Une île en décomposition : la crise des ordures qui menace la santé en Dominique
Des montagnes de sacs-poubelle qui s'accumulent le long des routes, des rats proliférant, des communautés en colère et la menace persistante de la leptospirose. La Dominique est plongée dans une crise sanitaire majeure, alimentée par l'effondrement chronique du service de ramassage des ordures.
La crise est visible partout. Les routes et les quartiers de la Dominique sont encombrés par des tas de déchets qui s'amoncèlent, formant un paysage de désolation urbaine. Malgré la récente livraison de quatre nouvelles bennes à ordures, la Dominica Solid Waste Management Corporation (DSWMC) avoue son impuissance à respecter son propre programme de collecte, présentant même ses excuses publiques. Le phénomène, qui perdure depuis des mois, est alimenté par un cercle vicieux : les équipes nettoient certains points noirs, comme le site de Fond Cole, qui se retrouvent immédiatement ré-engorgés dès leur départ, faute de collecte régulière.
La frustration des habitants explose sur les réseaux sociaux, dernier exutoire face à l'inaction perçue des autorités. Pire, cette crise crée des tensions entre communautés. Le comité de développement de Touna accuse ouvertement des personnes venues d'autres villages, comme Marigot ou le Territoire Kalinago, de déverser clandestinement leurs déchets sur l'autoroute Concord, souillant leur environnement malgré leurs efforts répétés de nettoyage. Cette crise révèle ainsi une fracture dans la gestion collective de l'hygiène publique.
La menace sanitaire majeure : rats et leptospirose
Derrière le chaos visuel se cache un danger bien réel et mortel. Les médias et les autorités sanitaires alertent : les députés à l'air libre attirent les rats. Le lien avec la santé publique est tragiquement établi. En avril 2025, le ministère de la Santé avait déjà sonné l'alarme sur une épidémie de leptospirose, une maladie bactérienne grave transmise par l'urine des rongeurs, qui avait alors fait un mort et près d'une vingtaine de malades. Aujourd'hui, alors que les conditions sont plus propices que jamais à la prolifération des rats, le gouvernement a cessé de communiquer sur les chiffres de la maladie, une omerta qui inquiète les habitants confrontés quotidiennement à la menace.
Face à l'ampleur de la crise, les autorités semblent jeter l'éponge sur leur capacité à régler seules le problème. Le message officiel s'est déplacé de la promesse d'une solution technique à un appel à la responsabilité citoyenne. La DSWMC exhorte la population à "prendre possession de son environnement", tandis que le gouvernement demande aux habitants de "disposer des ordures d'une manière conforme aux règlements". Un vœu pieux pour de nombreux citoyens qui, confrontés à l'absence de ramassage, se voient contraints de trouver des solutions alternatives, souvent illégales, perpétuant ainsi le cycle infernal de la pollution et du risque sanitaire.
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