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Solitude et séries en boucle : le binge-watching, une addiction qui guette les grands isolés

24 January 2026

Une récente étude chinoise, menée auprès de plus de 550 grands consommateurs de séries, révèle un lien inquiétant entre ce marathon audiovisuel, la solitude et une perte de contrôle aux conséquences réelles sur le sommeil, le travail et la vie sociale.

L'image est familière : un soir de semaine, plongé dans le canapé, on enchaîne les épisodes " pour se détendre ". Pourtant, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université de Huangshan vient brouiller cette image anodine du binge-watching. En interrogeant 551 adultes ayant regardé au moins 3,5 heures et quatre épisodes d'affilée, ils ont identifié un basculement. Parmi eux, 334 personnes, soit 61 %, remplissaient les critères d'addiction : obsession, consommation croissante, et retentissement négatif sur leur vie quotidienne. La frontière entre plaisir et dépendance serait donc plus poreuse qu'il n'y paraît.

L'étude a croisé ces données avec un phénomène mondial que l'OMS qualifie d'" urgence silencieuse " : la solitude. Chez les participants non addicts, la solitude n'expliquait pas leur comportement. En revanche, chez les 334 binge-watchers dépendants, les résultats sont sans appel : plus le sentiment de solitude était élevé, plus les signes de perte de contrôle (obsession, conséquences négatives) étaient marqués. L'étude suggère ainsi que, chez les grands consommateurs, l'addiction aux séries et l'isolement social avancent souvent main dans la main, formant un cercle vicieux.

Évasion ou réconfort : les deux moteurs émotionnels de l'addiction

Pourquoi cette emprise ? Les chercheurs ont exploré les motivations profondes. Deux ressorts émotionnels principaux se dégagent chez les personnes addictes : la recherche d'évasion (fuir des émotions ou une réalité pénible) et la recherche d'amélioration émotionnelle (chercher activement du plaisir et du réconfort). Chez eux, la solitude alimente fortement ces deux moteurs. Les séries serviraient ainsi à la fois de bouclier contre le vide social et de dose de bien-être compensatoire, expliquant en grande partie le lien étroit entre isolement et comportement addictif.

Les auteurs de l'étude restent prudents : leur travail montre une association, et non un lien de cause à effet clair, entre solitude et addiction. Il ne permet pas de dire si c'est l'isolement qui pousse au binge-watching ou l'inverse. Par ailleurs, l'étude se limite aux séries, excluant d'autres écrans tout aussi chronophages. Néanmoins, ils soulignent l'importance de ces résultats pour la santé publique. Comprendre ces mécanismes est crucial pour évaluer si réduire la solitude pourrait être une piste pour prévenir ou gérer ces addictions comportementales modernes, où le plaisir assumé se mêle à une détresse sociale insidieuse.