L’Assaupamar se mobilise contre des forages d’Odyssi à Cœur Bouliki

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Rédaction web (avec J-M. H.)
Dimanche 20 Mars 2022 – 19h27

En raison des pénuries récurrentes d’eau potable en période de carême sur le secteur de la Cacem, la régie publique Odyssi envisage de pérenniser deux forages provisoires à Cœur Bouliki. Inacceptable, juge l’Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais, qui exige la réparation du réseau existant de canalisations, dont la vétusté occasionne près de 50% de pertes dues aux fuites. Les écologistes ont visité le site hier samedi, sous surveillance rapprochée des gendarmes.

S’agissait-il vraiment d’une coïncidence ? Difficile à dire. Toujours est-il que samedi matin, pour se rendre à Cœur Bouliki, il fallait d’abord franchir un impressionnant barrage de gendarmes, postés, avec leur véhicules, de part et d’autre de la petite route étroite, à la lisière de cette forêt située non loin du bourg de Saint-Joseph.

La maréchaussée contrôlait les papiers des véhicules de tout automobiliste souhaitant se rendre sur ce site naturel. Dans de rares cas, le ton est monté lors de ces contrôles. Les gendarmes ont d’ailleurs procédé à l’arrestation musclée d’un homme qui avait refusé d’obtempérer et qu’ils soupçonnent d’avoir tenté de fuir.

Coïncidence ou pas, cette présence des forces de l’ordre a eu un effet dissuasif, non seulement pour ceux qui souhaitaient profiter d’un moment de détente dans la nature, mais aussi pour de nombreux militants écologistes de l’Assaupamar.

En effet, l’Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais avait appelé, ce samedi 19 mars, à une mobilisation à Cœur Bouliki, au bord de la rivière Blanche. Objectif : alerter la population sur un projet de pérennisation de deux forages temporaires de la régie Odyssi pour pallier le manque d’eau en période de sécheresse.

Les militants de l’Assaupamar ont été suivis par des gendarmes à Cœur Bouliki. – Jean-Michel Hauteville

Un projet inacceptable pour les défenseurs de l’environnement. Ces forages, réalisés pendant la sécheresse de 2020, “étaient prévus, par arrêté, à titre provisoire”, rappelle Rosalie Gaschet, la présidente de l’Assaupamar. “Mais comme c’est plus facile pour Odyssi de puiser l’eau à Coeur Bouliki au lieu d’aller chercher l’eau à Vivé, qui suffit à alimenter toute la population de la Martinique, Odyssi veut rendre ces forages définitifs”, s’insurge la militante écologiste, qui dénonce également de nombreuses irrégularités dans le processus d’enquête publique, causant un manque d’information de la population.

“Chayé dlo an pannyé”

“En réparant les tuyaux de Vivé, il serait possible de régler ce problème d’eau”, martèle Mme Gaschet. L’usine de production d’eau potable située au quartier Vivé, au Lorrain, est alimentée par la rivière Capot, et approvisionne une partie de la population du nord de la Martinique, desservie par la Société martiniquaise des Eaux (SME). Par ailleurs, rappelle l’Assaupamar, la casse sur le réseau de canalisations est responsable de la perte d’environ 48% de l’eau produite en Martinique. La priorité serait donc, aux yeux des écologistes, à la réparation du réseau plutôt qu’à la réalisation de forages supplémentaires, qui risquent de “diminuer les réserves des générations futures”, assène Rosalie Gaschet. La gestion actuelle de l’eau, c’est “chayé dlo an pannyé”, dénonce-t-elle.

Malgré la colère des écologistes, ils n’étaient que peu nombreux samedi matin à Saint-Joseph : une douzaine, tout au plus, a bravé les barrages de gendarmerie. “Nous avons 400 membres et nous attendions 400 personnes”, souffle la présidente de l’association. “On avait prévu de pique-niquer et de prendre un bain de rivière après la mobilisation”, dit-elle, dépitée.