Israël intensifie son offensive dans le sud de Gaza, les civils attendent l’aide

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L’armée israélienne a encore accentué mardi son offensive contre le Hamas dans la bande de Gaza assiégée, où la population civile vit “l’enfer sur terre”, selon un responsable de l’ONU, et tente d’échapper aux bombes dans des conditions humanitaires chaque jour plus désespérées.

Les combats terrestres accompagnés de frappes aériennes meurtrières font rage entre soldats israéliens et combattants islamistes dans le secteur de Khan Younès, la grande ville du sud, où s’étaient réfugiés des centaines de milliers de civils après avoir fui la guerre dans le nord du territoire palestinien.

Poussés à fuir à nouveau, des dizaines de milliers d’entre eux s’abritent à présent dans des camps de fortune dans la ville voisine de Rafah, à la frontière avec l’Egypte, où la nourriture se fait rare malgré des distributions limitées d’aide humanitaire.

Gaza est “l’enfer sur terre”, a lancé mardi le directeur de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, en visite dans le territoire.

“De retour à Gaza, tragédie qui s’aggrave interminablement. Les gens sont partout, vivent dans la rue, manquent de tout. Ils implorent la sécurité et la fin de cet enfer sur terre”, a déclaré Philippe Lazzarini sur le réseau social X.

Dans le nord de la bande de Gaza, le ministère de la Santé du Hamas a affirmé que l’armée avait lancé mardi une attaque contre l’hôpital Kamal Adwan, après l’avoir “assiégé et bombardé” depuis plusieurs jours.

Plusieurs hôpitaux de Gaza ont été pris dans les combats depuis le début de la guerre, Israël accusant le Hamas d’y avoir installé des infrastructures et d’utiliser ainsi des civils comme des “boucliers humains”.  

Selon le ministère de la Santé du Hamas, plus de 18.200 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza, en grande majorité des femmes et des moins de 18 ans, par les bombardements israéliens déclenchés par l’attaque sanglante du mouvement islamiste lancée contre Israël le 7 octobre.

En Israël, cette attaque a fait 1.200 morts, en majorité des civils, selon les autorités.

“Arrêter les bombardements”

Dans le sud de Gaza, plusieurs frappes meurtrières ont de nouveau visé mardi Khan Younès et Rafah, selon des images et des témoignages recueillis par l’AFP.

A Rafah, des survivants fouillaient les ruines, à mains nues ou à l’aide de pelles, dans le quartier de Zorob, après une frappe nocturne qui a creusé un cratère de plusieurs mètres de profondeur. Une petite fille a pu sauver quelques cahiers. Autour, les maisons sont éventrées.

“Il reste des gens sous les décombres. La Défense civile nous aide mais nous n’avons pas assez d’équipement pour les sortir”, a témoigné Abu Jazar, un homme de 23 ans, en implorant: “Nous appelons le monde arabe et le monde entier à mettre la pression pour arrêter les bombardements sur Gaza”.

A l’hôpital al-Najjer de Rafah, Hani Abu Jamea porte en pleurant le corps enveloppé dans un linceul blanc de sa fillette, Sidal, tuée par un éclat d’obus alors qu’elle dormait sous une tente. Autour de lui, dix corps sont alignés.

“Il y a eu un bombardement très, très fort, à trois reprises. (…) Au matin, j’ai découvert qu’elle avait été tuée”, a raconté cet homme à l’AFP.

En riposte à l’attaque du 7 octobre, Israël a promis de détruire le Hamas, au pouvoir depuis 2007 à Gaza, considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, l’Union européenne et Israël notamment.

En parallèle à sa campagne de frappes aériennes dévastatrices, l’armée mène depuis le 27 octobre une offensive terrestre contre le Hamas, concentrée dans un premier temps dans le nord puis étendue à l’ensemble du territoire. 

L’armée a indiqué mardi que 105 soldats étaient morts depuis le début des combats au sol à Gaza, dont 13 tués par des “tirs amis”.

Une trêve de sept jours, du 24 novembre au 1er décembre, a permis de libérer 105 otages aux mains du Hamas et de groupes affiliés, tandis que 137 otages restent détenus dans la bande de Gaza.

Un “point de rupture”

Mardi, du côté israélien de la frontière, une équipe de l’AFP a entendu des tirs d’artillerie ininterrompus et plusieurs frappes sur la ville de Gaza, dans le nord du petit territoire.

Le Hamas a également fait état de combats dans le centre de Gaza. 

L’armée a indiqué avoir découvert, lors d’un raid sur un poste du Hamas, “environ 250 roquettes, obus et lance-roquettes prêts à être utilisés, ainsi que d’autres armes et équipements militaires”. Une fabrique d’armes où se trouvaient “des centaines de grenades et de roquettes” a également été découverte.

“Le Hamas est à son point de rupture, l’armée israélienne reprend ses derniers bastions”, avait déclaré lundi soir le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant.

“Le fait que des personnes se rendent (…) vient accélérer notre réussite et c’est ce que nous voulons: avancer rapidement”, a déclaré à Khan Younès le chef d’état-major de l’armée, le général Herzi Halevi, en précisant que l’armée “intensifiait” ses opérations dans le sud tout en consolidant sa présence dans le nord.

“Pas d’hygiène, pas d’eau”

Selon l’ONU, plus de la moitié des habitations ont été détruites ou endommagées par la guerre dans la bande de Gaza, où 1,9 million de personnes ont été déplacées, soit 85% de la population.

Rafah s’est transformée en un gigantesque camp où des centaines de tentes ont été montées à la hâte avec des bouts de bois, des bâches en plastique et des draps.

“Il n’y a pas d’hygiène, pas de nourriture, pas d’eau… Nous n’avons pas accès à des serviettes hygiéniques, nous devons utiliser des chiffons”, déplore une femme de 18 ans, Samar Shalhoub.

Depuis le 9 octobre, Israël a imposé un siège total à la bande de Gaza. Les arrivées depuis l’Egypte de vivres, médicaments et carburant restent très insuffisantes selon l’ONU, et l’aide ne parvient pas à être acheminée au-delà de Rafah, les accès au nord étant coupés par les combats.

L’ONU et des organisations humanitaires ont exhorté Israël, qui contrôle l’entrée de l’aide internationale, à laisser passer davantage de camions. 

Lundi, l’armée a annoncé la mise en place d’un point de contrôle supplémentaire pour l’inspection des camions avant leur entrée à Gaza par le poste-frontière de Rafah, ce qui devrait “doubler” selon elle la quantité d’aide entrant dans le territoire palestinien.

Mardi, l’Assemblée générale de l’ONU doit tenir une réunion sur la situation humanitaire à Gaza après le veto américain, vendredi, à une résolution du Conseil de sécurité qui appelait à un “cessez-le-feu humanitaire”.

L’Assemblée, dont les résolutions ne sont pas contraignantes, pourrait à nouveau se prononcer sur une résolution appelant à un “cessez-le-feu humanitaire immédiat” et à la libération “immédiate et inconditionnelle” de tous les otages. 

Les Etats-Unis, principal allié d’Israël, sont opposés à un cessez-le-feu, estimant qu’il laisserait au Hamas le contrôle de Gaza.  

La guerre à Gaza continue d’accroître les tensions dans la région. Mardi, les rebelles Houthis du Yémen ont revendiqué un tir de missile en mer Rouge qui a touché la veille un pétrolier battant pavillon norvégien, affirmant agir par solidarité avec les Palestiniens de Gaza.

bur-sg/bfi

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