Le Pakistan vote pour des élections contestées et sous haute sécurité

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Le Pakistan vote jeudi pour des élections ternies par les violences et les soupçons de manipulations, encore renforcés par la décision du gouvernement de couper les services mobiles pour la journée.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé, peu après l’ouverture des bureaux de vote, que les services mobiles étaient “temporairement suspendus” dans tout le pays pour des raisons de sécurité.

Le scrutin dans la république islamique a été ensanglanté mercredi par la mort de 28 personnes, dans deux attentats à la bombe revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) près des bureaux de candidats, dans la province du Baloutchistan (sud-ouest).

L’internet mobile est aussi perturbé, a fait savoir Netblocks, une organisation qui surveille la cybersécurité et la gouvernance de l’internet.

“La coupure actuelle d’internet est parmi les plus rigoureuses et étendues que nous ayons observées dans n’importe quel pays”, a déclaré à l’AFP Alp Toker, directeur de Netblocks. Cette “pratique est fondamentalement antidémocratique”, a-t-il dénoncé.

Le cinquième pays le plus peuplé au monde, avec 240 millions d’habitants, doit élire les 336 députés du parlement fédéral et renouveler ses assemblées provinciales.

Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (03H00 GMT) pour les quelque 128 millions d’inscrits, dans un pays placé sous la surveillance de plus de 650.000 membres des forces de sécurité.

“Je crois en la démocratie et je pense que mon vote compte”, a déclaré à l’AFP Haleeem Shafiq, une étudiante en psychologie de 22 ans, qui était parmi les premières à voter dans la capitale, Islamabad.

L’équité du scrutin a été mise en doute par avance. Le populaire Imran Khan, 71 ans, condamné à trois longues peines de prison pour corruption, trahison et mariage illégal, n’a pu se présenter. Et les observateurs estiment que l’armée soutient Nawaz Sharif, 74 ans, qui pourrait ainsi diriger le pays pour la quatrième fois.

Interférences de l’armée

Le parti d’Imran Khan, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), a aussi été décimé par les arrestations et les défections forcées, et empêché de mener campagne. Des dizaines de ses candidats ont été interdits de se présenter et les autres ne peuvent concourir qu’en indépendants.

Le parti, qui a dénoncé une “non-élection” mais refusé de la boycotter, craint aussi que ses partisans ne puissent pas voter librement jeudi et les a appelés à ne pas porter ses couleurs.

“Ma seule peur est de savoir si mon vote sera bien comptabilisé pour le parti pour lequel j’ai voté”, a déclaré à l’AFP Syed Tassawar, un ouvrier du bâtiment de 39 ans, à la sortie d’un bureau de vote d’Islamabad.

La campagne a été particulièrement morose, signe du profond désenchantement des Pakistanais, qui à 70% “n’ont pas confiance dans l’intégrité des élections”, selon l’institut Gallup.

Cette enquête traduit un recul démocratique pour un pays qui a été dirigé pendant des décennies par l’armée, mais qui avait connu des progrès depuis 2013, année de la première transition d’un gouvernement civil à un autre.

L’armée a toujours eu une forte influence même sous un pouvoir civil, mais les observateurs estiment qu’elle a interféré dans ces élections encore plus ouvertement.

Imran Khan, qui avait pourtant bénéficié de ses faveurs pour être élu en 2018, l’a défiée de front. Il l’a accusée d’avoir orchestré son éviction du poste de Premier ministre en avril 2022 et lui a attribué ses ennuis judiciaires.

Sa disgrâce semble devoir profiter à Nawaz Sharif, 74 ans, qui est rentré au Pakistan en octobre après quatre années d’exil à Londres. Le chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N) a depuis son retour bénéficié de l’annulation de condamnations antérieures pour corruption.

Innombrables défis

Même si la PML-N apparaît comme le favori du scrutin, son issue pourrait dépendre de la participation, en particulier des jeunes dans un pays où 44% de l’électorat a moins de 35 ans.

En 2018, Imran Khan avait bénéficié d’un réel engouement populaire, notamment de la part de la jeunesse, assoiffée de changement après des décennies de domination des grandes dynasties familiales, jugées corrompues.

Même si ses quatre années au pouvoir n’ont pas été très probantes – économie en crise, opposants muselés, presse affaiblie -, beaucoup de jeunes pensent que l’ancienne star du cricket mérite une seconde chance.

La majorité absolue semble un objectif difficilement atteignable pour la PML-N. Elle devra probablement former une coalition.

Ces élections sont aussi importantes pour le chef du Parti du peuple pakistanais (PPP), Bilawal Bhutto Zardari, qui à 35 ans doit prouver qu’il a bien l’étoffe d’un successeur à sa mère, l’ancienne Première ministre Benazir Bhutto, assassinée en 2007.

Le Pakistan, qui dispose d’un arsenal nucléaire et occupe une position stratégique, entre l’Afghanistan, la Chine, l’Inde et l’Iran, est confronté à d’innombrables défis.

La sécurité s’est dégradée, notamment depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021. Et son économie est en lambeaux, avec une dette abyssale et une inflation avoisinant les 30%.

Quel que soit le verdict des urnes, la question de la longévité du prochain gouvernement pourrait rapidement se poser, dans un pays où aucun Premier ministre n’a jamais achevé son mandat.

bur-cyb/ber

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• Aamir QURESHI

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• Syed ALI