Le dalaï-lama, chef spirituel du Tibet et diabolisé en Chine

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Le dalaï-lama, connu dans le monde entier pour son incessante campagne en faveur d’une plus grande autonomie de son Tibet natal, est depuis le milieu du XXe siècle un chef politique et spirituel pour les Tibétains, diabolisé en Chine.

Tenzin Gyatso, son nom de réincarnation, se dit “simple moine bouddhiste” mais il a sillonné le monde, côtoyant rois et reines, hommes politiques et célébrités, pour la cause tibétaine.

A 88 ans, cet homme au crâne tondu, visage affable, lunettes carrées et rire espiègle, est devenu un symbole mondial de paix avec un message qui transcende la religion. Il est considéré par ses nombreux partisans comme un visionnaire dans la lignée du Mahatma Gandhi et de Martin Luther King.

Tout au long de son existence, passée en exil, essentiellement en Inde, il a cherché sans relâche un compromis avec Pékin sur le sort des Tibétains, une lutte non-violente et pacifiste saluée par le prix Nobel de la paix en 1989.

La Chine a repris le contrôle du Tibet, après une intervention de l’armée populaire de libération en octobre 1950.

Le dalaï-lama a tout juste 23 ans quand il fuit Lhassa, craignant pour sa vie après la sanglante répression par les soldats chinois d’un soulèvement débuté sept jours auparavant, le 10 mars 1959 –il y aura exactement 65 ans dimanche. Depuis, il n’est jamais revenu au Tibet.

Sa vie en exil s’organise autour de Dharamsala, dans le Nord de l’Inde, où il installe un gouvernement en exil.

-“Un loup en robe de moine” –

Le 15 juin 1988, dans une conférence de presse surprise au Parlement européen, il annonce renoncer à ses velléités d’indépendance du Tibet en faveur de davantage d’autonomie pour son peuple au sein de la République populaire de Chine.

Cette “voie moyenne”, que beaucoup de Tibétains vivent comme une trahison, divise la diaspora et se heurte à une fin de non-recevoir de Pékin.

Le prix Nobel en 1989 lui vaut une vague de popularité. Il est l’invité des dirigeants du monde entier et des stars d’Hollywood. Mais le gouvernement chinois reste insensible à son charme, le qualifiant de “loup en robe de moine”. 

Au fil des siècles, le Tibet a alterné les périodes d’indépendance et de contrôle par la Chine. Le dalaï-lama s’est toujours refusé à reconnaître que le Tibet faisait historiquement partie de la Chine, comme le demande Pékin qui s’en sert pour refuser le dialogue avec ses représentants depuis 2010.

En 2011, le dalaï-lama renonce à son pouvoir politique et la charge de mener les Tibétains en exil est confiée à un Premier ministre élu par la diaspora, une rupture historique.

Né le 6 juillet 1935, Lhamo Dhondup, fils d’un couple de modestes fermiers des collines du Nord-Est tibétain, a été choisi à l’âge de deux ans comme la 14ème réincarnation du chef religieux suprême du bouddhisme.

Il devient alors Jetsun Jamphel Ngawang Lobsang Yeshe Tenzin Gyatso, ou Saint Seigneur, Douce Gloire, Compatissant Défenseur de la Foi et Océan de Sagesse. Séparé de sa famille, il est emmené à Lhassa et établi au Palais du Potala où il reçoit une austère éducation théologique et philosophique et est initié à devenir le chef des Tibétains.

Il a 15 ans à peine au moment de l’invasion du Tibet par les troupes de la jeune Chine communiste, au nom de la lutte contre “les oppresseurs impérialistes” et le “féodalisme”, le 7 octobre 1950. Il est intronisé à la hâte chef de l’État. Neuf ans plus tard, il fuit vers l’Inde.

En apprenant la nouvelle, le dirigeant chinois de l’époque Mao Zedong aurait déclaré: “Dans ce cas, nous avons perdu la bataille”.

– “Blonde mutine” –

Accueilli à Delhi par le premier Premier ministre indien, Jawaharlal Nehru, qui lui offrit d’établir sa base à Dharamsala, le dalaï-lama est traité comme un invité d’honneur en Inde, une position politique officielle devenue source de tensions avec Pékin.

Redoutant que la désignation de son successeur ne soit phagocytée par la Chine, le dalaï-lama a laissé plusieurs fois entendre que sa lignée, perpétuée depuis le XIVe siècle, pourrait s’éteindre à sa mort.  

Interrogé en 2005 sur sa réincarnation par le journal britannique Sunday Times, Tenzin Gyatso a répondu: “je reviendrai peut-être en blonde mutine”, en riant malicieusement, “ou pas du tout”.   

Mais il a toujours été clair sur un point: aucun successeur nommé par la Chine ne sera crédible.

“Aucune reconnaissance ou acceptation ne devrait être accordée à un candidat choisi à des fins politiques par qui que ce soit, y compris en République populaire de Chine”, a-t-il averti. 

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Le dalaï-lama, un mouchoir sur la tête, aux côtés de Nils Muižnieks, alors commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, à Strasbourg (France) le 15 septembre 2016
• FREDERICK FLORIN

Le dalaï-lama lors d’une rencontre avec l’archevêque sud-africain Desmond Tutu aujourd’hui défunt (G), au Cap le 22 août 1996
• Anna ZIEMINSKI

Le dalaï-lama lors d’une conférence à Prague le 16 septembre 2016
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