« La Voix des Sans Voix », une web série documentaire signée Valérie Patole sur Martinique La 1ère

The content originally appeared on: Martinique FranceAntilles

L’adjointe à la Direction éditoriale chargée de la valorisation du patrimoine de Martinique La 1ère réalise « le premier web-doc du Pôle Outre-Mer de France Télévisions. Une façon différente et osée de porter un regard sur les migrations qui ont fait l’histoire de notre Martinique ». La première saison de ce tryptique s’ouvre sur l’immigration indienne, africaine et chinoise, post-abolitionniste. À découvrir depuis hier (lundi 23 janvier) en digital.

« Chère amie, où êtes-vous donc ? Je vous sais voguer vers de nouveaux horizons mais je ne sais rien de votre destination (…) je sais lire et écrire, maintenant. Je veux vous dire mes espérances et mon désarroi… »

Portés par les échanges épistolaires de trois femmes -trois générations d’une même lignée de femmes volontaires, courageuses, battantes-, à destination d’une personne chère à leur cœur ou de lecteurs inconnus qui trouveraient ces lettres dans une capsule temporelle enfouie dans la terre, nous voici plongés dans une web série documentaire plutôt fouillée.

Menée par Valérie Patole et ses équipes auprès de familles qui témoignent, agrémentés de thèses et autres supports historiques ou universitaires, « La Voix des Sans Voix » se diffuse de manière fluide et captivante pour tous les publics, même les plus jeunes plus nourris de la culture zapping.

 

Valérie Patole
• Raphaël Bastide

 

Et en complément de ces documentaires, les plus curieux ne manqueront pas de s’intéresser au huit entretiens de sociologues, historiens, ethnologues, anthropologues présentés dans la série « Les Chercheurs » validant le contexte général tout en apportant des éclairages très accessibles et enrichissants à découvrir sur le portail digital de Martinique La 1 ère.https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/programme-video/documentaires_la-voix-des-sans-voix/

 

Deux ans de réflexion et d’écriture attractive 

La réalisatrice raconte volontiers combien l’histoire des migrations en Martinique, après l’abolition de l’esclavage, jusqu’à aujourd’hui est riche de cheminements différents. C’est un travail de recherche de longue haleine. Dix-huit épisodes au total, ” deux années de réflexion et d’écriture pour faire découvrir aux plus jeunes, aux scolaires et universitaires, le vécu peu connu des populations, arrivées après 1853 et qui font la Martinique d’aujourd’hui.  

Le récit de cette série Web documentaire de 18 épisodes, « La Voix des Sans Voix », s’est donc construit sur les recherches historiques, sociologiques, ethnologiques et anthropologiques des migrations en Martinique. Tant pour la période post abolitionniste avec le système étatique de l’Engagisme, que pour celle des années 1920-1930 ou celle plus moderne des années 1960, il a fallu retrouver les conditions de la traversée des migrants, de leur installation et de leur insertion dans la société martiniquaise. 

Les familles, que je remercie pour leur implication, se sont laissé convaincre par l’importance d’un tel travail pour les jeunes générations. Les moments de tournage, de recherche de photos les plus anciennes, étaient souvent chargés d’émotion pour elles, parce que la mémoire familiale qui avait été transmise au fil du temps, avait laissé des empreintes douloureuses. ”  

 

Un travail titanesque

La première saison commence « au lendemain de l’abolition de l’esclavage, les Indiens des comptoirs français de l’Inde sont les premiers à arriver en nombre, puis viennent les Africains, principalement originaires du Bassin Congo. Ces déplacements depuis l’Afrique, sont clairement perçus comme un rétablissement de l’esclavage, puisque 93% des déplacés sont des captifs. Ces hommes et ces femmes sont des butins de guerre, de vol, ou de pillage, des compensations de dettes, des prisonniers divers ou tout simplement en rupture avec leur société. Après d’âpres tensions sur la scène internationale, une convention franco-anglaise est finalement signée en 1861. Elle autorise l’accès des Français aux comptoirs Anglais de l’Inde, à condition de mettre un terme définitif aux rachats d’esclaves africains.  

 

Portrait
• Martinique la 1ère

 

Au total, sur l’ensemble de la période post abolitionniste, 10521 Africains ont été déplacés en Martinique, 25 509 Indiens et 978 Chinois entre 1853 et 1884. 

La fin de cette année 1884, marque la fin de l’Engagisme en Martinique, désormais jugé non rentable pour la colonie. »

Identifier les photos correspondant à chaque période aux Archives territoriales de la Martinique et au Musée d’Histoire, a constitué une étape incontournable pour l’équipe. « Avec L’Institut National de l’Audiovisuel, nous avons répertorié les images internationales et celles plus rares, de la Martinique. Quand on sait que l’INA ne possède pas d’image de la Martinique, avant 1960, la tâche était ardue, mais nous avons pu trouver de nombreuses perles. », se souvient Valérie Patole.

La période la plus difficile à mettre en images… « la période post-abolitionniste, tout simplement parce qu’elle est la plus ancienne. Même si la première photo date de 1839 en France, vous vous doutez bien qu’après 1848, la photo n’était pas monnaie courante même pour les familles les plus aisées. Alors pour les migrants…   

Nous avons donc pris le parti d’identifier les tout premiers arrivants par des photos de migrants arrivés en Martinique, dont le visage n’est pas identifiable. »

 

Qui sont les narratrices, Gabrielle, Tess et Marie ?

« Dans la société d’aujourd’hui, Gabrielle (Indra Tinot Patole), Tess (Laurenn Marc) et Marie (Emeline Dulio), sont trois jeunes martiniquaises pleinement concernées par la série. Elles ont une trentaine d’années pour les deux premières, et la vingtaine pour la troisième.Dans La Voix des Sans Voix, Gabrielle est une nouvelle libre qui deviendra écrivain public après l’abolition de l’esclavage. Tess, la petite fille de Gabrielle est une artiste, une migrante des années 30, fraîchement débarquée d’Angleterre. Et Marie, la fille adoptive de Tess est une étudiante de retour en Martinique dans les années 70. »

Leurs récits dynamisent l’apport d’informations et se fondent sur de nombreux documents historiques (thèses, lettres d’époques, journaux de bord etc.). Et pour mieux faire le lien avec notre époque, quelques membres de familles représentatives parlent du vécu d’un de leurs ancêtres arrivés juste après l’abolition de l’esclavage sur les navires aux noms évocateurs : le « Sans Nom », pour les Congos, l’Aurélie pour les engagés Indiens, ou le Galilée pour les Chinois. Harry Diboula et Michel Toula descendants de Kimbé Loubayé, Manuella Yung-Hing pour la famille Yung-Lao, Michel Ponomah pour Letquimoutnin, Paul Papaya pour Mouwthian Moutoussamy, Paul Lomengo pour Lomingo… tant d’autres voix d’aujourd’hui pour exprimer le choc, les blessures, le vécu de ces ancêtres qui auraient pu rester dans l’inconnu pour les nouvelles générations martiniquaises plus tournées vers le modernisme. 

√ La page web consacrée à La Voix des Sans Voix, sur le site France Télévisions, et sur celui de Martinique La 1ère. Elle est en consultation à tout moment, depuis 10h ce lundi matin (23 janvier). La diffusion sur Martinique La 1ère se fera à partir du 1er février, tous les mercredi soir en prime, à 20h00.