« Les mémoires du monstre » : un enseignant globe-trotter inculpé pour 89 viols sur mineurs et deux meurtres
Un homme de 79 ans, Jacques Leveugle, est écroué en Isère après la découverte macabre d'une clé USB contenant ses " mémoires ". Il y décrit en 15 tomes des agressions sexuelles sur 89 adolescents à travers le monde, ainsi que le meurtre de sa mère et de sa tante.
C'est un récit glaçant qui a conduit un septuagénaire devant la justice. Jacques Leveugle, 79 ans, a été interpellé en février 2024 à Vizille (Isère) et mis en examen pour des viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs entre 1967 et 2022. L'affaire, d'une dimension internationale, a été révélée ce mardi par le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux. L'enquête a également mis au jour deux meurtres, qu'il a reconnus. L'ensemble de ses forfaits a été consigné par l'intéressé lui-même dans des "mémoires" détaillées, retrouvées sur une clé USB.
L'élément déclencheur de cette enquête hors norme est d'une modernité troublante : une simple clé USB. C'est le neveu de Jacques Leveugle, qui "se questionnait sur la vie affective et sexuelle de son oncle", qui l'a découverte et alerté les autorités. Ce support numérique renfermait un document titanesque de "15 tomes", selon les termes du procureur. L'homme y a méthodiquement consigné, pendant des décennies, le récit de ses "rapports sexuels" avec des mineurs âgés de 13 à 17 ans, principalement des faits de masturbation et de fellation. S'il y mentionne des prénoms ou surnoms, l'identification des victimes reste complexe : seules une quarantaine sur les 89 ont pu être retrouvées à ce stade. Devant les enquêteurs, l'homme, sans antécédent judiciaire, a reconnu que ses écrits étaient "l'expression de la réalité". Il a également exprimé des regrets, affirmant "ne pas mesurer l'emprise morale qu'il avait sur ces jeunes". Le procureur a lancé un appel à témoins pour permettre à d'éventuelles autres victimes de se manifester.
Un prédateur au masque d'éducateur
Le profil de Jacques Leveugle éclaire la longévité et l'étendue de ses crimes. Cet homme a sillonné le globe, profitant systématiquement de son statut d'autorité au sein de structures associatives et périscolaires pour approcher des adolescents de milieux défavorisés. Tour à tour professeur de français, moniteur de spéléologie ou éducateur dans des camps de jeunesse ou auprès d'enfants délinquants, il a opéré dans au moins dix pays : Allemagne, Suisse, Portugal, Maroc, Niger, Algérie, Philippines, Inde, Colombie et Nouvelle-Calédonie.
Son mode opératoire, loin de l'abus "classique", était basé sur la séduction et l'investissement personnel. "Il a passé beaucoup de temps avec chacun de ces jeunes. Il y avait de l'argent payé pour passer le permis de conduire, beaucoup de stimulation intellectuelle, des incitations à faire des études", a précisé Étienne Manteaux, dépeignant une emprise psychologique profonde et calculée.
L'aveu glaçant des deux " euthanasies "
Au cours des auditions, l'enquête a pris un tour encore plus sombre. Jacques Leveugle a spontanément reconnu avoir commis deux meurtres. Le premier remonte à 1974 : il a étouffé à l'aide d'un coussin sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale, pour, selon ses dires, "abréger ses souffrances". Puis, dans les années 1990, il a tué sa tante de 92 ans de la même manière. Sa justification ? "Parce qu'il devait repartir dans les Cévennes et qu'elle le suppliait de ne pas partir, il a fait le choix de lui donner la mort", a rapporté le procureur. Il légitime ses actes en déclarant "qu'il aimerait bien qu'on lui fasse la même chose" en situation de fin de vie.
Une enquête distincte pour ces deux homicides a été ouverte. Les investigations se poursuivent également pour rechercher d'éventuelles complicités dans les agressions sexuelles et pour examiner la possible implication du prévenu dans d'autres crimes non élucidés.
Un procès face au défi de la prescription
Le parcours judiciaire à venir s'annonce ardu. Une grande majorité des faits d'agressions sexuelles, commis avant 1993, sont en effet a priori prescrits au regard de la législation française. Seuls ceux survenus au Maroc pourraient échapper à cette prescription, en fonction des accords juridiques. Pour les victimes identifiées, le chemin vers la reconnaissance et la réparation passe désormais par cette procédure exceptionnelle, bâtie sur les propres confessions du prédateur.
Jacques Leveugle, quant à lui, est écroué. Il devra répondre de l'une des plus vastes affaires de viols sur mineurs jamais jugées en France, dont le véritable périmètre, à l'échelle mondiale, n'est peut-être pas encore entièrement circonscrit.
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