Erdogan laisse entrevoir la fin de plus de 20 ans de pouvoir

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Le président Recep Tayyip Erdogan a pour la première fois vendredi laissé entrevoir la fin de plus de vingt ans de pouvoir à la tête de la Turquie.

S’adressant à un parterre de jeunes à Istanbul, il a annoncé que les élections municipales qui se tiendront le 31 mars seraient ses “dernières” .

“Je continue à travailler sans arrêt. Nous courons sans respirer parce que pour moi, c’est une finale. Avec l’autorité que me confère la loi, cette élection est ma dernière élection”, a assuré le chef de l’Etat, au pouvoir comme Premier ministre, puis comme président, depuis 2003.

“Mais ce qui en résultera sera une bénédiction pour mes frères qui viendront après moi. Il y aura un transfert de confiance”, a-t-il promis à 22 jours du scrutin, devant un rassemblement de la Fondation turque pour la jeunesse (TÜGVA), qui lui est toute acquise.

Infatigable bateleur d’estrade, M. Erdogan, 70 ans depuis le 26 février, réélu pour cinq ans en mai dernier, fait jusqu’ici figure d’indéboulonnable à la tête de la Turquie dont il domine le paysage politique depuis le début des années 2000.

Grâce à un changement de Constitution, ce musulman dévot, chantre des valeurs familiales et conservatrices, dédaigné par une élite urbaine et laïque, a été élu président de la République en 2014 au suffrage universel, puis reconduit à deux reprises à la tête de l’Etat, en 2018 et en 2023.

“N’y croyez pas!”

En mai dernier, il a cependant dû affronter un second tour de scrutin, une première.

Ses déclarations vendredi ont aussitôt suscité quelques réactions sarcastiques sur le réseau “X”, les internautes rappelant avec malice les multiples fois où le chef de l’Etat a fait part de sa “dernière” élection ou candidature comme parlementaire, président du parti, ou à la présidence de la République – en 2009, 2012 et 2022.

“N’y croyez pas!” prévenait ainsi Ercan Ozcan, militant des droits humains qui voit dans cette déclaration un “appel à +S’il vous plaît, votez pour la dernière fois+”. 

“Mais nous savons très bien qu’il essaie de modifier la constitution pour assurer sa réélection encore et encore”, estimait-il sur “X”.

Souvent dépeint en sultan indétrônable, campé dans son palais de plus de 1.100 pièces, bâti pour lui sur une colline boisée d’Ankara, Recep Tayyip Erdogan qui s’est lancé avec la même énergie dans l’actuelle campagne municipale, a de fait remporté toutes les élections depuis l’arrivée au pouvoir de son parti islamo-conservateur, l’AKP, en 2002.

Jusqu’à ce que l’opposition le prive en 2015 de sa majorité parlementaire puis, en 2019, lui inflige un nouveau camouflet en ravissant les municipalités d’Istanbul et d’Ankara, la capitale.

L’enjeu principal des élections du 31 mars pour le Parti AKP de la Justice et du Développement, est justement de reconquérir Istanbul, plus grande ville et capitale économique du pays, dont M. Erdogan fut lui-même le maire dans les années 90.

Pour détrôner l’édile CHP (social-démocrate) Ekrem Imamoglu élu en 2019, l’AKP a désigné un ancien ministre de l’Environnement, Murat Kurum. 

ach/fjb

Recep Tayyip Erdogan, le 13 novembre 2002, lors d’une visite à Rome
• Gabriel BOUYS