Trop peur de sa grand-mère pour dénoncer les faits

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Placé en détention provisoire depuis janvier 2022, l’homme accusé de viol sur sa fille mineure de moins de 15 ans, sera jugé par la cour criminelle de Basse-Terre, lundi et mardi. 

Octobre 2020, la conseillère principale d’éducation (CPE) du collège recevait ce jour-là les délégués de la classe de mademoiselle C. Ils lui apprenaient que cette dernière avait été abusée sexuellement par son père. La responsable convoquait immédiatement la jeune fille, âgée de moins de 15 ans, qui lui confirmait les faits dont le premier remontait à juillet 2019. L’établissement adressait alors sans délai un signalement au parquet de Pointe-à-Pitre qui saisissait la brigade territoriale autonome (BTA). Auditionnée l’adolescente raconte que neuf mois plus tôt, au domicile de ses grands-parents, son père sous prétexte de vouloir voir sa chambre la jetait sur le lit, la maintenait avec un bras, la pénétrait, éjaculait avant qu’elle réussisse à le repousser par de violents coups de pieds dans les côtes. Elle se souvient alors avoir saigné et n’avoir rien dit à personne. Son géniteur va recommencer en plusieurs occasions, souvent ivre, et à chaque fois que la jeune fille viendra chez lui pendant les vacances puisque le couple est séparé. Pour obtenir son silence, il lui offre des cadeaux ou la menace de ne plus donner d’argent à sa grand-mère pour l’élever depuis l’abandon par sa mère.

Un besoin de reconnaissance perpétuel

Examinée par le médecin, celui-ci ne peut ni infirmer ni confirmer les déclarations de la victime. Son examen psychologique révèle une souffrance associée à l’absence de lien avec sa mère. Concernant les faits, elle dit ne plus y penser. Toutefois, les tests de Raven révélaient une difficulté d’attention de concentration avec un besoin de reconnaissance perpétuel chez la victime. Elle mettait en avant une relation de proximité avec son père qui lui empêchait d’avoir peur, ce qui semblait en total contradiction avec les violences sexuelles décrites. Le psychologue Errol Nuissier établissait alors chez la jeune fille une tendance à l’affabulation, encouragée par la grand-mère qui ne supportait pas l’idée que le père puisse reprendre sa place. La psychologue qui la verra plus d’un an après, concluait, elle, à une grande souffrance affective et psychique chez la jeune femme, avec des mécanismes de défense (rire nerveux) et d’auto préservation (déni du mal-être). Elle présentait un état post traumatique d’une intensité sévère avec des troubles du sommeil, une restriction des affects, une peur de son père et un fort sentiment de culpabilité. Et, contrairement à la première expertise, l’experte ne voyait aucune tendance à l’affabulation.

Des comportements révélateurs

Interrogée, la grand-mère confie avoir remarqué à l’époque l’énervement de la jeune fille en présence de son père et lui avait déclaré qu’elle ne voulait pas aller passer les vacances chez lui, en prétextant l’absence d’internet. Elle notait également que son père venait la voir plus souvent en lui offrant des cadeaux, les derniers temps. Pour sa part, la CPE, lors de sa déposition, expliquait que la jeune fille était une très bonne élève, sans aucun problème de comportement, alors que la déléguée de classe expliquait avoir remarqué que C ne semblait pas bien et se refermait sur elle-même. Le jour de la dénonciation, la victime pleurait car elle avait peur de la réaction de sa grand-mère. Placé en garde à vue le 24 janvier 2022, l’accusé reconnaissait avoir eu des relations sexuelles avec sa fille deux ou trois fois. Il déclarait chaque fois avoir trop bu et que l’on ne pouvait pas appeler ça un viol, car c’est elle qui l’avait emmené dans sa chambre et exigé de lui une relation. En un mot, elle lui aurait tendu un piège. C’est l’argument de presque tous les violeurs sur mineurs de 15 ans. Aussi, l’homme a-t-il été placé en détention provisoire en attendant le verdict à l’issue de ces deux jours de procès.