pesticides), s’il reste un litre qu’on n’a pas déclaré, on peut être embêté”, a déclaré à l’AFP Thibault Maréchal, céréalier dans l’Essonne, au sein du cortège.

D’autres barrages bloquent la circulation sur l’A6 et l’A13. Près de 400 kilomètres, sur un axe allant du sud de Lyon vers l’Espagne, ont déjà été fermés à la demande des autorités. L’A1, reliant Paris au nord de l’Europe, est aussi fermée à la circulation en différents points.

Des opérations escargot sont organisées partout, en Bretagne, en Aquitaine, en Rhône-Alpes… 

Rencontrés dans de multiples lieux de France par l’AFP, les agriculteurs ont des revendications diverses, selon qu’ils sont éleveurs de volailles frappés par la grippe aviaire, viticulteurs dont les vins se vendent moins, cultivateurs bio aux légumes boudés par les Français, ou grands céréaliers.

Incendie

La colère est profonde, nourrie par le désespoir de beaucoup de ne pas parvenir à vivre d’un métier qu’ils exercent avec passion. 

Tous expriment un “ras-le-bol” de la paperasserie, certains réclament une baisse du GNR, d’autres veulent un prix minimum pour leurs produits, le versement d’aides ou d’indemnisations dues de longue date, voire un moratoire sur l’interdiction des pesticides, comme nouvellement demandé par la FNSEA. Une partie des 140 revendications portées par le syndicat majoritaire nécessitent une loi ou des négociations à Bruxelles.

Un peu partout dans le pays, les manifestants s’en sont pris jeudi à des symboles de l’Etat et des grandes surfaces, donnant l’image d’une colère qui se radicalise.

A Narbonne, un bâtiment de la Mutualité sociale agricole (MSA), évacué par précaution jeudi, a été incendié vendredi en marge d’une manifestation d’agriculteurs, un geste qualifié d'”intolérable” par le président de la MSA Pascal Cormery.

Le syndicat agricole basque ELB a bloqué le port de Bayonne, notamment pour “dénoncer les accords de libre-échange”.

“Au nom de la stricte réciprocité”, le député LR Antoine Vermorel-Marques (Loire) a indiqué vendredi avoir déposé une proposition de loi pour interdire l’importation de produits agricoles qui ne respectent pas les normes imposées en France aux agriculteurs, dans une interview au Figaro.

Au port de Lorient, une centaine d’engins d’artisans du BTP et d’agriculteurs bloquent depuis jeudi un dépôt pétrolier, selon Vincent Graignic, un entrepreneur de travaux agricoles présent sur place et contacté par l’AFP.

Alors que les agriculteurs sont également mobilisés en Allemagne, Belgique, Pologne ou Suisse, le mouvement est populaire en France mais tous les syndicats ne plaident pas pour sabrer les normes environnementales.

Les ONG écologistes s’alarment notamment des appels à débrider les règles sur l’eau ou les pesticides tandis que la secrétaire nationale du parti Les Ecologistes, Marine Tondelier, a dénoncé vendredi ce qu’elle a qualifié d’absence “d’intérêt sur les questions environnementales et une totale incompréhension des questions sociales” de la part de Gabriel Attal.

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