Présidentielle russe: à Istanbul, des milliers d’«exilés anti-Poutine» votent sans illusions

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“Nous voulons compliquer la tâche de Poutine”: à Istanbul, où des dizaines de milliers de Russes ont trouvé refuge, une longue file d’attente rassemble dimanche, devant le consulat de Russie, de jeunes exilés venus voter et dénoncer la mainmise du maître du Kremlin.

La queue, sur l’avenue Istiklal, la principale artère piétonne de la ville, s’étalait sur 400 mètres en début d’après-midi, a constaté l’AFP.

La plupart sont arrivés à midi, l’heure à laquelle l’opposition appelait à venir honorer la mémoire du défunt opposant Alexeï Navalny et dénoncer une présidentielle taillée sur mesure pour le président russe Vladimir Poutine.

Elena et Yuri n’ont pas d’espoir que leur vote change la donne, mais “nous voulons compliquer la tâche de Poutine”, sourit le jeune homme qui, comme tous les autres dans la longue file d’attente, refuse de donner son nom de famille.

Sa petite amie porte une écharpe jaune, lui un k-way jaune. “C’est politique, c’est la couleur de l’Ukraine”, explique-t-elle dans un anglais sans accent.

Le couple, originaire de Moscou, a fui la Russie en décembre 2022, et a vécu depuis dans plusieurs pays européens, dont la Serbie et le Monténégro. Avant de poser ses valises en Turquie, où vivent 100.000 Russes selon les chiffres officiels.

“Ca devenait compliqué de vivre dans un pays où les gens ne pensent pas comme vous”, glisse Yuri, qui travaille à distance dans l’informatique.

Vadim, 31 ans, vivait lui à Dnipro, dans l’est de l’Ukraine, quand la guerre a éclaté.

“Je suis russe mais ma femme est ukrainienne”, explique le trentenaire, longue mèche blonde dépassant de la casquette, originaire de Penza, au sud-est de Moscou.

“J’étais bouleversé quand Navalny a été tué, j’ai pleuré”, confie-t-il. “C’est pour ça que je suis venu ici à midi”.

“Mais cette élection est une supercherie”, ajoute-t-il aussitôt, résigné.

“Un tueur”

Stas, 29 ans, patiente 200 mètres plus bas, dans une rue pavée prolongeant l’avenue d’Istiklal.

“Poutine n’est pas mon président. C’est un terroriste, un tueur”, lance-t-il, accompagné de deux autres amis avec qui il a fui Saint-Pétersbourg six mois après le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022.

“J’ai un bébé qui est né le 1er février 2022 et je veux qu’il grandisse dans un pays en paix”, explique celui qui se qualifie d'”exilé anti-Poutine”.

Son ami Evgeny, 32 ans, qui travaille comme lui pour un site de vente en ligne russe, s’inquiète du sort de sa famille restée à Belgorod, une ville russe proche de la frontière avec l’Ukraine et régulièrement ciblée par les forces ukrainiennes.

“Peut-être que ça fera changer d’avis certains vis-à-vis de la guerre en Ukraine”, espère-t-il.

Un chauffeur de taxi s’arrête à leur côté, intrigué par la longue file d’attente. “Ah, les élections en Russie… Il y a qui face à Poutine ?”, demande-t-il en turc.

Puis il se tourne vers les jeunes Russes, et improvise deux phrases en russe avant de repartir. Qu’a-t-il dit? “Il a dit que Poutine est un bon et que Zelensky est un chien”, répondent d’une même voix Stas et son ami Evgeny.

rba/jt

Des électeurs russes devant le consulat de Russie à Istanbul le 17 mars 2024
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