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Le carnaval est maintenu, mais placé sous haute sécurité

09 January 2026

Hier, lors d'une conférence de presse, le préfet Thierry Devimeux a tranché : le carnaval prévu ce dimanche aura bien lieu, mais dans un format resserré de 15 à 20 heures et sous étroite surveillance.

Après moult tergiversations entre carnavaliers et autorités ces jours derniers, une conférence de presse s'est tenue à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre, jeudi midi. Les violences récentes étaient dans toutes les têtes. « Un troisième homicide a eu lieu la nuit dernière, rappelait le préfet, Thierry Devimeux, un jeune homme de 17 ans tué quasiment sur le même site que le meurtre de dimanche dernier. » C'est donc dans un climat d'inquiétude croissante des élus et de la population que la décision de maintenir les déboulés à Pointe-à-Pitre et dans le reste de la Guadeloupe a été prise par l'État et les collectivités.

Un maintien sous conditions

Mais ce ne sera pas un carnaval comme les autres : le déboulé est désormais limité à une plage horaire diurne, de 15 à 20 heures, afin d'éviter les débordements nocturnes. Le préfet a appelé à la responsabilité des groupes carnavalesques et des spectateurs « pour ne pas provoquer le désordre » ni perturber le rythme scolaire des enfants et adolescents.

Drones, hélicoptère et policiers en nombre

Face aux risques avérés, le dispositif sécuritaire a été considérablement durci pour les rues pointoises. Le double des forces de sécurité sera mobilisé, avec plus de 70 policiers supplémentaires en renfort des gendarmes, épaulés par des drones et un hélicoptère pour surveiller l'événement. Les forces de l'ordre seront concentrées sur les axes les plus fréquentés : boulevard Légitimus, rues Frébault et Duplessis, place de la Victoire. Autre mesure : les collectivités locales seront mises à contribution, tant pour renforcer la présence des polices municipales que pour fournir du matériel logistique, comme des barrières destinées à empêcher l'intrusion de véhicules et de deux-roues dans le périmètre sécurisé. Cependant, la brigade de nuit mise en place en août dernier reste insuffisante. « Cette brigade ne dispose pas d'un effectif suffisant pour pouvoir assurer la sécurité de Pointe-à-Pitre à elle seule, explique le maire de la ville, Harry Durimel. Pointe-à-Pitre n'a pas la capacité de faire face à une telle tuerie. En ce moment, des agents sont en formation de maniement des armes. Celles-ci ont été changées : elles étaient dépassées tant les plus jeunes sont mieux armés que les policiers. »

Violences : « désamorcer les racines du mal »

Présent aux côtés du préfet, le maire de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel, a soutenu la décision prise, tout en appelant à aller au-delà des dispositifs ponctuels. Pour lui, l'enjeu dépasse le cadre du carnaval : « Nous pensons qu'il faut un CLSPD [Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance] pour pouvoir mobiliser tous les acteurs, depuis le procureur jusqu'au président de Région, pour que nous puissions éradiquer ce mal, dans les profondeurs de ses racines ». Le CLSPD doit se réunir de nouveau lundi 12 janvier après-midi. En attendant, si Harry Durimel partage la préoccupation sur la montée du narcotrafic et la consommation de drogues, il nuance les propos du préfet sur la responsabilité des consommateurs : « dire que ce sont les consommateurs de drogue qui sont responsables des trafics, c'est un raccourci auquel je n'adhère pas. S'il y a une demande de drogue, c'est qu'il y a un malaise social. Les gens cherchent des paradis artificiels parce que la société terrestre leur apporte beaucoup d'angoisse. Enfin, la drogue est consommée parce qu'elle est disponible. On trouve de plus en plus de drogue en Guadeloupe, cour Zamia, on vous en propose plusieurs. Les policiers ne sont pas sans le savoir ».

En toile de fond : un marché tendu de la drogue ?

Le préfet lie explicitement la flambée de violence à une situation sociale dégradée : chômage élevé, pauvreté persistante, illettrisme important, décrochage scolaire massif. « Tous les indicateurs démontrent que la société est en souffrance », terreau du narcotrafic et de la violence, selon lui. Un avis que partage le maire de Pointe-à-Pitre : « d'après les informations qui nous parviennent, il pourrait y avoir d'autres morts dans les jours à venir parce que les proches de ceux qui ont été tués voudraient tuer à leur tour, n'acceptant pas d'avoir perdu leur ami, ainsi que des parts de marché : il faut désormais comprendre qu'il y a des parts de marché de commercialisation de stupéfiants qui se disputent. »

Harry Durimel, maire de Pointe-à-Pitre

« Cette spirale de violence peut se poursuivre si l'autorité régalienne ne prend pas le dessus. Il faut aller plus loin que les mesures ponctuelles : couvre-feu pour les mineurs et présence policière active sur au moins un an pour s'en sortir. En tant que maire, je n'ai pas le droit d'avoir peur. Mais en tant qu'être humain, je vous l'avoue : j'ai peur. »