Le lundi 2 mars 2026, le gouvernement haïtien a officiellement ouvert une période de dix jours consacrée à l'inscription des partis politiques.
Cette étape, préalable à l'organisation des premières élections générales depuis plus d'une décennie, intervient dans un contexte de crise sécuritaire profonde, alors que des groupes armés contrôlent plus de 80 % de Port-au-Prince et de vastes zones du centre du pays. Pour la région caribéenne, la viabilité de ce processus de normalisation constitue un enjeu de stabilité politique et sécuritaire majeur.
Une démarche administrative sous haute protection
L'ouverture des registres par le Conseil électoral provisoire s'est déroulée sous la garde stricte de militaires et de policiers lourdement armés. Les formations politiques ont jusqu'au 12 mars 2026 pour se déclarer. L'objectif affiché par l'exécutif est de tenir un calendrier prévoyant des scrutins généraux fin août 2026, suivis d'un second tour début décembre 2026. Ce processus est piloté par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, qui gouverne seul depuis la démission forcée [sous la pression américaine] du conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026. Fort du soutien des États-Unis, il entend clore l'instabilité institutionnelle ouverte par l'assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Joseph André Gracien Jean, ministre chargé des affaires électorales, justifie cette urgence en affirmant qu'il faut rétablir l'ordre démocratique sans attendre la sécurisation totale du territoire.
L'épreuve des urnes face à la violence des gangs
L'ambition gouvernementale masque difficilement l'impasse logistique et sécuritaire. La tenue d'une campagne électorale à l'échelle nationale semble irréalisable. Les chiffres des Nations Unies illustrent l'ampleur du désastre : plus de 5 900 morts et 2 700 blessés l'année dernière. Sur près de 12 millions d'habitants, 1,4 million ont déjà dû fuir leur foyer. Les candidats eux-mêmes subissent cette paralysie. Pierre Dieudonné Délice, chef du nouveau parti " Outils pour un autre Haïti ", a été chassé de la ville d'Arcahaie par les tirs de milices. Désormais installé à Port-au-Prince, il est contraint de rallier ses militants par bateau ou par hélicoptère pour contourner les axes routiers contrôlés par les criminels. Ces entraves posent une question insoluble : comment l'État peut-il déployer le matériel de vote et sécuriser les isoloirs lorsque les citoyens ne peuvent plus circuler librement ?
Le pari incertain d'une intervention internationale
Le respect de ce calendrier électoral dépend d'une pacification rapide que les autorités locales sont incapables de garantir seules. Le chef de la police nationale haïtienne, André Jonas Vladimir Paraison, évoque un plan de sécurisation des scrutins, mais ses troupes manquent cruellement de moyens. Sur le terrain, la mission multinationale menée par la police kényane, sous-financée et en sous-effectif, n'a pas réussi à endiguer l'expansion des gangs. L'espoir repose désormais sur le déploiement annoncé d'une nouvelle force de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU dans les prochains mois. Sans cette intervention décisive, l'organisation des élections d'août 2026 risque de se transformer en un périlleux mirage démocratique.
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