« Nous avons une vision claire concernant notre littoral »

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Jean-Marie Hubert, premier magistrat de la commune de Port-Louis, reste campé sur ses positions, et défend sa vision, celle qui consiste à protéger son littoral, un acte patriote, selon lui, une richesse pour la Guadeloupe.  

France-Antilles : Quelle est votre vision concernant le littoral de Port-Louis ? 

Jean-Marie Hubert : Le littoral de Guadeloupe est un de nos biens communs, c’est une richesse pour notre département, et pour moi, le défendre est un acte patriotique. Nous avons une vision claire et sans équivoque concernant le littoral de notre commune.

Dès le début de ma mandature, nous l’avons appliquée en toute impartialité. Clairement, il s’agit de préserver notre littoral et ses espaces naturels (de Rambouillet à La Pointe d’Antigues) de toute agression et de toute privatisation d’où qu’elles proviennent. Il est important que nous réservions les plages et leur bande sableuse exclusivement aux baigneurs et à ceux qui viennent passer un moment agréable dans notre commune.

De l’autre côté, nous proposons aux acteurs économiques et aux restaurateurs des espaces organisés qui leur seront réservés et qui permettront une concurrence saine et loyale. Aujourd’hui, il convient de réglementer l’occupation du domaine public et notamment du littoral, d’y fixer les droits, les titres et les obligations. Car ceux-ci nous donneront, d’une part, le moyen de la gérer, et d’autre part, les outils pour la sécuriser.  

F.A. : Il y a des voix qui s’élèvent contre cette nouvelle vision ? Pourquoi ? 

L’ancien maire avait envisagé d’offrir à un jeune Ansois un espace pour l’implantation d’un restaurant « Les pieds dans l’eau », du côté de l’ancienne Paillote, soutenu en outre par le 1er Ministre de l’époque M. Édouard Philippe.

Dès le départ, et malgré l’insistance de l’État, mon équipe et moi-même, nous nous sommes opposés à cette implantation au bord de l’eau. Nous lui avons proposé en revanche de s’installer dans le nouvel espace réservé aux activités commerciales. Il a refusé et s’est organisé autrement.  

F.A. : Il n’est pas le seul à avoir refuser votre proposition ? 

J-M.H : En effet. Il y a eu un couple de spéculatrices venues de l’Hexagone qui envisageait d’installer des hébergements personnes et touristiques. Avec le soutien actif de l’ancien maire, une partie du littoral de Rambouillet a été vendue par la Semag(1) et notamment à ces personnes.

Dès notre arrivée à la tête de la municipalité, nous avons dit notre opposition à ce projet. Car tous ceux qui sont installés sur le littoral doivent être traités de la même manière. Là encore, nous leur avons suggéré de s’installer ailleurs dans une zone réservée à ce type d’activité. Elles n’ont pas accepté. L’affaire est allée en justice, l’État s’est retrouvé devant les tribunaux.

Finalement, l’illégalité de la vente a été reconnue et les personnes ont dû quitter les lieux. Depuis elles sont reparties. En 2020 et en 2021, nous avions expliqué au jeune Ansois pourquoi son installation sur le littoral était illégale, au lieu d’en prendre acte, il a doublé puis triplé sans vergogne l’étendue et les capacités de son établissement sur le littoral. Comme dans le cas précédent, notre vision n’a pas varié.

F.A. : Cette meilleure gestion des commerces sur le littoral vous permettra de percevoir désormais des redevances ? 

J-M.H : L’absence de Convention de gestion de la plage permettant à la commune d’organiser l’occupation de l’espace et de percevoir les redevances engendrait l’anarchie la plus totale sur la plage du Souffleur.

Nous avons travaillé d’arrache-pied à renégocier avec l’État ce cadre d’intervention. En janvier 2023, nous avons obtenu gain de cause. Une nouvelle convention de gestion a été signée. Avec la Deal(2), nous avons donc étendu la convention sur tout le littoral. Quatre mois plus tard, nous avons commencé à attribuer les premières autorisations d’occupation temporaire (AOT), hors de la bande sableuse, sur les espaces dédiés.  

 

F.A. : Et le Kabana beach, où en est-on ? 

J-M.H : Notre position ne change pas toujours pour les mêmes raisons de protection du littoral. L’implantation du Kabana beach sur la bande sableuse ne peut être tolérée. Nous avons revisité l’aménagement prévu dans le cadre du Projet Ocean. C’est d’ailleurs pourquoi le village artisanal a été déplacé. 

En collaboration, avec la Région et la CANGT(3), les travaux en cours ou à venir permettront à tout un chacun de trouver son compte dans le respect des règles et les baigneurs de profiter pleinement de la plage.

Toujours dans cet esprit, nous avons été conduits à fermer l’accès aux marais aux véhicules polluants pour permettre la restitution des continuités écologiques (notamment marais/mer) et la renaturation du littoral nord. Seuls les véhicules électriques pourront y circuler. 

 

F.A. : Un comité de pilotage a été mis en place ? 

J-M.H : Composé de tous les acteurs de notre littoral, un comité de pilotage du littoral urbain a effectivement été mis en place. Il avance de concert en respectant la vision et les prérogatives de la municipalité depuis le sud (Pointe Sable, Port) jusqu’au nord (marais, Pointe d’Antigues). En juillet dernier, nous avons organisé une rencontre citoyenne au travers du Comité des usagers du littoral qui fonctionnera sous peu.

Petit à petit, nous tournons résolument le dos aux dérives qui avaient cours. Car, nous ne croyons pas que l’on puisse construire dans et par le chaos. Nous ne croyons pas que l’émancipation soit le synonyme d’absence de règles. Nous ne voulons pas que les exactions des uns soient remplacées par les exactions des autres, au détriment de notre littoral et à terme de notre pays. Nou vé pa sa pou pòlwi ! ki ou blan, ki ou nèg, zendyen, jenn, vyé, avòté kon matrité, fò ou konprann sa ! nou pé ké lagé. 

(1)Société d’économie mixte d’aménagement de la Guadeloupe.

(2)Direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement.

(3)Communauté d’agglomération du nord Grande-Terre.