Corée du Sud: Lee Jae-myung, grand gagnant des législatives au parcours jonché de scandales

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Grand gagnant des législatives de mercredi en Corée du Sud, Lee Jae-myung est l’un des hommes politiques les plus controversés du pays, au parcours marqué par de nombreux scandales et une tentative d’assassinat.

Ce fils d’ouvrier de 59 ans, battu d’un cheveu à la présidentielle de 2022 par le conservateur Yoon Suk Yeol, peut savourer sa revanche. Il est désormais en passe de dominer la vie politique sud-coréenne pour les prochaines années, et bien placé pour retenter sa chance à la magistrature suprême, comme tout le monde lui en prête l’intention.

Son triomphe aux législatives “donnera à Lee un grand élan dans sa quête de la présidence en 2027”, opine Bae Kang-hun, un consultant politique.

Lee Jae-myung a frôlé la mort en janvier, après avoir été poignardé au cou dans une rue de Busan (Sud) par un individu qui se faisait passer pour un de ses partisans. Rapidement remis, il est entré dans une campagne virulente contre le président Yoon Suk Yeol qu’il a juré de “punir” pour ses deux premières années au pouvoir.

“Demain est un jour de jugement. Demain est le jour où nous affirmerons que cette nation appartient au peuple”, a-t-il déclaré mardi lors de son dernier rassemblement à la veille du scrutin.

Né en 1964 à Andong, dans l’Est de la Corée du Sud, Lee Jae-myung est issu d’un milieu très modeste. A l’âge de 11 ans, faute d’argent pour entrer à l’école secondaire, il doit commencer à travailler dans une fabrique de gants. Jusqu’à ce qu’un accident du travail le rende partiellement infirme à l’âge de 13 ans.

Plus tard, il reprend les études, jusqu’à devenir avocat spécialiste de la défense des droits humains.

“Mes parents faisaient des ménages. J’ai échappé à la pauvreté, mais beaucoup autour de moi sont encore englués dedans… Je veux changer le système”, expliquait-il à l’AFP avant la présidentielle de 2022.

Revenu universel

Entré en politique en 2010, il a milité contre les inégalités, trouvant de plus en plus d’écho dans un pays confronté à la flambée des prix du logement et à un fort taux de chômage des jeunes.

Ancien maire de Seongnam, en périphérie de Séoul, et ex-gouverneur de la province de Gyeonggi, la plus peuplée du pays, il s’est distingué en rendant gratuits les soins de maternité et les uniformes scolaires. En 2020, au début de la pandémie de Covid-19, il crée le premier fonds d’aide du pays et distribue directement du cash à ses administrés.

Il souhaite instaurer un revenu universel de base dans l’ensemble du pays. Mais ses détracteurs l’accusent d’être un populiste qui, avec ces mesures, endettera les générations futures.

La carrière de Lee Jae-myung n’a pas été épargnée par les scandales, et le dirigeant d’opposition fait l’objet d’un grand nombre d’enquêtes, notamment pour abus de confiance et corruption.

En septembre 2023, l’Assemblée nationale a levé son immunité parlementaire dans une affaire liée à un contournement présumé des sanctions frappant la Corée du Nord. Le parquet avait requis, sans succès, un placement en détention provisoire.

M. Lee, qui récuse toute malversation, avait entamé fin août une grève de la faim pour dénoncer les pratiques selon lui autoritaires du gouvernement Yoon. Il avait été hospitalisé après 19 jours.

Son parcours d’ancien enfant ouvrier détonne en Corée du Sud, où l’écrasante majorité des dirigeants politiques sont issus des plus hautes classes sociales, aux riches réseaux d’influence.

Une particularité dont M. Lee n’a pas hésité à jouer, notamment face à M. Yoon, issu de la grande bourgeoisie. En 2021, son équipe de campagne avait publié deux photos pour illustrer le contraste avec son adversaire: l’une montrait un jeune Lee aux cheveux flottants dans un costume mal ajusté et l’autre un Yoon adolescent avec un nœud papillon.

“Vous pouvez plaindre les gens qui grelottent dehors dans le froid tout en restant assis dans votre salon chauffé”, avait déclaré M. Lee début 2022 à l’AFP. “Mais vous ne pourrez jamais vraiment comprendre leurs souffrances”.

kjk-ceb-roc/lpa/lch

Le dirigeant du Parti démocrate Lee Jae-myung, le 9 avril 2024 lors d’un dernier rassemblement de campagne à Séoul
• Jung Yeon-je

Le dirigeant du Parti démocrate en Corée du Sud, Lee Jae-myung, lors d’un meeting à la veille des élections législatives, à Séoul le 9 avril 2024
• Jung Yeon-je

Le dirigeant du Parti démocrate Lee Jae-myung, le 9 avril 2024 lors d’un dernier rassemblement de campagne à Séoul
• Jung Yeon-je