Haïti sous pression pour lancer une transition politique

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Des partis politiques et personnalités d’Haïti s’efforcent mercredi de s’accorder sur la composition d’autorités de transition après l’annonce de la démission du Premier ministre contesté Ariel Henry, afin de tenter de rétablir un semblant de stabilité dans ce pays des Caraïbes miné par les gangs.

Lundi, lors d’une réunion d’urgence en Jamaïque avec la participation de représentants haïtiens, la Communauté des Caraïbes (Caricom), l’ONU et plusieurs pays comme les Etats-Unis et la France ont chargé des formations haïtiennes de mettre sur pied un “conseil présidentiel de transition”.

Juste avant avait été annoncée la démission d’Ariel Henry, qui ne parvenait pas à regagner son pays et se retrouvait bloqué à Porto Rico. Nommé quelques jours avant l’assassinat en 2021 du président Jovenel Moïse, il était fortement contesté ces derniers mois.

Haïti, qui n’a connu aucune élection depuis 2016, est toujours sans chef d’Etat.

“24 à 48 heures”

Le conseil présidentiel transitoire doit être formé de sept membres votants représentant les principales forces politiques en Haïti et le secteur privé. Deux observateurs sans droit de vote doivent en outre porter la voix de la société civile et de la communauté religieuse.

Ce groupe doit “rapidement” nommer un Premier ministre intérimaire, selon la Caricom.

Le département d’Etat américain a indiqué mardi que le conseil devait être formé “dans les 24 à 48 heures”.

Les négociations semblent toutefois ardues et la plupart des partis contactés par l’AFP indiquent être encore en pourparlers.

Si le regroupement EDE/RED/Compromis historique, formation proche du président assassiné Jovenel Moïse, a déjà soumis sa représentante à la Caricom (il s’agit de l’ancienne ministre Marie Ghislaine Mompremier), des membres du collectif du 21 décembre – groupe d’Ariel Henry – sont eux en désaccord sur le choix de leur représentant.

Une majorité a choisi l’ancien député Vikerson Garnier, mais certains membres s’y opposent.

“Nous parlons de partis politiques qui n’ont pas pu se mettre d’accord ces quelques dernières années”, a dit à l’AFP Ivan Briscoe, directeur du programme pour l’Amérique latine et les Caraïbes à l’International Crisis Group.

Maintenant qu’Ariel Henry est sur le départ, “peut-être se tourneront-ils vers l’intérêt national et laisseront-ils de côté les intérêts de leurs partis pendant un certain temps, jusqu’aux élections. Mais il y a évidemment des inquiétudes sur leur capacité à se mettre d’accord”, a-t-il ajouté.

Timide reprise

En attendant à Port-au-Prince, théâtre d’une flambée de violences ces dernières semaines, les activités commerciales ont repris mercredi selon un correspondant de l’AFP.

Des transports en commun étaient visibles dans les rues et certains bureaux de l’administration publique ont rouvert leurs portes après plus de deux semaines de fermeture.

Les établissements scolaires restent toutefois fermés, tout comme l’aéroport international.

Plusieurs habitants de la capitale ont salué l’annonce de la démission d’Ariel Henry mais certains s’interrogent sur la place à donner aux gangs, qui contrôlent des pans entiers du pays, notamment 80% de Port-au-Prince, et sont accusés de multiples exactions.

M. Henry “était le plus gros obstacle qu’on ait eu (…). Il n’avait pas de plan réel pour le pays. Mais on devrait avoir un mécanisme rapide pour le remplacer”, a affirmé Emmanuel, qui n’a pas souhaité donner son nom de famille.

Maintenant “c’est au peuple haïtien de décider qui doit être Premier ministre et qui doit être président. Ces personnes devraient être des Haïtiens patriotes, et ils devront avoir un sens de la souveraineté nationale”, a dit de son côté Jean Dieuchel.

Fritz Fils Aimé, lui, estime que “rien ne peut se faire maintenant si on ne se coordonne pas avec les gangs armés”. “Il faut une entente”, soutient-il.

Face à la situation complexe, le Kenya a annoncé mardi suspendre l’envoi prévu de policiers en Haïti dans le cadre d’une mission internationale soutenue par l’ONU. Le président kényan a cependant dit mercredi que ce déploiement aurait bien lieu “dès que le conseil présidentiel sera(it) en place”.

Selon l’Organisation internationale des migrations, 362.000 personnes sont actuellement déplacées en Haïti.

L’ONU, dans la foulée de nombreuses ambassades occidentales, a annoncé mercredi retirer son personnel “non essentiel” du pays.

str-gma-iba/ube/rle

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