Schizophrène ou criminel ?

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JUSTICE/ LES ASSISES

Marie-France GRUGEAUX ETNA 

TRIBUNAL BASSE TERRE • DR

L’avocate générale avait requis deux ans de détention tout en reconnaissant que l’accusé était coupable de viol sur les deux fillettes. Une peine très allégée car elle a tenu compte de l’état psychiatrique de l’agresseur. Elle a été déboutée. L’homme a été condamné à 5 ans de prison avec sursis (c’est çà dire qu’il ne fera pas de prison ferme) et 7 ans de suivi socio judiciaire. 

La vraie question à ce stade du procès qui s’est bouclé hier soir, c’est : la place de l’accusé est-elle devant une cour d’assises ou dans un hôpital psychiatrique. 

Il était 16h30 lorsque les jurés quittent la salle d’audience pour aller délibérer. Il est vrai que 48 heures, c’est un délai assez court pour un procès avec deux victimes et un accusé qui ne reconnait qu’en partie les faits dont on l’accuse. Pourtant hier après avoir été longuement entendu sur les accusations qui lui sont portées, il a demandé pardon aux deux jeunes femmes qui n’étaient que des enfants au moment des agressions. En début de matinée, l’expert psychiatre a été entendu. Or son intervention était attendue car capitale pour mieux comprendre la personnalité de l’accusé et en tenir compte au moment du verdict. En effet, le quinquagénaire a expliqué à l’expert qu’il agissait ainsi en raison de voix qu’il entendait dans sa tête lui demandant de faire ” des trucs bizarres ” Pour les deux experts, il est évident que l’individu a un mode de fonctionnement psychotique avec de faibles capacités cognitives et une immaturité de la personnalité. La pathologie est donc bien réelle explique les médecins mais elle ne suffit pas à justifier le passage à l’acte.  Par ailleurs, on apprend au cours de ce procès, que l’accusé a fait l’objet de nombreuses hospitalisations psychiatriques. 

Un schizophrène au dernier degré 

Le diagnostic de psychose schizophrénique ne fait aucun doute. Elle est même référencée à un degré élevé. Mais l’expert rajoute que la psychose ne suffit pas à entrainer l’abolition du discernement. Et dira-t-il, il est rarissime pour ne pas dire impossible, que des hallucinations et un syndrome d’influence pousse un sujet à un viol ou à un abus sexuel. Les voix peuvent en revanche pousser à un suicide ou à certaines agressions. Il rappelle également qu’au moment des faits rien ne prouve que l’accusé était délirant. Néanmoins l’expert se retranche derrière le fait qu’il est difficile d’avoir une vision objective 26 ans plus tard. Et c’est bien toute l’ambiguité de ce procès qui n’aurait peut-être jamais du exister. Car la vraie question à quelques heures du verdict c’est de savoir où est la place de cet homme. Dans un hôpital psychiatrique, en étant suivi et sans possibilité de sortie car il risque de récidiver ou devant une cour d’assises pour être jugé comme délinquant sexuel sur deux enfants et être condamné en conséquence. Il semblerait que la réponse ne soit pas si simple à écouter les réquisitions de l’avocate générale. Celle-ci va longuement expliquer que cet homme est coupable d’avoir violé ces deux fillettes mais qu’au vu de ses antécédents médicaux, elle ne requiert que 2 ans de détention et 7 ans de suivi socio-judiciaire. Une curieuse réquisition qui laisse un goût d’inachevé. Certes, il est aujourd’hui reconnu comme adulte handicapé mais les problèmes psychiatriques du mis en cause auraient réellement commencé qu’en 2011. 

Les deux victimes, cousine de l’accusé pour l’une et demi sœur pour l’autre ont été entendues elles aussi à la barre pour raconter ce qu’elles ont enduré même si le temps a fait son œuvre pour rendre moins vive la douleur et permettre la reconstruction. Elles restent cependant très fragilisées dans leur vie de femmes par cette épreuve. 

Tribunal de Basse-Terre – salle d’audience
• Marie-France Grugeaux