Une déclaration d’amour mise sous cadre depuis 67 ans

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Il y a 67 ans, Tina Py recevait de Moni Coupin une touchante déclaration d’amour. Un précieux trésor que le couple a fait encadrer, en souvenir d’un bal de Noël où ils se sont vus pour la première fois. 

«Très chère Tina, je vous écris cette lettre mais j’ai très peur que vous ne me répondiez pas. Voilà deux jours que vous m’avez accordé une danse et je trouve le temps très long. Je ne sais comment vous remercier. Je garde ainsi au fond du cœur l’espoir de vous revoir, je vous adresse ainsi l’expression de mes sentiments les plus fidèlement attachés », écrivait en outre Moni. Celui qui remet ce beau courrier au facteur est âgé de 20 ans. Nous sommes en 1957, à la fois excité et heureux, il vient de confier son cœur au postier qui se chargera du reste. Leur première rencontre a eu lieu lors d’un bal se souvient très exactement Moni Coupin, âgé aujourd’hui de 87 ans. Il est assis au côté de Tina, âgée elle de 86 ans.

« C’était mon premier bal. J’étais zayé au poil. J’avais bien travaillé et j’avais vendu un bœuf. Je m’étais payé un beau costume chez le tailleur du coin. Ma coiffure était au top, j’avais mis une raie sur les côtés. Ti boug la té an zafè-ay », se vante l’homme.

Un cha-cha-cha mémorable

Il poursuit : « Ce soir-là au bal, j’ai vu mademoiselle, elle était élégante bien sagement assise dans un coin. Je voulais l’inviter à danser mais j’avais peur, très peur de me faire jeter. Je la surveillais du coin de l’œil. Je ne trouvais pas le courage de l’inviter à danser. À l’époque, c’était difficile même si on était bien vêtu et issue d’une famille respectueuse et sans histoire, il fallait aussi avoir des bœufs et moi je n’en avais qu’un seul que je venais de vendre. Il a bien fallu que je me décide avant qu’un copain ne me vole la politesse. Je n’étais pas le seul à surveiller le gibier », rigole le séducteur avec malice. Mais les heures passent et le jour ne va pas tarder à pointer son nez.

« Quand j’ai entendu le premier Cocorico dans la savane, je me suis levé comme un fou, je me suis approché d’elle, au même moment l’orchestre enchaina un cha-cha-cha et je lui ai dit : Mademoiselle auriez-vous la gentillesse et l’amabilité de m’accorder cette danse, vous ferez de moi, le jeune homme le plus heureux de la soirée. Mais si vous me la refusez j’aurais tellement honte. Mes amis me guettent. » Elle le fixa des yeux, puis elle prit sa main.

« Ma mère nétait pas contente »

Assis à côté de son époux Tina écoute et intervient quand il faut rectifier tel ou tel propos. « Je n’ai pas répondu tout de suite,  j’ai hésité. Mais il avait l’air bien et sincère, il s’était surtout exprimé très bien, on sentait que c’était un jeune homme galant. C’était la première fois qu’on m’invitait à danser avec une telle galanterie. Donc finalement, je me suis dit pourquoi pas. On a dansé,  on a échangé mais je ne pouvais pas imaginer une seconde que j’allais recevoir ce courrier dans la semaine qui allait suivre ce samedi soir du bal », raconte Tina qui se souvient des explications qu’elle a dû donner à sa mère quand le courrier est arrivé chez elle.

« Elle n’était pas contente et m’a demandée des explications. Quand elle a ouvert la lettre, je n’en revenais pas. Il s’agissait d’une déclaration d’amour de Moni. Il a été convoqué par mes parents pour s’expliquer. » Ce récit fait remonter des souvenirs et le couple se prend par la main. Il se regarde un long moment avant de continuer à se raconter.

Tina et Moni, mister Costa.
• N.L

« Je suis fou amoureux de votre fille, aidez-moi »

« J’avais de la bonne volonté. J’avais 20 ans et pas encore d’animaux. J’allais dire quoi à ses parents, j’avais une peur bleue. Mais il était trop tard pour faire marche arrière. C’est un jeune du quartier qui m’a fait savoir que les parents de Tina voulait me voir sans aucun autre détail. Il se disait que j’allais devoir m’expliquer à propos d’une relation que j’avais avec la fille de la famille X. La nouvelle était aussi parvenue à mes parents. Ma mère me faisait confiance, elle croyait à ma version mais le père de Tina qui entendait les commérages voulait que tout soit tiré au clair très rapidement. »

Le jour de la rencontre, Moni a dû assurer qu’il n’a aucun rapport avec la jeune fille. Qu’il l’avait rencontré au bal et qu’il en était tombé amoureux. « Je lui ai expliqué que je n’arrivais pas à oublier sa fille et que c’était la première fois que cela m’arrivait. Par conséquent, je lui demandais de m’aider, car je voudrais épouser Tina. Je lui ai garanti que sa fille ne manquerait jamais de rien et que j’étais prêt à me sacrifier toute ma vie pour qu’elle soit heureuse, s’il disait oui à notre union. Je ne savais pas quoi lui dire d’autre, c’était la vérité tout simplement. »

Un mariage d’amour

Le papa est resté sans voix quelque peu dépassé pour enfin lui répondre que s’il voulait la femme, il devait d’abord lui trouver une maison. Quelques semaines plus tard, il est retourné avec en poche une bague de fiançailles. « On était autorisé enfin à se voir. Je l’ai présentée à mes parents et elle a été très bien accueillie. Quelques mois plus tard avec l’aide de mes parents, Tina et Moi débutions dans l’agriculture et dans l’élevage des bœufs. J’ai acheté des bœufs, des cochons et des cabris. » Ils se sont ensuite mariés.

Un amour indéfectible

Le mariage de Moni et de Tina était attendu par tout le village. La cérémonie a failli ne pas avoir lieu car la jeune femme avait quelques semaines auparavant perdu sa bague de fiançailles dans les champs, pendant qu’elle travaillait. Elle en était peiné au point de ne plus vouloir se marier. « Je ne voulais pas que notre mariage débute par une fausse note. » Heureusement, elle a changé d’avis et depuis 67 ans, le couple vit un amour indéfectible. « Nous n’avons pas eu d’enfant. C’était la volonté du ciel », affirme-t-elle en récupérant sa déclaration d’amour encadrée pour la ranger en lieu sûr.