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Violences conjugales : les appels au 3919 en hausse de près de 7,8 % en 2025

05 March 2026
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Le 3919, ligne d'écoute destinée aux femmes victimes de violences, a enregistré une augmentation de 7,8 % des appels en 2025, selon les chiffres communiqués ce jeudi 5 mars par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF).

Le chiffre a de quoi interpeller. En 2025, ce sont 108 241 demandes qui ont été traitées par les écoutantes du 3919, selon les données transmises à l'AFP par Mine Günbay, directrice générale de la FNSF. Une augmentation de près de 8 % par rapport à l'année précédente, qui confirme, s'il en était besoin, que les violences faites aux femmes restent un fléau majeur dans la société française. Mais cette hausse, analyse Mine Günbay, peut aussi être lue comme un signe positif : "les femmes osent parler davantage", et la ligne, désormais bien identifiée grâce à sa visibilité sur les réseaux sociaux et dans les médias, remplit pleinement sa mission.

Parmi les 63 500 appels spécifiquement liés à des situations de violences conjugales, la répartition des violences déclarées dessine un tableau glaçant. Les violences psychologiques arrivent très largement en tête, concernant 85 % des appels. Derrière ce terme générique se cachent des réalités quotidiennes : emprise, dévalorisation systématique, isolement imposé. Viennent ensuite les agressions verbales (71 %), puis les violences physiques (48 %). Un chiffre, en particulier, retient l'attention : 23 % des appelantes évoquent des violences économiques, cette forme insidieuse de contrôle qui passe par l'interdiction de travailler ou la confiscation des moyens de paiement. Enfin, 15 % des femmes signalent avoir subi des violences sexuelles.

Des violences cumulées et une aggravation des témoignages

Les écoutantes du 3919 le constatent chaque jour : les femmes qui appellent ne subissent jamais une seule forme de violence, mais bien deux, voire trois, simultanément. Une complexité qui rend leur situation d'autant plus difficile à démêler et à traiter. Mine Günbay souligne également une évolution préoccupante dans la nature des témoignages reçus : "Les écoutantes recueillent de plus en plus souvent des témoignages lourds, évoquant des actes de torture et de barbarie." Une aggravation qui interroge sur la radicalisation des violences et sur la nécessité de renforcer les moyens de prévention et de protection.

Le 3919, victime collatérale des baisses de subventions ?

Si la hausse des appels peut être interprétée comme une libération de la parole, elle révèle aussi une face plus sombre. "Certaines demandes montrent que les femmes peuvent moins compter sur des associations de proximité, parfois touchées par des baisses de subventions", explique Mine Günbay. Faute de structures locales suffisamment financées et accessibles, le 3919 devient alors le seul recours, le dernier maillon d'une chaîne de solidarité qui s'effrite. Une pression supplémentaire pour les écoutantes, qui doivent gérer un volume croissant d'appels avec des moyens qui, eux, ne suivent pas toujours la même courbe.

Quand des "masculinistes" tentent de détourner la ligne

Autre phénomène préoccupant : la récupération du 3919 par des hommes aux intentions hostiles. La ligne, créée en 2006 pour prévenir les féminicides et venir en aide aux victimes, reçoit désormais des appels d'hommes "masculinistes" qui, selon Mine Günbay, "n'ont pas compris le sens du dispositif". Ces appelants se plaignent du manque d'ouverture des femmes à leur égard, insultent et dénigrant le travail des écoutantes. Une instrumentalisation qui atteint même les plus hautes sphères de l'État : "En 2025, ce sont près d'une quinzaine de questions au gouvernement demandant l'ouverture du 3919 aux hommes qui ont été pilotées par des membres de collectifs masculinistes", déplore la FNSF. Une offensive idéologique qui inquiète les associations, vent debout contre toute tentative de détournement de cet outil pensé exclusivement pour les femmes.

Alors que la société prend peu à peu la mesure de l'ampleur des violences conjugales, le 3919 apparaît plus que jamais comme un rempart indispensable. Mais sa fragilité structurelle, couplée aux attaques idéologiques dont il fait l'objet, interroge sur sa pérennité. La hausse des appels est un signal d'alarme : les violences ne diminuent pas, et les femmes ont plus que jamais besoin d'être écoutées, orientées, protégées. Reste à savoir si les moyens suivront.