Hélène Judes :

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La présidente du tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre, Hélène Judes, a été appelée à des nouvelles fonctions à Aix-en-Provence. Restée en poste pendant quatre ans, elle tire un bilan globalement positif de son passage, alors même que le fonctionnement de l’instance a été bouleversé par de multiples crises. Rencontre. 

France-Antilles Guadeloupe : Pouvez-vous tirer un bilan de votre passage au tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre ?

Hélène Judes : Ce n’est pas chose aisée de dresser un bilan tant il s’est passé de choses depuis mon arrivée jointe à l’ancien procureur de la République de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins.  Nous sommes arrivés en pleine grève des avocats, puis il a eu les épreuves du Covid avec l’alternance de confinement et de déconfinement. Alors que nous en sortions, les émeutes de 2021 ont éclaté sans parler des évènements climatiques importants qui ont entraîné des fermetures de juridictions.

Au regard de tout cela, je dirais que j’ai appris la gestion de crise car à chaque fois, il a fallu adapter la vie de la juridiction, prendre en compte les intérêts des justiciables et assurer la sécurité des personnels.

Mais avec tous ces aléas des projets n’ont pas pu se réaliser de manière lisse et sereine. 

France-Antilles Guadeloupe : Concernant le manque de personnels avez-vous réussi à trouver un équilibre ?

Hélène Judes : Durant toutes ces années, nous avons eu des problèmes d’effectifs, particulièrement au greffe. En revanche, l’effectif des magistrats du siège était plutôt bien par rapport à ce que connaissent d’autres régions.

Toutefois, je m’en vais à la fin de l’année et je ne suis pas remplacée. Par ailleurs, nous avons deux postes vacants au siège, à l’instruction et au tribunal pour enfants. De fait, la juridiction pour ce qui est des  magistrats sera en grande difficulté pour le premier trimestre 2024. C’est pour cela que je m’emploie, avant mon départ, à réorganiser la juridiction pour y palier.

France-Antilles Guadeloupe : La juridiction ressent-elle encore les effets de la crise sanitaire ?

H.J. : Clairement, les effets de la crise sont passés. Nous avions mis en place des process, pour le notamment pour le civil qui nous permettaient de continuer à instruire ces affaires. Et au sortir de la crise, nous avons pris des décisions pour refluidifier la matière pénale, nous avons de bons délais, et cela avait été souligné par le ministre de la Justice lors de sa visite.

En revance, et c’est peut-être un volet moins médiatisé, mais les contentieux civils vont pâtir et nous auront du mal à assurer de bons délais.

France-Antilles Guadeloupe : La surpopulation carcérale est un des noeuds du système jurdiciaire local. Comment le tribunal gère-t-il ce facteur ?

H.J. : La politique pénale est le domaine de la procureur. Ce que l’on peut dire c’est que le juge d’application des peines est sensibilisé à cette problématique. C’est vrai que le bracelet électronique est un moyen, mais ce que l’on oublie c’est que c’est une peine, c’est un emprisonnement à domicile. La législation impose des aménagements de peines.

L’ennui, c’est que la délinquance que nous connaissons en Guadeloupe, empêche ces aménagements car elle implique régulièrement l’utilisation des armes. Il faut bien comprendre que nous avons des audiences pénales tous les jours et que nous jugeons des mineurs pour des faits criminels. La justice ne fait pas tout et je trouve que ce sujet n’est pas assez pris en compte par la société.

France-Antilles Guadeloupe : Quelles ont été vos relations avec les avocats ? 

H.J. : Je les ai trouvées bonnes alors même que les sujets étaient parfois épineux. J’ai réussi à être dans le dialogue avec les batônniers, nous réflechissons à appliquer la loi de la meilleure des façons. Ce fût le cas avec maître Tania Bangou avec qui j’ai travaillé sur la question des successions. C’est un gros sujet en Guadeloupe et si je dois dire que l’effet attendu n’est pas encore celui que l’on espérait, c’est un travail intéressant, durant lequel nous avons confronté nos points de vue afin d’aider les concitoyens.

Si j’ai pu découvrir quelque chose de spécifique à la Guadeloupe, c’est bien que l’interprétation des textes n’est pas toujours facile. Mais je le redis, on attend aussi trop de la justice, on devrait avoir des propositions de loi spécifiques, au local pour résoudre ces problèmes.

France-Antilles Guadeloupe : Votre poste au tribunal judiciaire de la Guadeloupe vous attend. Comment envisagez-vous cette nouvelle étape de votre carrière ?

H.J. : J’ai eu la chance d’être entendue et choisie par le conseil supérieure de la magistrature. C’est un beau projet que d’être présidente du tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence. De plus, je suis ravie de rester dans un tribunal, où je suis au contact de collègues, d’avocats, parfois plus jeunes que moi. J’ai l’impression de transmettre un peu de mon expérience et j’espère continuer de jouer de l’esprit fédérateur que je pense avoir montré ici.

Par ailleurs, vous savez, je suis venue en Guadeloupe pour des raisons personnelles. J’aime cette île depuis longtemps. Mon père est Guadeloupéen. Comme je l’ai dit à mon discours d’entrée, ma grand-mère paternelle était gardienne de prison à la prison des femmes que le tribunal de Pointe-à-Pitre est venu remplacer. Je le vis comme une transmission à travers les années, je suis très heureuse d’être ici, mais il y a des opportunités de la vie professionnelle qu’on ne peut pas refuser.

J’ai mieux connu le pays, la vie quotidienne avec ses bonheurs et ses contraintes. Il m’aurait manqué quelque chose si je n’avais pas eu cette expérience.