“En colère”, Gabriel Serville “se réserve le droit de participer” à la visite d’Emmanuel Macron en Guyane Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

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La visite officielle du chef de l’Etat Emmanuel Macron, prévue du 24 au 26 mars, près de sept ans après son dernier déplacement en Guyane, risque d’être boycottée par Gabriel Serville, le président de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG). En effet, les récentes déclarations du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin lors de sa réunion avec les élus corses le 26 février, dont l’un des points de discussions était de « reconnaitre que la collectivité de Corse a une place singulière dans la Constitution, soit un statut d’autonomie« , ont mis le feu aux poudres.

Dans un point presse tenu à Paris et rapporté par nos confrères de La 1ère, Gérald Darmanin a déclaré que les points de discussion étaient de « reconnaitre que la collectivité de Corse a une place singulière dans la Constitution, soit un statut d’autonomie qui permet de reconnaître ses spécificités linguistiques, culturelles, insulaires. Le deuxième sujet, c’est une habilitation générale qui serait donnée par la Constitution pour que le gouvernement en ce qui concerne le réglementaire, et le Parlement en ce qui concerne le domaine législatif, puissent déroger au règlement, au législatif, sur des lois afin de permettre à la Corse d’avoir une adaptation particulière d’une loi décidée ou d’un décret. C’est ce qu’on appelle le pouvoir d’adaptation qui reprend grosso modo la proposition de 2002 qui avait jadis échoué. Le troisième sujet, c’est les domaines de compétences législatives ou réglementaires qui seraient propres à la collectivité de Corse, ce qu’on appelle l’autonomie (..). Nous n’avons pas listé les compétences concernées par cette autonomie réglementaire ou législative, mais c’est une loi organique qui après la réforme constitutionnelle fixera les modalités et les compétences dans lesquelles s’inscriront cette autonomie. »

Ces déclarations du ministre de l’Intérieur et des Outre-Mer Gérald Darmanin, à la sortie d’une réunion avec les élus corses qui s’est tenue le 26 février, ont suscité de vives réactions de l’exécutif de la CTG. Gabriel Serville, le président de la CTG, invité du Guyane Soir de nos confrères de Guyane La 1ère le 27 février, s’est dit « profondément choqué et extrêmement en colère (…). Ça fait quelques décennies que la classe politique se bat pour que la Guyane puisse bénéficier d’un statut qui soit fait sur mesure (…), identifié dans la Constitution comme étant un territoire ayant un statut d »autonomie. »

Gabriel Serville considère que c’est « une insulte qui est portée à l’intelligence des Guyanais » (…). « Nous allons faire entendre au président de la République qui a programmé de venir en Guyane à la fin du mois de mars notre positionnement. Mon positionnement est clair, je vais exiger du président de la République deux choses : avant de venir en Guyane, qu’il annonce clairement à la population de Guyane son intention de faire exactement ce qu’ils ont fait pour la Corse, et qu’il décide d’éradiquer l’orpaillage illégal, dont on connait les exactions et les conséquences négatives sur la Guyane, comme étant une grande cause nationale. En dehors de ces deux points, je me réserve le droit de participer à cette visite officielle du président de la République en Guyane. »

Pour rappel, depuis deux ans, le projet d’évolution institutionnelle de la Guyane vers un statut d’autonomie inscrit dans la Constitution, fer de lance de la mandature Serville à la tête de la CTG depuis juin 2021, n’est toujours pas finalisé. Il y a eu « 25 comités de pilotage, 22 résolutions, trois Congrès des élus » a rappelé Gabriel Serville. « Il reste une toute petite étape à franchir » estime-t-il. Petite étape certes, mais parsemée de gros cailloux sur la route, notamment la problématique de la représentation autochtone au sein de la future collectivité, qui n’est toujours pas tranchée. Elle devrait l’être le 16 mars lors d’un Congrès spécifique des élus, quelques jours à peine avant la visite officielle du chef de l’Etat en Guyane.

 » La comédie a assez duré, aujourd’hui on n’est plus disposés à jouer à ce jeu de massacre » (Gabriel Serville)

En savoir plus dans notre dossier consacré au projet d’évolution institutionnelle de la Guyane