ENQUÊTE. La cocaïne sud-américaine et la violence des cartels déferlent sur l’Europe

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FAITS DIVERS

AFP

José del Carmen Abril dans sa plantation de coca de la région du Catatumbo, le 20 août 2022 dans le nord-est de la Colombie • RAUL ARBOLEDA

« Un c’est 70, deux c’est 120 ». Le livreur présente quelques boulettes à la jeune femme qui l’a rejoint au bas de son immeuble du très chic VIe arrondissement de Paris. Sous le plastique, de la cocaïne venue tout droit d’Amérique du Sud. 

Ce soir, la cliente se contentera d’un seul gramme. Sitôt
empochés les 70 euros, Hassan (prénom modifié) enfourche son
scooter et file vers sa prochaine livraison.

“C’est comme tous les livreurs à domicile, ceux qui +speedent+
avec des courses ou des sushis”, s’amuse le jeune dealer, “je
reçois des commandes et je tourne dans Paris”.

Dans la capitale française, comme dans la plupart des grandes
villes européennes, la “coke” coule à flots.

Quelques dizaines de minutes suffisent pour en prendre commande
sur une messagerie cryptée type WhatsApp ou Signal et la faire
porter chez soi comme une pizza. En matière de stupéfiants aussi,
“l’ubérisation” a révolutionné le marché.

“Les consommateurs préfèrent passer par une plateforme (de
messagerie) et se faire livrer en bas de chez eux par un mec qui
ressemble à un Deliveroo”, décrit la commissaire Virginie Lahaye,
cheffe des “stups” parisiens. “C’est beaucoup plus facile que
d’aller dans un coin un peu sordide en banlieue.”

Contrôle douanier dans le port de
Fort-de-France, le 16 juin 2022 en Martinique • STEPHANE DE SAKUTIN

En 2021, quelque 3,5 millions d’Européens ont goûté au moins une
fois à la cocaïne, selon l’Observatoire européen des drogues et
toxicomanies (OEDT). Un niveau “historique”, quatre fois supérieur
à celui mesuré il y a vingt ans.

La demande de poudre blanche suit la même progression que
l’offre. Vertigineuse.

Le…