Vingt ans après, l’Espagne et l’Europe rendent hommage aux victimes des attentats islamistes du «11-M»

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L’Europe a honoré lundi à Madrid la mémoire de toutes les victimes du terrorisme sur le continent, à l’occasion du 20ème anniversaire des attentats à la bombe de 2004 qui firent 192 morts dans la capitale espagnole.

Mais les multiples hommages aux victimes de ces attentats islamistes du 11 mars 2004 (appelés en Espagne “le 11-M”), les plus meurtriers jamais survenus sur le sol européen, ont surtout mis en évidence combien le pays restait encore politiquement divisé sur ce sujet.

Les institutions européennes avaient décidé dès mars 2004 de faire du 11 mars la “Journée européenne de commémoration des victimes du terrorisme”, célébrée chaque année dans un pays différent.

Organisée par la Commission européenne et présidé par le roi Felipe VI, la cérémonie officielle a eu pour cadre la Galerie des Collections royales, un musée situé près du Palais royal à Madrid, en présence de quelques centaines de personnalités.

Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, le vice-président de la Commission Margaritis Schinas et le roi Felipe ont souligné combien les 27 Etats membres de l’UE étaient unis face à ce fléau.

“L’histoire du terrorisme en Europe est l’histoire d’une souffrance partagée, mais aussi de solidarité entre tous les Européens”, a affirmé le souverain.

“Nous savons que nous ne sommes pas seuls”, a renchéri M. Sánchez, mettant en avant “27 pays unis dans la diversité”. Il a aussi estimé qu'”agir contre les causes qui alimentent les conflits régionaux, c’est empêcher que les fanatiques transforment le désespoir en une arme pour attaquer les principes de liberté et de respect des droits humains”. 

“Irréparable”

Pour sa part, la veuve de l’une des 192 personnes de 17 nationalités qui périrent le 11 mars 2004, Ana Cristina López Royo, a décrit un jour “qui a fracturé nos vies de manière irréparable”.

De nombreux autres hommages ont eu lieu dès le matin dans la capitale espagnole. Certains spontanés, comme les bouquets de fleurs, bougies ou portraits de personnes qui perdirent la vie il y a 20 ans déposés sur les lieux où les bombes explosèrent par des parents de victimes, mais aussi par des habitants.

D’autres, en revanche, ont surtout illustré le fait que les plaies politiques nées des attentats du 11-M restent aussi vives qu’il y a 20 ans.

Ce jeudi 11 mars 2004, peu après 07H30, à l’heure de pointe, dix engins explosaient en l’espace de quelques minutes à bord de quatre trains de banlieue dans la gare d’Atocha, située au coeur de Madrid, ou à proximité.

Confrontée depuis plusieurs décennies à une campagne sanglante du groupe séparatiste basque ETA, l’Espagne avait la triste habitude des attentats à la bombe, même si elle n’avait jamais été visée par une attaque de cette ampleur.

Immédiatement, le gouvernement de droite du Premier ministre José María Aznar désigne l’ETA comme responsable du massacre d’Atocha et n’en démordra pas, malgré l’accumulation des indices en sens contraire.

Rapidement, al-Qaïda, l’organisation jihadiste dirigée par Oussama ben Laden, revendique les attentats, les présentant comme des représailles à la participation de l’Espagne à la guerre en Irak aux côtés des Etats-Unis.

“Mensonge” et “infamie”

Dans les manifestations monstres qui ont lieu le 12 mars, le gouvernement est pris à partie avec virulence, M. Aznar étant traité de “menteur”. Deux jours plus tard, le 14 mars, ont lieu des élections législatives que son parti perdra au profit des socialistes.

Dans les mois qui suivirent, ses détracteurs reprochèrent à M. Aznar d’avoir voulu cacher la responsabilité d’al-Qaïda de peur que les Espagnols fassent payer dans les urnes à son parti sa décision l’année précédente de participer à l’invasion de l’Irak aux côtés des Etats-Unis malgré l’opposition de l’opinion publique espagnole.

Vingt ans après, le débat n’est toujours pas clos. Les jours qui ont précédé l’anniversaire ont ainsi vu de nombreuses personnalités mettre de nouveau en cause l’attitude de M. Aznar à l’époque.

Lundi, la fondation FAES, que préside l’ancien Premier ministre, a publié un long communiqué, qualifié de “droit de réplique”, pour défendre la gestion de la crise par M. Aznar durant ces journées, nier qu’il ait étouffé des informations impliquant al-Qaïda et attaquer violemment la gauche.

Ce texte au vitriol a déclenché un pugilat verbal, un responsable socialiste, Alfonso Rodríguez Gómez de Celis, affirmant lors d’une conférence de presse que “le mensonge et l”infamie” restaient la marque de fabrique de la droite.

CHZ/mr