Habitat indigne, suroccupation massive, loyers comparables aux zones tendues de l'Hexagone, explosion des demandes de logements sociaux : dans les DROM, près d'un habitant sur trois est touché par le mal-logement.
Le chiffre est saisissant : plus de 700 000 personnes vivent aujourd'hui dans des conditions de mal-logement ou sont privées de logement personnel dans les cinq départements et régions d'Outre-mer. Cela représente 32 % de la population ultramarine, soit près d'un habitant sur trois, une proportion sans commune mesure avec l'Hexagone. À Mayotte, la situation atteint un niveau critique, avec 70 % de la population concernée. En Guyane, plus d'un habitant sur deux est touché. Même aux Antilles, où la démographie décline, le phénomène reste massif : environ un quart à un tiers des habitants vivent dans des conditions de logement dégradées. Le mal-logement recouvre des réalités multiples : habitations de fortune, hébergement contraint chez des tiers, privations de confort élémentaire ou absence totale de logement personnel.
La crise du logement s'inscrit dans un contexte socio-économique particulièrement tendu. Dans les DROM, 22 % de la population bénéficie d'un minimum social, contre 8 % en Hexagone. Le taux de pauvreté atteint des niveaux vertigineux, culminant à 77 % à Mayotte et dépassant 50 % en Guyane. La grande pauvreté y est cinq à quinze fois plus fréquente qu'en métropole. Les jeunes figurent parmi les plus exposés : jusqu'à 63 % des 18-25 ans à Mayotte ne sont ni en emploi, ni en formation. Les familles monoparentales, deux à trois fois plus nombreuses qu'en Hexagone, concentrent également les vulnérabilités économiques. Dans ces conditions, accéder à un logement décent relève souvent du parcours d'obstacles.
Des loyers élevés dans des territoires précaires
Le paradoxe est cruel : alors que les revenus sont plus faibles, les loyers atteignent des niveaux comparables à ceux observés sur le littoral hexagonal. Le loyer médian oscille entre 16 et 18 euros le mètre carré selon les territoires, avec des hausses spectaculaires pouvant dépasser 30 % en cinq ans. Les prix à l'achat dépassent, dans certains départements, les 3 000 euros le mètre carré. À cette pression immobilière s'ajoute un coût de la vie supérieur à celui de l'Hexagone, avec des écarts de prix pouvant atteindre 16 %, notamment sur les produits alimentaires. Cette combinaison asphyxie les ménages modestes et explique la tension extrême qui pèse sur le parc social. Près de 90 000 demandes de logements sociaux ont été enregistrées en 2024, en hausse significative en deux ans, et l'immense majorité des demandeurs relève du logement très social.
En 2022, près de 150 000 logements indignes ou insalubres ont été recensés dans les DROM, soit environ 18 % des résidences principales, contre moins de 2 % en Hexagone. À Mayotte, plus d'une résidence principale sur deux est concernée. En Guyane, la proportion dépasse 40 %. Les privations de confort restent massives. Des milliers de logements ne disposent d'aucun point d'eau à l'intérieur. Dans certains territoires, une part importante des habitations ne possède ni douche ni sanitaires. La suroccupation atteint des niveaux alarmants, particulièrement à Mayotte où plus de la moitié des logements sont concernés. Ces conditions de vie ont des conséquences directes sur la santé, la scolarité et la cohésion sociale.
La rue, symptôme d'une crise profonde
La crise du logement se traduit également par une augmentation du nombre de personnes sans domicile. Entre 2012 et 2024, près de 200 personnes sans abri sont mortes dans les territoires ultramarins. Chaque semaine, des centaines de demandes d'hébergement d'urgence restent sans réponse. Les capacités d'accueil demeurent largement inférieures à celles de l'Hexagone, avec un déficit structurel estimé à plusieurs milliers de places. Les attributions de logements sociaux en faveur des ménages sans domicile restent marginales dans la plupart des territoires, signe d'un système saturé qui peine à répondre aux situations les plus urgentes.
Malgré le déploiement du plan Logement d'Abord et certaines avancées, les résultats demeurent insuffisants face à l'ampleur des besoins. Les freins sont bien identifiés : rareté et coût du foncier, renchérissement des matériaux importés, complexité administrative et faiblesse de l'ingénierie locale. Surtout, les politiques restent trop souvent centrées sur des objectifs quantitatifs, sans stratégie globale intégrant les contraintes climatiques, les spécificités territoriales et la diversité des modes de vie. Le plaidoyer appelle à un changement de regard et de méthode. Il s'agit de replacer les personnes les plus exclues au cœur des dispositifs, de garantir un habitat digne et résilient face aux risques climatiques, et de renforcer la gouvernance locale pour coordonner efficacement l'ensemble des acteurs.
Au-delà des chiffres, la question du mal-logement dans les Outre-mer interroge la promesse républicaine d'égalité. Vivre sans eau, sans sanitaires ou dans une habitation de fortune en 2026 sur un territoire français n'est pas seulement une difficulté sociale : c'est une fracture démocratique. Agir massivement sur le logement ultramarin n'est plus une variable d'ajustement budgétaire. C'est une urgence sociale, sanitaire et politique.
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