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Cuba : l’Espagne débloque une aide humanitaire tandis que Moscou tend la main à son “pays frère”

18 February 2026
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Alors que l'île de Cuba traverse sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par des pénuries de carburant, des coupures d'électricité chroniques et un manque criant de nourriture et de médicaments, deux capitales européennes ont réagi cette semaine.

C'est à l'issue d'une rencontre au sommet entre le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, et son homologue cubain, Bruno Rodríguez, que l'annonce a été officialisée lundi. Une réunion demandée par ce dernier, selon les termes du ministère espagnol. Au menu des discussions : la situation catastrophique de l'île, que les autorités cubaines attribuent directement au "durcissement de l'embargo américain". Un embargo renforcé sous l'administration Trump, maintenu par la suite, et qui, couplé à la fin des livraisons de pétrole vénézuélien après la chute de Nicolas Maduro, étrangle littéralement l'économie cubaine.

Concrètement, que va envoyer Madrid ? Le ministère espagnol des Affaires étrangères a précisé qu'il s'agirait d'une aide humanitaire "par l'intermédiaire du système des Nations unies, sous forme de denrées alimentaires et de produits sanitaires de première nécessité". Si le montant exact et le calendrier précis de cette aide n'ont pas été communiqués dans l'immédiat, l'Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID) sera chargée de sa mise en œuvre. Une manière pour l'Espagne de répondre à une urgence humanitaire tout en passant par le canal onusien, garant d'une distribution neutre et efficace.

Un pays au bord de l'asphyxie

L'annonce de cette aide intervient dans un contexte particulièrement dramatique pour la population cubaine. Depuis lundi, le gouvernement communiste a mis en application un train de mesures d'urgence destinées à tenter de gérer la pénurie. Parmi ces décisions impopulaires mais nécessaires aux yeux du régime : la restriction de la vente de carburant et la réduction drastique des transports publics. Au quotidien, les Cubains subissent de longues coupures d'électricité, des files d'attente interminables pour des denrées de base et une pénurie chronique de médicaments. La fin des livraisons de pétrole par le Venezuela, conjuguée aux menaces de Washington d'imposer des droits de douane à tout pays qui vendrait du pétrole à l'île, a achevé d'asphyxier un système déjà exsangue.

Au-delà de l'urgence humanitaire, la rencontre entre les deux ministres a également permis d'aborder un autre sujet brûlant : le sort des entreprises espagnoles présentes sur l'île. Nombreuses sont celles qui subissent de plein fouet la crise et les conséquences de l'embargo, et Madrid cherche à préserver ces intérêts économiques historiques. Enfin, cette réunion a aussi servi à préparer le prochain grand rendez-vous diplomatique. José Manuel Albares a profité de l'occasion pour évoquer "les principaux objectifs que plante le Secrétariat pro tempore espagnol pour le Sommet ibéro-américain". Un sommet qui se tiendra les 4 et 5 novembre prochains à Madrid, et qui pourrait être l'occasion d'aborder, cette fois à l'échelle du continent, la question cubaine.

Moscou entre en scène : Poutine reçoit Bruno Rodriguez

Mais le périple européen de Bruno Rodriguez ne s'est pas arrêté à Madrid. Ce mercredi, le chef de la diplomatie cubaine était à Moscou pour une rencontre hautement symbolique avec le président russe Vladimir Poutine. Avant cet entretien, Bruno Rodriguez a d'abord eu des discussions avec son homologue russe Sergueï Lavrov. Ce dernier en a profité pour lancer un appel à Washington : "Nous appelons les États-Unis d'Amérique à faire preuve de bon sens, d'une approche responsable, et à renoncer à leurs projets de blocus naval militaire". Une déclaration qui s'inscrit dans la droite ligne de la position historique de Moscou contre l'embargo américain.

Du côté du Kremlin, on a pris soin de souligner le caractère exceptionnel de cette visite. Interrogé lors de son point presse quotidien, le porte-parole Dmitri Peskov a insisté sur la dimension fraternelle des relations russo-cubaines. Cette rencontre revêt "une importance particulière compte tenu du fait qu'il s'agit de Cuba, notre pays frère et ami". Une formule qui n'a rien d'anodin dans la bouche du porte-parole du Kremlin. Peskov a ajouté une phrase lourde de sens dans le contexte actuel : "Dans les temps difficiles, nous apportons une aide appropriée à nos amis". Une déclaration qui laisse présager des annonces concrètes, alors que des médias russes évoquent déjà la possibilité d'un envoi de pétrole à titre humanitaire.

Une alliance renforcée depuis l'offensive en Ukraine

Cette rencontre intervient dans un contexte géopolitique particulier. Moscou et La Havane, qui collaborent étroitement depuis la période soviétique, ont considérablement renforcé leurs liens depuis que la Russie a lancé son offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022. Cuba, qui n'a jamais dénoncé cette offensive, fait figure d'allié fidèle dans un environnement international hostile à Moscou.

De son côté, Bruno Rodriguez a tenu à rassurer ses hôtes sur la constance de la position cubaine. Les deux pays "partagent une profonde inquiétude face à la détérioration de l'ordre international", aujourd'hui "en train d'être remplacé par les pratiques du gouvernement des États-Unis". Une déclaration qui scelle un peu plus le rapprochement entre les deux nations, unies dans leur opposition à Washington.