Sous les bombes, des jumelles ukrainiennes rêvent d’or olympique

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Lorsqu’on pratique la natation artistique, le sourire est d’usage et pour Maryna et Vladyslava Aleksiiva, jumelles ukrainiennes qui rêvent d’or aux JO de Paris, s’entraîner sous les bombes n’y change rien.

Les soeurs de 22 ans, qui ont décroché le bronze à Tokyo en 2020, figurent parmi les meilleurs espoirs ukrainiens de médaille d’or à Paris cet été.  

En près de deux ans de guerre, les épreuves que ces athlètes au sourire lumineux ont traversées pour s’entraîner – fuir leur ville, survivre à des bombardements – ont repoussé leurs limites et dopé leur détermination.

Dans leur Kharkiv natale, elles s’entraînent dans une piscine sans vitres, détruites lors d’une attaque de missiles en 2022, et sans générateur pour chauffer l’eau du bassin lors des coupures d’électricité.

Ces derniers mois, elles ont parfois dû “descendre en courant au sous-sol en maillot de bain mouillé” quand les explosions étaient trop proches de leur piscine, raconte Maryna.

La ville du nord-est du pays n’est qu’à une trentaine de km de la frontière avec la Russie. 

“Tout a été bombardé: notre piscine, où on avait commencé à s’entraîner, notre école, le centre-ville”, poursuit la jeune femme, teint pâle, yeux gris et longue chevelure châtain clair, comme sa soeur.

Au début de l’invasion de l’Ukraine, lancée par Moscou en février 2022, les forces russes se sont emparées de pans entiers de la région. 

Elles ont été repoussées mais la région subit toujours d’intenses bombardements.

Au moins 11 personnes y sont encore mortes lors d’une frappe russe mardi dernier. 

Mais Kharkiv est l’épicentre de la scène nationale de natation artistique. Et c’est chez elles.

“Montrer que l’Ukraine vit toujours”

“Lorsque la guerre a commencé, on ne savait pas quoi faire”, se souvient Vladyslava, la plus timide des deux, qui laisse souvent sa soeur finir ses phrases.

“On a ensuite compris que notre principal objectif serait de faire preuve de courage partout dans le monde pendant les compétitions”.

“Pour montrer que l’Ukraine vit toujours”, ajoute Maryna.

Dans les premiers jours de la guerre, quand les chars russes ont atteint les faubourgs de Kharkiv, les jumelles ont dû abandonner sur place leurs chatoyantes tenues.

Evacuées avec l’équipe de natation artistique ukrainienne, elles fuient alors vers l’Italie où elles s’entraînent pendant six mois. 

Loin des frappes mais inquiètes pour leurs proches restés près des combats, elles préfèrent rentrer dans leur pays. 

D’abord à Kiev, “dormant la nuit dans le couloir d’un abri anti-bombes”. Puis chez elles à Kharkiv.

Même si c’est plus dangereux, “c’est bien mieux d’être tous ensemble, (même) sans électricité ni musique pour s’entraîner”, dit Vladyslava plus souvent appelée Vlada. 

Elles n’ont plus quitté leur ville, sauf pour des compétitions à l’étranger.

Quand l’AFP les retrouve en mai, en marge d’une manche de la Coupe du monde de natation artistique (nouveau nom de la natation synchronisée) à Montpellier dans le sud de la France, elles profitent d’une journée de détente. 

Visitant le centre historique de la ville, elles dégustent des glaces et postent des “stories” sur les réseaux sociaux. Mais la guerre n’est pas loin.

“J’ai téléphoné à Maman hier et il y avait une alerte aérienne. J’étais un peu nerveuse”, confie alors Maryna. “Maman et Papa ont dit: +tout va bien ne vous inquiétez pas+. Alors on a essayé de rester calme et de se concentrer sur la compétition.” A Montpellier, elles remportent l’or en duo dans le programme libre.

Aux Championnats du monde de natation à Fukuoka au Japon en juillet, elles semblent plus sombres. L’AFP les rencontre juste après leur passage en duo libre où elles ont terminé 6e. Les jeunes femmes, en maillot à paillettes, chignon haut et maquillage appuyé, sont déçues.

“C’est dur de se concentrer lorsque son pays est en guerre et qu’on est loin de sa famille”, confie Vlada. “On a des amis sportifs qui sont morts au combat en défendant notre pays. De nombreux jeunes sportifs sont morts, c’est une période horrible pour nous”. 

“Des stars”

Dans l’appartement de Maryna à Kharkiv, un jour de novembre, elles écoutent un disque d’Edith Piaf pioché dans la collection des vinyles de leur grand-père.

Lorsque l’alerte aérienne retentit, elles ne bougent pas la tête.

Il y a des sirènes “cinq ou six fois par jour”, dit la jeune femme. “La nuit aussi. C’est normal.”

Vlada habite juste à côté avec son mari, informaticien. C’est pratique car “nous échangeons nos vêtements!”.

Ce dimanche-là, jour de repos, elles sont en jean avec un maquillage léger, une simplicité qui contraste avec le strass et les poses théâtrales des jours de compétition.

D’habitude, elles sont à l’entraînement, six jours par semaine. “Nous lisons l’actualité et quand nous voyons que tout va bien, nous continuons à nous entraîner. En cas de danger, nous allons à l’abri anti-bombes”, explique Vlada. Les journées commencent à 06H30.

A huit ans déjà, elles étaient grandes, souples et naturellement harmonisées pour des duos, se souvient leur première entraîneuse Maryna Krykounova. “J’étais sûre qu’elles deviendraient des stars.”

Les jumelles et même les triplées ne sont pas rares dans le milieu de la natation artistique. 

Mais ce qui est généralement vu comme un avantage pour les soeurs pourrait ne pas leur être utile après un changement controversé l’an dernier dans la façon de juger les performances de natation artistique, avec des critères davantage centrés sur les éléments techniques et non plus sur l’effet artistique.

Un obstacle de plus pour les jumelles, dont l’équipe s’efforce de se qualifier pour les JO de Paris qui débutent le 26 juillet. 

“Nos entraîneurs ne sont pas contents du changement de règlement”, dit Maryna selon qui cela donne un rendu “vraiment pas artistique”. 

Les dernières compétitions de qualifications auront lieu aux Championnats du monde au Qatar en février. Il y aura aussi les Championnats d’Europe à Belgrade en juin, considérés comme une répétition générale pour les JO.

Une riposte

“C’est vraiment le moment le plus important de notre vie”, résume Vlada, en soulignant qu’elles ont dû se préparer dans des “conditions inéquitables” par rapport à leurs concurrentes.

La Russie, pays dont les athlètes excellent traditionnellement dans ce sport, ne participera pas aux JO, les équipes russes ont été bannies de la compétition après l’invasion de l’Ukraine. 

Mais en décembre, le Comité international olympique (CIO) a autorisé les sportifs russes et bélarusses à participer aux Jeux à condition qu’ils concourent sous bannière neutre, hors épreuves par équipes, qu’ils n’aient pas activement soutenu l’offensive russe en Ukraine et qu’ils aient franchi l’obstacle des qualifications.

Une décision condamnée par le ministère ukrainien des Affaires étrangères.

Au début, les jumelles trouvaient que c’était “peut-être mieux de ne pas permettre à un pays terroriste qui a tué des sportifs (de participer)”.

Elles ont ensuite craint que leur gouvernement boycotte les Jeux. Il serait “stupide qu’ils (les Russes) puissent participer alors qu’ils tuent des gens et que nous, qui n’avons rien fait, ne puissions y aller”, estimait Vlada en mai.

“On s’entraîne sept heures par jour et on a un objectif, montrer le courage de notre pays au monde entier.”

Remporter une médaille à Paris serait aussi, disent-elles, une riposte à leurs concurrentes russes qui leur avaient envoyé un message au début de la guerre pour leur dire: “Ne vous en faites pas, on va vous sauver. C’est une opération de sauvetage.”

“Vous êtes folles”, avait répondu Maryna. “Je les ai invitées à venir à Kharkiv voir ce qu’est devenue ma ville natale: tout a été bombardé.” 

jbr-siu-df-am/blb/dp/juf

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