Le collectif de résidents de Lamentin arrache la fermeture de l’usine d’équarrissage

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Les riverains des sections impactées par les nuisances olfactives de l’usine d’équarrissage de Gédéon à Lamentin ont obtenu, ce jeudi 30 novembre 2023, une avancée majeure avec sa fermeture, prononcée par l’État. Une victoire couronne six années de combat.

Les riverains des sections Gédéon, Chouchou et Desbonnes et Ravine Chaude pourront enfin respirer à pleins poumons. L’État, par la voix du sous-préfet Maurice Tubul soutenu par les services de la DEAL et de la DAAF, va ordonner par arrêté la fermeture de l’usine d’équarrissage de Gédéon.

La décision a été rendue publique au cours d’une réunion qui a mis autour de la grande table de la salle des délibérations de la mairie de Lamentin l’ensemble des protagonistes de l’affaire pour une ultime session d’échange. À la clôture de la séance les riverains et le maire Jocelyn Sapotille, ont exprimé leur joie d’avoir arraché cette victoire.

Le maire, la Région et l’Etat ont tenté d’apporter des réponses définitives au problème de l’usine
• N.H

“Je suis très satisfait. C’est la preuve que lorsque le maire et les habitants de la commune sont ensemble, on réussit. Nous étions ensemble de manière constructive et raisonnable. C’est pour cela que l’Etat, la Région, le Département et même la SEG nous ont suivi. Tout le monde nous a compris.”  s’est réjouit le maire du Lamentin. 

“Nous sommes contents d’avoir été entendus. Nous ne voulons pas la fin de l’activité d’équarrissage car nous sommes conscient que c’est un service essentiel, mais nous voulons que cela se fasse dans les règles. C’est pour cela que nous resterons très vigilants” modère, prudente Josy Saint-Martin, la porte-parole du collectif d’associations de résidents.

Une prudence nécessaire car la fermeture de l’usine ouvre une longue session de travail des services de l’État et de la société d’équarrissage de Guadeloupe (SEG) entreprise exploitante de l’usine.

Tout remettre à plat

Une fois que l’arrêté préfectoral – publié dans une semaine – aura officialisé la fermeture de l’usine, les services de l’État ont décidé à mener un audit complet de la structure. Car pour que l’activité reprenne sans pollution, une analyse profonde des machines, des installations et des finances de l’entreprise doit être menée et servir de base à toute décision d’investissement.

“Nous devons comprendre pourquoi cela ne fonctionne pas, voire même revoir le modèle économique de l’installation car elle pollue alors qu’elle est en sous-capacité. Je rappelle que l’usine a été bâtie pour traiter jusqu’à 5000 tonnes de sous-produits d’élevage et d’animaux, or, elle n’en traite que 2000 tonnes. Après cela nous verrons dans quelle mesure l’activité peut reprendre, et grâce à l’appui de l’AFD nous chiffrerons les besoins en investissement” détaille Maurice Tubul, sous-préfet de la Guadeloupe

La nouvelle direction de la SEG, arrivée il y a seulement deux mois, a accepté de se plier à l’exercice. 

“Le technicien supérieur de l’unité connaît le matériel et sera présent pour répondre aux questions. Nous ne savons pas encore en précision comment cela va se dérouler mais le personnel compétent sera là pour répondre à la procédure” assure Fabienne Techeney, attachée de direction de la SEG.

Toutefois, il est clair que cet arrêt, prévu pour durer au minimum trois mois, aura un gros impact financier car si l’activité de traitement des cadavres d’animaux est stoppée, l’entreprise ne peut pas se soustraire à l’activité de collecte de ces déchets. Un point sur lequel le sous-préfet a insisté

“Je vous rappelle que ce service ne doit pas cesser et demeure sous votre responsabilité. La collecte des sous-produits d’élevage et des animaux est un service public important avec une dimension sanitaire majeure.” prévient Maurice Tubul.

De 7 salariés, la SEG prévoit donc de passer à 3 ou 4 salariés, durant cette période, passés à mi-temps et dédiés à la collecte et au transport des déchets.

 

Le collectif des associations de riverains va rester prudent au déroulement de l’audit
• N.H

Energiepole, la solution de repli

En attendant, les cadavres d’animaux qui seront prélevés seront acheminés vers l’Energiepole du Moule pour y être enfouis. Une solution provisoire qui va demander, elle aussi, quelques ajustements. En effet, il semble que la structure n’ait la capacité d’accueillir que l’équivalent de quinze jours de déchets, et pas trois mois. Une difficulté qui n’arrête pas le sous-préfet. 

“Nous discuterons avec le partenaire afin de voir quelles solutions sont possible pour aller au-delà de ces quinze jours puisque la fermeture de l’usine durera plus longtemps.”  

Une réponse dont les bouchers, très inquiets face à la fermeture de cette pièce clé de leur activité, devront se contenter. 

“Si nous ne pouvons pas évacuer nos déchets vers ces structures, nous seront contraints d’arrêter notre activité, cela implique des mises au chômage pour notre branche…” se désole leur représentant à la table.

La Région et l’État l’assurent les emplois seront maintenus. Le comité de suivi de site qui avait été constitué au plus fort de la crise entre la SEG et les riverains n’a pas été démantelé. Désormais, il sera réuni pour surveiller l’évolution de l’audit et les conditions de réouverture du site. Les riverains l’annoncent, ils resteront très prudents à l’évolution de la situation dans les prochains mois.

Le reportage complet à voir ici