Les voyageurs se rendant aux États-Unis sans visa doivent désormais se préparer à des contrôles bien plus stricts. Déclaration obligatoire des réseaux sociaux, multiplication des données personnelles exigées : une nouvelle réglementation, qui concerne notamment les Français, suscite déjà inquiétudes et critiques.
Depuis le 8 février, voyager aux États-Unis est désormais synonyme de procédures plus lourdes. Les touristes internationaux bénéficiant du programme ESTA devront obligatoirement déclarer leurs activités sur les réseaux sociaux des cinq dernières années. France, Grande-Bretagne, Japon, Israël ou encore Allemagne figurent parmi les pays concernés.
Ces nouvelles exigences s'appliquent aux séjours touristiques de moins de 90 jours. Elles découlent d'un décret publié en décembre par le ministère américain de la Sécurité intérieure, imposant une collecte élargie d'informations personnelles lors des demandes d'autorisation électronique de voyage.
Pour les voyageurs, cela signifie une divulgation massive de données : comptes X, Facebook ou Instagram, numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années, adresses e-mail des dix dernières années, mais aussi informations détaillées sur les membres de la famille, incluant dates de naissance, adresses et contacts.
Un dispositif sécuritaire qui interroge
L'administration Trump justifie ce durcissement par la nécessité de protéger le territoire contre les " terroristes étrangers et autres menaces à la sécurité nationale ". Étudiants et professionnels sont eux aussi soumis à ces contrôles renforcés, tandis que certains pays font face à des suspensions complètes de visas.
L'ordonnance du 10 décembre prévoit un délai d'opposition de 60 jours : sans contestation juridique, la mesure entrera automatiquement en vigueur. Les autorités estiment que la constitution du dossier ESTA prendra environ 30 minutes supplémentaires, mais les agences de voyages redoutent des démarches bien plus longues. Elles conseillent déjà aux clients d'anticiper largement la préparation de leurs dossiers numériques.
Critiques et inquiétudes sur la protection des données
La commissaire fédérale allemande à la protection des données, Louisa Specht-Riemenschneider, s'est alarmé de cette accumulation d'informations sensibles, soulignant le risque accru d'erreurs dans les demandes. Aux États-Unis, démocrates et chercheurs ont dénoncé une surveillance ciblée des profils en ligne, notamment chez les étudiants étrangers, afin d'écarter certains visiteurs selon leurs opinions.
Si cette pratique reste particulièrement poussée outre-Atlantique, elle n'est pas totalement isolée : la Colombie exige déjà les identifiants de réseaux sociaux pour ses visas. En revanche, ni le Canada ni la majorité des pays européens ne réclament aujourd'hui d'historiques numériques complets pour les courts séjours.
Dans un contexte où la fréquentation internationale des États-Unis a chuté de 6 % en 2025 malgré la hausse mondiale du tourisme, ces nouvelles règles pourraient accentuer la désaffection des visiteurs étrangers, un effet déjà qualifié par certains observateurs d'" effet Trump ".
Related News
Le ministère de la Justice publie des masses de documents du dossier Epstein
«Concentrons-nous» sur le sport, cap fixé par Coventry au CIO
Près de cinq tonnes de cocaïne interceptées par la marine française en Polynésie