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Football féminin : le cycle menstruel augmente-t-il la gravité des blessures ?

20 February 2026
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Des travaux récents sur le sport féminin commencent à montrer que le moment du cycle menstruel au cours duquel survient une blessure pourrait peser lourd sur la suite. Une étude menée sur des footballeuses professionnelles espagnoles révèle un lien direct entre les règles et la sévérité des lésions.

Pendant quatre saisons, de 2019 à 2023, une équipe de chercheurs espagnols et britanniques a suivi 33 footballeuses professionnelles évoluant au plus haut niveau de compétition en Espagne, la Liga F. Ces joueuses ont consigné avec précision leurs jours de règles et leurs jours sans règles, permettant aux scientifiques d'analyser 852 cycles menstruels et 80 blessures aux membres inférieurs. L'équipe de recherche, composée du département médical du FC Barcelone, de l'Unité de Médecine du Sport et de l'Exercice de la Clinique Hospitalière et Sant Joan de Deu de Barcelone, ainsi que de l'University College de Londres, a croisé ces données pour tenter de comprendre l'impact des fluctuations hormonales sur les risques de blessures. Contrairement à certaines idées reçues, les résultats ne montrent pas une augmentation de la fréquence des blessures pendant les règles. Comme le résume la docteure Eva Ferrer, médecin du sport et spécialiste de la santé des femmes au Barça Innovation Hub : "Nous démontrons que les menstruations en elles-mêmes n'augmentent pas la fréquence des blessures".

En revanche, ce qui change radicalement, c'est la gravité des lésions survenues à ce moment-là. Les chiffres sont éloquents. La fréquence des lésions des tissus mous (muscles, tendons et ligaments) était plus de trois fois supérieure lorsque les blessures survenaient pendant les règles. En termes de temps d'indisponibilité, le constat est tout aussi frappant : 684 jours perdus pour 1 000 heures d'entraînement lorsque la blessure survient pendant les règles, contre seulement 206 jours pour les blessures survenues en dehors de cette période.

Le rôle clé des hormones dans la récupération

Pour comprendre ce phénomène, les chercheurs se sont penchés sur le rôle des hormones. La phase menstruelle correspond en effet à des niveaux bas d'œstrogènes et de progestérone, deux hormones qui participent à la protection et à la réparation musculaire. "Les taux d'hormones ne provoquent peut-être pas la blessure, mais ils peuvent influencer sa gravité et la durée de la convalescence", explique la docteure Ferrer. Plusieurs facteurs entrent en jeu. Un faible taux d'œstrogènes peut ralentir la réparation musculaire, tandis que la fatigue accrue, les douleurs et les troubles du sommeil souvent associés aux règles peuvent altérer le contrôle neuromusculaire. La perte de fer liée aux saignements peut également diminuer l'endurance et ralentir la récupération. Enfin, l'inflammation, potentiellement exacerbée pendant les menstruations, peut aggraver les lésions tissulaires.

Faut-il pour autant mettre les sportives à l'arrêt plusieurs jours par mois ? Les auteurs de l'étude répondent clairement par la négative. L'objectif n'est pas d'éviter de s'entraîner pendant les règles, mais d'adapter intelligemment l'entraînement. "De petites modifications comme des échauffements plus longs, une charge d'entraînement ajustée, ou un soutien supplémentaire à la récupération peuvent aider à réduire la gravité des blessures si elles surviennent", concluent les auteurs. En clair, il s'agit d'écouter son corps, de suivre son cycle et ses symptômes pour ajuster l'intensité des séances et les stratégies de récupération.

Vers une science du sport pensée pour les femmes

Cette étude s'inscrit dans un mouvement plus large en faveur d'une science du sport spécifiquement féminine. Longtemps, les modèles de recherche ont été conçus à partir de sportifs hommes, et appliqués sans distinction aux athlètes femmes. Les résultats de ces travaux montrent pourtant l'importance de prendre en compte les spécificités physiologiques féminines. Pour la docteure Eva Ferrer, "cette étude soutient un mouvement croissant en faveur d'une science du sport spécifiquement féminine, plutôt que d'appliquer aux femmes des modèles de recherche conçus pour les hommes".

Ces conclusions, si elles concernent d'abord les sportives de haut niveau, peuvent également être utiles aux sportives amatrices. Un simple suivi calendrier ou via une application permet d'anticiper les jours de règles et de programmer ce moment pour des séances un peu moins explosives, sans pour autant renoncer à la pratique sportive. Une petite révolution dans la manière d'appréhender l'entraînement au féminin.