Présidentielle sur mesure pour Poutine, avec l’Ukraine en toile de fond

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Les Russes votent dimanche au dernier jour d’un scrutin destiné à célébrer le triomphe de Vladimir Poutine, même si la répression, la mort de l’opposant Alexeï Navalny et l’assaut contre l’Ukraine constituent la toile de fond de l’élection.

Les détracteurs du président russe, aux commandes du pays depuis 24 ans, ont voulu se montrer en allant voter au même moment, à midi dimanche. Par endroits, des foules étaient visibles, ailleurs l’afflux était plus modeste, ont constaté des journalistes de l’AFP. 

Ces protestations ne pèseront pas sur la très prévisible issue du vote. De premières estimations et les résultats d’un sondage d’un institut étatique, Vtsiom, devraient être connus peu après la fermeture des derniers bureaux de vote à 18H00 GMT dans l’enclave de Kaliningrad, et concrétiser la victoire de Vladimir Poutine.

Le président, âgé de 71 ans, fait face à trois candidats triés sur le volet et sans envergure. L’opposition a été décimée par des années d’une répression qui s’est encore accélérée avec le conflit en Ukraine.

Toute la semaine a d’ailleurs été marquée par des frappes meurtrières et des tentatives d’incursion armées depuis l’Ukraine sur le territoire russe, répliques aux bombardements et assauts quotidiens des forces du Kremlin chez sa voisine depuis plus de deux ans.

Dimanche, une adolescente de seize ans a été tuée dans une attaque aérienne sur la ville de Belgorod, proche de la frontière et très souvent ciblée.

Une frappe de drones imputée à l’Ukraine a également provoqué l’incendie d’une raffinerie dans le sud de la Russie, les autorités régionales faisant état d’un mort après une crise cardiaque.

Malgré ces attaques, un conflit meurtrier qui se prolonge et des libertés de plus en plus restreintes, le maître du Kremlin peut compter sur une popularité bien réelle et voit l’élection comme une démonstration d’unité des Russes derrière lui.

L’opposition à midi

“Il nous faut confirmer notre unité”, a-t-il martelé jeudi, le pays étant, dans son esprit, la cible d’une guerre ourdie par l’Occident.

Une vision partagée par nombre de ses compatriotes. “Les actions que l’Occident nous inflige ne font qu’unir davantage le peuple russe”, jure auprès de l’AFP Lioubov Piankova, une retraitée de 70 ans de Saint-Pétersbourg, ville natale du chef de l’Etat.

Afin d’afficher un front uni, il était aussi important pour le Kremlin d’assurer un fort taux de participation. En début d’après-midi, celui-ci s’élevait à 66%, selon les chiffres officiels.

Les principaux détracteurs de Vladimir Poutine sont quant à eux morts, en prison ou en exil, une répression qui a culminé avec le mystérieux décès d’Alexeï Navalny dans une prison de l’Arctique.

Les opposants ont voulu néanmoins montrer qu’ils existent, comme lors des obsèques de Navalny lorsque des foules lui ont rendu hommage à Moscou.

Ioulia Navalnaïa, qui a promis malgré son exil de reprendre le flambeau de son mari, avait appelé ses partisans à aller aux urnes au même moment, à midi dimanche (09H00 GMT).

A l’heure dite, certains bureaux de vote ont vu un afflux important, dans d’autres il était beaucoup plus limité.

“C’est la dernière forme de protestation où tu peux t’exprimer librement”, a confié Alexandre, 29 ans. “Si je n’avais pas fait ça, je me serai senti lâche”. 

Dans un autre quartier de Moscou, Marino, devant le bureau où Alexeï Navalny votait, un petit nombre d’électeurs a répondu présent.

“J’ai pu rencontrer quelques personnes, leur parler, et j’ai senti qu’ils pensaient la même chose que moi. Je ne suis pas seule”, dit Olga 52 ans, avant de partir avec son fils pour se recueillir sur la tombe de l’opposant, inhumé dans le quartier.

Dans le cimetière, des dizaines de personnes défilaient, déposant des fleurs fraîches sur la tombe ainsi que des bulletins sur lesquels a été ajouté le nom de Navalny.

Un mot rappelle une citation que l’opposant appréciait: “Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien”. 

Incursions et drones

S’agissant de l’Ukraine, alors que le conflit a coûté la vie probablement à des dizaines de milliers de soldats russes, le Kremlin s’efforce de présenter avec triomphalisme de récentes conquêtes d’ampleur pourtant limitée. 

Toute la semaine, l’armée russe a aussi dû repousser des tentatives d’incursions armées depuis l’Ukraine, des assauts revendiqués par des unités anti-Poutine se disant composées de Russes.

Un groupe, le “Bataillon sibérien” a affirmé dimanche matin être entré dans un hameau russe, Gorkovski.   

Plusieurs personnes sont mortes dans ces régions ces derniers jours en outre dans des attaques de drones, de roquette et d’artillerie, même si la défense anti-aérienne russe semble en mesure d’abattre l’essentiel des projectiles.

L’armée russe a dit dimanche avoir détruit dans la nuit 35 drones ukrainiens volant au-dessus de plusieurs régions, dont celle de Moscou.

Moscou continue pour sa part ses bombardements de l’Ukraine. Une frappe a tué 21 personnes à Odessa vendredi.   

bur/bpi

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