« Il y a vraiment de quoi s’alarmer concernant la violence en Martinique »

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De passage aux Antilles-Guyane, le délégué national DROM/COM du syndicat policier Alliance a fait le tour des services et été reçu par les autorités. 

Qu’est ce qui a motivé votre venue à la Martinique cette semaine ?

C’est un déplacement en Outre-Mer, en Guyane, en Martinique puis en Guadeloupe et à Saint-Martin. L’objectif premier, c’est de venir prendre la température sur le terrain quant aux conditions de travail et de voir, comment, à notre niveau, on peut améliorer les choses, en termes de moyens humains et financiers. Cette venue tombe en pleine visite ministérielle avec des annonces qui vont dans ce sens. 

 

Justement, elles interviennent dans un cadre d’extrêmes violences depuis le début de l’année, quel est votre regard sur la Martinique ?

Quand on regarde les départements les plus criminogènes de France, rapportés à la population, la Guyane est en première position avec 31 homicides et la Martinique, 2ème, avec 23 homicides depuis le début de l’année. Marseille, avec ses millions d’habitants, a 25 homicides. Je pense qu’il y a vraiment de quoi s’alarmer. Même si nous saluons les annonces gouvernementales qui sont importantes en terme de renfort, on craint qu’elles ne soient pas suffisantes à moyen et long terme. On continuera d’alerter le ministre de l’intérieur et on compte sur nos organisations syndicales pour alerter les politiques locaux. 

La délégation syndicale a été reçue en préfecture.

– Rodolphe Lamy

 

La question des armes en circulation dans l’île est au cœur des débats, cela vous inquiète-il aussi ?

Un arrêté a été pris pour interdire la vente des armes de catégorie C et D, qui circulent depuis des années, au grand public. Mais, là où ça pose un vrai problème, c’est que les délinquants n’utilisent pas ce type d’armes. Ils ont recours à des kalashnikov, à des armes de guerre… Nous devons aussi adapter notre réponse à ce type de délinquance, pas uniquement pas des moyens matériels mais par des moyens humains. On ne peut pas accepter que des voyous, comme en novembre dernier, puissent tenir le feu pendant plusieurs jours face à des policiers entraînés. Cela interroge forcément sur le nombre d’armes et de munitions qu’il peut y avoir sur l’île.

« La justice doit devenir le problème des voyous »

 

Alliance a longtemps pointé une justice trop laxiste, est-ce encore le cas ?

Notre secrétaire général a dit que le problème de la police, c’est la justice. Nous sommes un peu revenus, depuis, sur cette ligne directrice. La justice n’est pas le problème de la police mais elle doit devenir celui des voyous. On est conscients que, comme nous, cette justice fait face à un manque de moyens matériels mais aussi de magistrats, de fonctionnaires. Le problème sécuritaire n’est pas uniquement celui de la justice mais un problème sociétal, qui doit mobiliser tous les acteurs de la société. Nous, ce qu’on demande, c’est une plus grande sévérité concernant les violences faites aux policiers. On ne peut pas accepter qu’on s’attaque aux policiers, aux forces de sécurité en général et qu’un individu se retrouve dehors avec une arme.

 

Au niveau syndical, il y a également une véritable révolution au sein de la police nationale, à la veille d’élections professionnelles en décembre prochain ?

Oui, c’est un moment très important dans la vie du syndicalisme policier. Alliance et l’Unsa ont créé, au niveau national, un partenariat avec 13 syndicats désormais réunis. C’est une chose inédite et du jamais vu dans la police nationale. Nous avons désormais une place indéboulonnable en représentant entre 65 et 70% des policiers. On devient l’interlocuteur incontournable.

 

Quels seront, justement, vos champs d’action prioritaires ?

Notre volonté, c’est surtout de défendre la réforme des retraites qui nous attend. Au niveau de l’Outre-Mer, il y a les questions des bonifications, de l’Indemnité Temporaire de Retraite (ITR), de la vie chère… Il s’agit d’endiguer la paupérisation de la retraite des policiers. 

À la Martinique, 79 policiers sont retraitables, déjà en prolongation, et en capacité de partir à tout moment. En fonction des annonces gouvernementales, ils pourraient partir prématurément. À cela s’ajoute aussi, ici, la problématique du vieillissement des effectifs avec une moyenne d’âge très élevée chez nos collègues.