Une journée de vendredi pas banale

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Enfin rentrée à la maison près une journée bousculée. L’arrivée proche de Fiona sur notre archipel a bousculé les habitudes de chacun. Récit. 

La tempête Fiona approche de la Guadeloupe. Au Gosier, à Bas-du fort, du côté du supermarché Leclerc, dans la matinée, le parking est rempli. La plupart des clients entrent et sortent quelques courses en main.  Visiblement, il n’y a pas d’affolement. Marie-Laure et Pierre en sont l’exemple type. Leurs premiers mots : “no stress”, disent-ils en chœur. “nous avons fait nos courses normalement, pas en vue de la tempête”. Dans les mains de Pierre, des cannettes de coca, quelques biscuits, rien de vital pour la période cyclonique. Ils semblent complètement indifférents au ciel nuageux qui menace. En guise d’aurevoir, avec désinvolture, avant de tourner leurs talons, Marie-Laure annonce : “d’ailleurs, on va jardiner”. Même son de cloche du côté de Michaël, “j’ai juste acheté quelques petites choses à manger”, dit-il, les bras encombrés de biscuits salés, de petites bouteilles d’eau. “de toute manière, si elle passe que pouvons-nous faire, si les arbres sont coupés, et qu’il n’y a plus d’électricité, il faudra attendre”. Il s’éloigne. Il est loin le temps où les caddies débordaient de packs d’eau et de nourriture qui risquait à terme de se perdre faute de courant. Marie-Edouard, la soixantaine, est dans le même état d’esprit. “Depuis le mois de juillet, je stocke : riz, huile, farine etc. Là, je n’ai rien acheté de tout ça dans mon caddie”. Elle n’est pas inquiète. Thomas, un jeune, est un des rares clients de Leclerc à sortir avec un caddie. A l’intérieur, deux packs d’eau, pour être sûr, de ne pas manquer et des couches pour bébé. Il a pris ses précautions, mais n’est pas inquiet. La vie semble continuer normalement. Les magasins sont ouverts, chacun travaille normalement. Les responsables attendent la dernière minute pour fermer. A la pharmacie, des clientes se plaignent de l’organisation, mise en place par la préfecture. “c’est une vraie pagaille, lâche-t-elle : entre récupérer les enfants à la crèche, dans les écoles”. Elle oublie de mentionner les salariés, qui regagnent leur domicile.

“J’espère que cette fois, nous y échapperons”.

Tout le monde est agacé, d’autant qu’il y a un embouteillage monstre sur la nationale Pointe-à-Pitre/Saint-François. Les clients sont là. Une vendeuse n’a qu’une idée en tête, les clients. “nous sommes débordés. Il n’y a personne pour répondre à vos questions”. Tout le monde se souvient des pluies diluviennes qui avaient tout emporté sur leur passage. Quelles mesures toutes ces boutiques ont prises pour parer à un scénario identique. Nous ne le saurons pas. Tout le monde se souvient également du parking du supermarché impraticable à cause de la montée des eaux, et qui s’était transformé en une immense piscine. Pour se rendre à l’intérieur, il avait fallu recourir à un canot. La direction avait perdu beaucoup de marchandises, et avait dû attendre plusieurs jours avant de rouvrir. La direction de l’enseigne a tiré leçon de la mésaventure. Cette fois, elle a recouru à une vingtaine de sacs d’une tonne qu’elle a posés tout le long du magasin pour faire barrage à l’eau. Une fois, mais pas deux, disent certains. 

 Burger king, l’autre enseigne, à proximité, est dans le rush. Il est 13 heures, et elle continue de servir les clients, comme un jour normal. Et pourtant, l’établissement est régulièrement visité par les eaux. Mais pour l’heure, personne ne veut s’en inquiéter, et surtout pas les employés, qui attendent simplement le feu vert de la direction pour regagner leur domicile. Tout autour, la vie est normale, la rôtisserie est ouverte, les clients viennent récupérer poulets. Un peu plus loin, le vendeur de jus de canne broie la canne avant de la remettre à ses clients. A priori, tout le monde joue la montre, et ne semble pas inquiet par Fiona, qui zigzague. Un peu, plus loin, à Belle Plaine, Ruby est installée devant son food-truck. Pas un chat. Elle regarde son portable. “Ici, la pluie vient régulièrement, dit-elle, avec un fort accent espagnol. “elle vient de la montagne, et se déverse ici. J’espère que cette fois, nous y échapperons”. A l’approche de Fiona, chacun s’organise, comme il peut. 

Claudia BELTON 

Propriétaire d’une roulotte, cette commerçante était très zen en fin de matinée

– C.B