Pérou : en plein «Rolexgate», le Premier ministre demande la confiance du Parlement

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Le nouveau Premier ministre du Pérou, Gustavo Adrianzén va demander mercredi un vote confiance au Parlement au moment où un scandale lié à des montres de luxe fait trembler le fragile gouvernement de la présidente Dina Boluarte.

M. Adrianzén, un avocat de centre-droit de 57 ans, a remplacé début mars Alberto Otarola après la démission de ce dernier en raison d’une enquête pour trafic d’influence.

La Constitution péruvienne prévoit que dans les trente jours de la nomination du Premier ministre, celui-ci se présente devant le Parlement pour exposer sa politique générale et demander un vote de confiance.

Le Parlement monocaméral est contrôlé par une majorité de partis de droite et d’extrême droite, soutiens de Mme Boluarte. Pour qu’il obtienne un vote de confiance, M. Adrianzén doit recueillir la moitié des votes des 130 membres du Parlement plus un.

Tout porte à croire que la droite la lui accordera. “Nous devons accorder un vote de confiance pour garantir la gouvernabilité. Nous sommes dans une situation de crise”, a assuré à la presse le député Jorge Montoya, du parti conservateur Renovacion Popular.

Ce vote intervient alors que Mme Boluarte est impliquée dans plusieurs affaires, dont la dernière concerne des faits présumés d’enrichissement illicite liés à des montres Rolex qu’elle est soupçonnée ne pas avoir déclaré dans son patrimoine.

Son domicile dans la banlieue de Lima ainsi que son bureau présidentiel ont été perquisitionnés samedi dans le cadre de cette affaire. Aucune montre n’a été trouvée et le parquet l’a sommée de les présenter lors d’une convocation devant la justice vendredi.

Mardi, le procureur général Juan Villena a annoncé que l’enquête portait désormais aussi sur des bijoux, dont un bracelet d’une valeur de 56.000 dollars, et des dépôts bancaires de quelque 270.000 dollars entre 2021 et 2022.

Le scandale, baptisé par la presse “Rolexgate”, a éclaté le 15 mars, quand un site d’information a publié une série de photos montrant Mme Boluarte portant différentes montres de luxe alors qu’elle était au gouvernement en 2021 et 2022. 

“arène politique”

Mme Boluarte, dont la cote de popularité ne dépasse pas les 10% dans les enquêtes, a assuré avoir les “mains propres” et ne posséder qu’une seule montre. 

Dans la foulée des perquisitions, six des 18 ministres du gouvernement ont annoncé lundi leur démission. Si le ministre de l’Intérieur a invoqué des “problèmes familiaux”, ceux de l’Education, de la Femme, du Développement agraire, de la Production et du Commerce extérieur n’ont fourni aucune raison.

En pleine nuit, Mme Boluarte a fait prêter serment aux six nouveaux ministres nommés en remplacement des partants.

En cas de poursuites, en vertu de la Constitution, elle ne pourra être jugée avant juillet 2026, date de la fin de son mandat.

C’est donc dans “l’arène politique, au Parlement, où va se décider si elle reste à la présidence” ou pas, souligne l’analyste Augusto Alvarez Rodrich.

L’opposition a présenté samedi une demande de destitution pour “incapacité morale permanente”. La motion, présentée par Peru Libre, le parti de gauche auquel appartenait Mme Boluarte avant d’accéder à la présidence, est soutenue par 30 parlementaires. Mais pour être admise au débat, elle doit recueillir plus de cinquante voix sur les 130.

Il s’agit de la troisième demande de destitution que présente la gauche contre Mme Boluarte. Aucune n’a encore été admise au débat.

Dina Boluarte fait aussi l’objet d’une enquête pour “génocide, homicide aggravé et blessures graves” après la mort de plus de 50 personnes durant les deux mois de troubles sociaux qui ont accompagné son accession à la tête de l’Etat.

Elle est devenue présidente après la destitution début décembre 2022 et l’arrestation du chef d’Etat de gauche Pedro Castillo, dont elle était la vice-présidente.

Le Pérou a connu six présidents depuis 2016.

bur-sf/roc

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