Discriminations : un quart des jeunes issus de l’immigration ou des Outre-mer disent y être confrontés
Un rapport publié le 26 février par Claire Hédon, Défenseure des droits, alerte sur l'ampleur des discriminations subies par les jeunes en France. Selon cette étude, environ un quart des jeunes immigrés, descendants d'immigrés ou nés en outre-mer déclarent avoir été victimes de discriminations liées à leur couleur de peau, leurs origines ou leur nationalité.
S'appuyant notamment sur une étude de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP), le document révèle qu'environ un quart des jeunes immigrés, descendants d'immigrés ou nés dans les territoires ultramarins disent avoir subi une discrimination liée à leur origine, leur nationalité ou la couleur de leur peau au cours des cinq dernières années. Pour Claire Hédon, Défenseure des droits, ces jeunes sont "surexposés à une forme de ségrégation" qui se manifeste dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. Elle estime que ce phénomène demeure encore trop peu considéré par les responsables politiques.
Le rapport souligne que les discriminations peuvent intervenir à différents moments du parcours des jeunes : au lycée, à l'université, lors de la recherche d'un stage, d'un emploi ou d'un logement, mais aussi dans l'accès aux soins ou lors de contrôles policiers. Cette accumulation de situations défavorables produit ce que Claire Hédon qualifie d'"effet boule de neige". "Cet effet est délétère et a des conséquences sur la trajectoire des personnes, leur confiance dans la société et dans les institutions", souligne-t-elle auprès de l'AFP, regrettant que le sujet "n'est pas suffisamment une priorité politique".
L'école, premier lieu d'inégalités
Le système éducatif n'échappe pas à ces phénomènes. Selon le rapport, les inégalités de traitement à l'école sont "souvent inconscientes" mais parfois "systémiques". Elles se traduisent notamment par un manque de mixité sociale dans certains établissements, des orientations scolaires défavorables, ainsi que par des propos stigmatisants ou des violences physiques directement liés aux origines des élèves. Pour lutter contre ces mécanismes, la Défenseure des droits recommande de "rendre obligatoires" les formations sur les "préjugés raciaux" pour les enseignants et les personnels éducatifs. Elle appelle également à réévaluer certaines modalités d'affectation dans les lycées afin de favoriser une plus grande mixité.
L'enseignement supérieur n'est pas épargné par ces discriminations. Le rapport met en lumière l'utilisation implicite du lycée d'origine comme critère de sélection, notamment à travers certains algorithmes locaux utilisés dans les procédures d'admission. Cette pratique peut pénaliser les étudiants issus d'établissements situés dans des quartiers populaires, réduisant ainsi leurs chances d'accéder aux formations les plus sélectives, regrette le document.
Logement et emploi : des discriminations persistantes
Les difficultés se poursuivent également dans l'accès au logement. La demande de caution, souvent exigée pour louer un appartement, constitue un frein pour les jeunes les plus modestes. Le rapport évoque aussi le rejet de dossiers de locataires perçus comme étrangers ou résidant dans des quartiers prioritaires, une pratique discriminatoire qui ferme les portes du parc locatif à de nombreux jeunes. Dans le monde du travail, les écarts sont tout aussi marqués. Selon le dernier baromètre sur la perception des discriminations dans l'emploi publié en décembre 2025, 41 % des jeunes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins déclarent avoir été discriminés lors de la recherche d'emploi au cours des cinq dernières années et 33 % évoquent des discriminations dans le déroulé de leur carrière. À titre de comparaison, ces proportions sont respectivement de 18 % et 27 % chez les jeunes perçus comme blancs, illustrant un traitement différencié qui persiste tout au long du parcours professionnel.
Des contrôles policiers jugés disproportionnés
La Défenseure des droits insiste également sur la question des contrôles d'identité. Elle réitère sa demande d'un meilleur encadrement de ces pratiques et d'une évaluation de leur efficacité, ainsi que de leur impact sur les relations entre la police et la population. Selon une enquête publiée en juin, les jeunes hommes perçus comme d'origine étrangère ont quatre fois plus de risques d'être contrôlés que le reste de la population. Ils ont également douze fois plus de chances de subir un contrôle approfondi, incluant fouille, palpation, conduite au poste ou injonction à quitter les lieux. Enfin, ils sont deux fois plus exposés à des comportements inappropriés de la part des forces de l'ordre, comme le tutoiement, les insultes, les provocations, voire des brutalités.
Face à ces constats accablants, Claire Hédon appelle à un changement d'approche et à une mobilisation politique plus forte. "Le respect effectif des droits fondamentaux est une condition essentielle de la cohésion sociale", insiste-t-elle en conclusion. Pour elle, la lutte contre les discriminations ne peut plus être considérée comme un sujet secondaire. Elle doit devenir un enjeu central des politiques publiques, afin de garantir l'égalité réelle pour tous les jeunes, quelles que soient leurs origines.
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