L'offensive énergétique imposée par les États-Unis à Cuba menace de porter un coup fatal à son secteur touristique. Entre la raréfaction du carburant, la fermeture d'une trentaine d'hôtels et la suspension de plusieurs liaisons aériennes, l'île, en pleine saison haute, voit ses revenus s'effondrer.
Dans les rues de La Havane, les célèbres "almendrones", ces vieilles américaines des années 50 qui font le charme de la capitale, commencent à se faire rares. Juan Arteaga, 34 ans, chauffeur, contemple son réservoir avec anxiété. "Quand j'aurai fini ma réserve d'essence, je rentre chez moi. Que voulez-vous que je fasse ?", lâche-t-il, résigné. Comme lui, des centaines de travailleurs du tourisme voient leur activité réduite à peau de chagrin. L'essence, rationnée sur le marché officiel, s'échange désormais à 5 dollars le litre au marché noir. Un prix prohibitif pour la plupart des Cubains, et un casse-tête pour les touristes.
Des touristes coincés, des excursions annulées
Frédéric Monnet, touriste français, en a fait l'amère expérience. Parti visiter la région de Viñales, classée au patrimoine mondial, il a dû écourter son séjour pour être certain de pouvoir regagner La Havane, à 185 kilomètres de là. "J'ai trouvé un seul taxi, raconte-t-il. Le propriétaire de la maison d'hôtes craignait qu'il n'y ait plus d'autre taxi par la suite”. Les agences de transport privé, elles, ont tout simplement cessé d'assurer les trajets vers Trinidad, à plus de 300 kilomètres de la capitale. Impossible de garantir le retour. La situation est le résultat direct d'un étau énergétique imposé par Washington. La fin des livraisons de brut vénézuélien après la capture de Nicolás Maduro, conjuguée aux menaces de droits de douane brandies par Donald Trump contre tout pays qui tenterait d'approvisionner Cuba, a provoqué une pénurie de carburant sans précédent.
Conséquence : plusieurs compagnies aériennes canadiennes, premier marché émetteur de l'île, ont suspendu leurs vols, faute de kérosène dans les aéroports cubains. La Russie, sur laquelle La Havane avait pourtant misé pour relancer la fréquentation, a suivi le mouvement. Dans le même temps, une trentaine d'hôtels à travers le pays, y compris dans les zones touristiques majeures comme La Havane et Varadero, ferment leurs portes. La chaîne espagnole Melia Cuba, présente sur l'île, confirme une "fermeture temporaire" liée au faible taux d'occupation, une décision présentée comme "opérationnelle" visant à "optimiser les ressources".
Une saison haute en eaux troubles
Cuba est pourtant en pleine saison haute, de novembre à avril. Mais les voyants sont au rouge. En 2025, avant même le tour de vis américain, la fréquentation touristique avait chuté de 17,8 %, avec des baisses marquées chez les partenaires historiques : -12,4 % pour le Canada, -29 % pour la Russie, et même -22,6 % pour la diaspora cubaine, majoritairement installée aux États-Unis. Entre 2019 et 2025, les revenus touristiques de l'île ont fondu de 70 %, selon des calculs basés sur les chiffres officiels. Un effondrement qui met en péril les 300 000 emplois du secteur, deuxième source de devises du pays.
"Avec la crise actuelle du carburant, les coupures d'électricité, les difficultés d'approvisionnement des hôtels, la réduction des vols font augurer d'une année désastreuse", résume José Luis Perello, expert cubain en tourisme. Plusieurs pays, dont l'Allemagne, l'Argentine, le Canada et la Russie, ont d'ailleurs déconseillé à leurs ressortissants de se rendre sur l'île. Un signal supplémentaire, qui risque d'enfoncer un peu plus un secteur déjà à genoux. À La Havane, les almendrones roulent au ralenti. Et avec eux, c'est tout un pan de l'économie cubaine qui menace de s'arrêter.
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