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Cuba : un mois sans carburant pour les avions, le blocus américain se durcit

09 February 2026

Privée de carburant aérien pour un mois, l'île contraint les compagnies long-courriers à ravitailler à l'étranger. Cette mesure d'urgence, symptôme d'une crise énergétique sans précédent, plonge un peu plus l'économie cubaines dans l'obscurité.

C'est un coup de tonnerre pour les liaisons aériennes avec Cuba. Les autorités cubaines ont notifié ce dimanche à toutes les compagnies desservant le territoire que l'approvisionnement en kérosène (Jet Fuel) serait suspendu à compter de lundi 10 février à minuit et ce pour une durée d'un mois. L'information, confirmée à l'AFP sous couvert d'anonymat par un responsable d'une compagnie européenne, tombe comme un couperet. La mesure contraint les transporteurs opérant des vols long-courriers à effectuer une "escale technique" dans un autre pays, probablement dans les Caraïbes, sur le chemin du retour pour se ravitailler. Seuls les vols régionaux pourraient échapper à cette contrainte lourde de conséquences logistiques et financières. Contactée, Air France a confirmé le maintien de sa liaison, mais avec une escale technique prévue hors de Cuba.

Le blocus se resserre, le carburant s'évapore

Cette décision radicale est la conséquence directe d'une crise énergétique d'une ampleur exceptionnelle que traverse l'île. La source du mal est clairement identifiée par La Havane : la fin des approvisionnements en pétrole du Venezuela, son allié historique. Celui-ci, étranglé par les sanctions américaines et après la capture de son président Nicolas Maduro début janvier, ne peut plus livrer. Pour achever d'isoler l'île, Donald Trump a signé la semaine dernière un décret menaçant de droits de douane tout pays qui vendrait du pétrole à Cuba, forçant même le Mexique, fournisseur depuis 2023, à cesser ses exportations. Washington justifie cette politique de pression maximale en qualifiant Cuba, située à seulement 150 km de la Floride, de "menace exceptionnelle" pour sa sécurité nationale. Une accusation que La Havane rejette, dénonçant une volonté délibérée d'"asphyxier" son économie.

L'état d'urgence décrété dans la vie quotidienne

Les conséquences sur le terrain sont déjà catastrophiques. Pour préserver le peu de carburant restant, le gouvernement de Miguel Díaz-Canel a décrété vendredi une batterie de mesures d'urgence dignes d'un état de siège énergétique. La semaine de travail dans les administrations et entreprises d'État passe à quatre jours, avec généralisation du télétravail. Les transports publics entre provinces sont réduits, la vente de carburant aux particuliers est rationnée, et des établissements touristiques ferment temporairement. Dans l'éducation, les journées de cours sont raccourcies et les universités basculent en semi-présentiel. L'objectif, selon le vice-Premier ministre Oscar Pérez-Oliva Fraga, est de dégager des ressources pour "la production de nourriture et d'électricité" et "la sauvegarde des activités génératrices de devises". Malgré cela, les coupures de courant généralisées, récurrentes ces dernières années, se multiplient, plongeant la population dans des difficultés quotidiennes extrêmes.

Une économie au bord de l'arrêt cardiaque

Le secteur touristique, source vitale de revenus, est directement dans le viseur. La fermeture de certains établissements et les complications pour les vols internationaux risquent de porter un coup sévère à une industrie déjà fragile. Plus largement, c'est toute l'activité économique de l'île qui ralentit sous l'effet conjugué du manque d'électricité, de la paralysie partielle des transports et de la réduction du temps de travail. Le président Díaz-Canel l'a admis : des temps difficiles s'annoncent. Alors que les États-Unis maintiennent une pression implacable, parlant de Cuba comme d'une menace, l'île se retrouve acculée, cherchant des voies de sortie et n'excluant plus, dans ce contexte de détresse, une possible ouverture du dialogue avec son voisin américain pour tenter de desserrer l'étau. La suspension du kérosène pour les avions n'est peut-être que le prélude à un isolement encore plus profond.