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STAPS en Guadeloupe : “Pas de lauréat, pas de master”, la réforme qui étrangle les étudiants

10 March 2026
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Ils dénoncent une réforme "absurde". Ce mardi 10 mars 2026, une dizaine d'étudiants en L3 STAPS se sont rassemblés à l'entrée du rectorat. L'objectif est de sauver leur master, menacé de fermeture.

L'ambiance était à la fois calme et déterminée ce mardi matin devant le rectorat. Munis de leurs chaises de camping, les étudiants de L3 STAPS sont venus chercher des réponses, mais aussi un soutien. Ils ne dénoncent pas seulement la difficulté d'un concours, mais un effet domino qui pourrait les priver de toute poursuite d'études sur leur territoire. À l'origine de la colère, une réforme du CAPES (Certificat d'Aptitude Professionnelle à l'Enseignement Secondaire). Pour justifier la présence du master en Guadeloupe, il faudrait au minimum un lauréat guadeloupéen au concours. Dans le cas contraire, le master ferme. Problème : avec près de 475 places pour 5 000 candidats au niveau national, la sélection est drastique. En Guadeloupe, rares sont les étudiants à décrocher le concours dès la première tentative.

"Une semaine avant notre concours, on nous explique que s'il n'y a pas de lauréat en L3, pas de master", s'indigne Anaïs Louis, étudiante en L3 STAPS. "La plateforme 'Mon Master' ferme lundi prochain, le 16 mars. Comment faire nos vœux ? On n'a pas d'autre choix que de viser le master national, mais là-bas, il n'y a pas de place. C'est encore plus restreint".

 

Anaïs Louis, étudiante en L3 STAPS.
Anaïs Louis, étudiante en L3 STAPS.
• Par Christophe VERGER [email protected]

 

 

"Les Ultramarins, déjà pénalisés, devront-ils tout quitter ?"

Au-delà de l'aspect purement administratif, les étudiants pointent du doigt une injustice territoriale. Pour beaucoup, partir étudier dans l'Hexagone n'est pas une option financièrement viable. Le master STAPS de Guadeloupe représente souvent l'unique chance de poursuivre un cursus passion. "Nous, en tant qu'Ultramarins, c'est déjà compliqué d'avoir un master en Guadeloupe", poursuit Anaïs Louis. "Le fermer, c'est réduire nos capacités à continuer un métier pour lequel on est passionné, une formation que l'on a commencée depuis la première année. C'est le seul master dans les Antilles-Guyane qui nous ouvre cette porte".

Pour accompagner les étudiants dans leurs démarches, le SNEP-FSU (Syndicat National d'Éducation Physique) était présent. Emmanuel Roublot, secrétaire académique du syndicat, fait office de médiateur pour tenter d'obtenir une audience. "On a alerté il y a une quinzaine de jours sur cette difficulté", explique-t-il. "Mais suite à notre interpellation, nous n'avons pas eu de réponse. Aujourd'hui, on risque de se retrouver avec des étudiants qui n'auront pas de possibilité de poursuite de leurs études en Guadeloupe". Il ajoute une information de taille : "On apprend déjà qu'il y a 10 masters dans d'autres académies qui ne seront pas ouverts non plus aux non-lauréats. Donc pour eux, c'est zéro poursuite d'études possible".

 

Emmanuel Roublot, secrétaire académique du SNEP-FSU.
Emmanuel Roublot, secrétaire académique du SNEP-FSU.
• Par Christophe VERGER [email protected]

 

 

Un appel au recteur pour lever le flou

Le malaise est d'autant plus grand que les étudiants ignorent les véritables raisons de cette condition. Est-ce une décision purement pédagogique ou bien un arbitrage budgétaire déguisé ? "On veut des explications", martèle Anaïs Louis. "Est-ce que c'est un manque de budget ? Une histoire de soucis budgétaires ? On veut savoir pourquoi nous, en tant qu'Ultramarins, on se retrouve dans cette situation". Ce mardi matin, la délégation a rencontré le recteur, Gabriele Fioni, dans l'espoir d'obtenir un dégel de la situation. Sans lauréat, pas de master, mais sans master, des générations d'étudiants risquent de voir leur avenir professionnel sacrifié sur l'autel d'une réforme mal anticipée.