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Haïti, plus de 1 200 morts dans des frappes de drones anti-gangs, une ONG alerte sur le bilan civil

10 March 2026
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Un nouveau rapport de Human Rights Watch (HRW) pointe du doigt l'usage intensif de drones explosifs par les forces de sécurité haïtiennes et une société militaire privée américaine. Outre un lourd bilan humain, l'efficacité de cette stratégie face aux gangs est remise en question.

Depuis le printemps dernier, le ciel de Port-au-Prince est devenu une nouvelle zone de guerre. Pour tenter d'endiguer l'expansion foudroyante des gangs armés, les forces de sécurité haïtiennes ont massivement recours à des frappes de drones quadricoptères chargés d'explosifs. Une stratégie de militarisation urbaine qui, selon un rapport de Human Rights Watch publié ce mardi, se solde par un bilan humain dramatique.

Un lourd tribut pour la population civile (60 civils tués)

L'enquête de l'ONG, qui s'appuie sur des témoignages locaux, des données médicales et l'analyse de vidéos, dresse un constat macabre pour la période allant de mars de l'année dernière au 21 janvier de cette année :

- Plus de 1 240 morts liés à ces bombardements ciblés.

- Près de 740 blessés.

Au moins 60 victimes civiles identifiées, dont 17 enfants (la majorité ayant entre 3 et 12 ans, frappés lors d'une distribution de cadeaux dans un centre sportif en septembre dernier).

Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) corrobore cette violence aveugle, documentant notamment la mort de mères de famille tuées à leur domicile ou dans la rue par des frappes visant des membres de gangs qui tentaient de se cacher. Face à la recrudescence des opérations — qui ont doublé entre l'automne et cet hiver —, une véritable psychose s'est installée : de nombreux habitants n'osent plus sortir de chez eux, traqués par des appareils capables de se faufiler entre les bâtiments.

L'implication controversée d'une société privée américaine

L'escalade technologique de cette guerre urbaine met également en lumière le rôle de Vectus Global, une société militaire privée américaine dirigée par Erik Prince (le sulfureux fondateur de Blackwater). Cette entreprise opère ces drones en soutien à la police nationale haïtienne, avec l'autorisation d'exportation de services validée par le département d'État américain. Interpellés par l'ONG, ni le gouvernement haïtien, ni le département d'État américain, ni la société Vectus n'ont souhaité commenter ces allégations pour le moment.

Une stratégie militaire inefficace ?

Au-delà de la question de la légalité de ces frappes qualifiées de "disproportionnées et probablement illégales" par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme dès l'automne dernier, c'est leur utilité stratégique qui interroge. Juanita Goebertus, directrice de HRW pour les Amériques, a exhorté les partenaires internationaux d'Haïti à suspendre leur collaboration sécuritaire tant que des mesures de protection des civils ne seront pas garanties. D'autant que le bilan opérationnel reste très maigre : malgré le déploiement de ces drones et le soutien militaire international (notamment kényan et onusien), les gangs continuent d'étendre leur emprise territoriale bien au-delà de la capitale, et aucun de leurs chefs majeurs n'a pu être neutralisé à ce jour.