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Cancer de la prostate : la révolution française des ultrasons enfin remboursée

18 March 2026
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C'est une avancée majeure qui va changer la vie de milliers d'hommes. Les ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), une technologie 100% française, sont désormais remboursés par l'Assurance maladie pour traiter certains cancers de la prostate.

L'annonce est tombée en ce mois de mars : les patients éligibles atteints d'un cancer de la prostate localisé peuvent désormais bénéficier d'un remboursement de leur traitement par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU). Une décision qui vient couronner plus d'une décennie de recherche et d'études cliniques. Cette approche thérapeutique novatrice, ciblée et mini-invasive, constitue désormais une option de traitement de première intention pour certains patients. Le Pr Antoine Faix, président de l'Association française d'urologie, s'en félicite : "Cette reconnaissance vient clore une formidable saga scientifique et industrielle, qui a impliqué la recherche française et quelques urologues précurseurs".

Cette reconnaissance des autorités de santé s'appuie sur l'étude HIFI, publiée en décembre 2024 dans la revue European Urology. Menée par l'Association française d'urologie sous l'égide de la Haute Autorité de santé, elle a comparé l'efficacité des ultrasons focalisés à celle de la chirurgie. Les conclusions sont nettes : l'efficacité carcinologique est équivalente, mais la préservation des fonctions urinaire et érectile est nettement meilleure chez les patients traités par ultrasons. Un point crucial, car comme le rappelle le Pr Faix, il s'agit "d'une des principales inquiétudes des patients" qui redoutent les séquelles d'une prostatectomie ou d'une radiothérapie.

Une technologie 100% française

Derrière cette innovation, une entreprise française : EDAP TMS, basée à Lyon. Sa plateforme robotisée Focal One est le fruit d'un savoir-faire hexagonal qui s'exporte désormais dans le monde entier. Le principe ? Des ultrasons focalisés de haute intensité sont concentrés sur une zone précise de la prostate. L'énergie acoustique élève localement la température jusqu'à 80 °C, détruisant les cellules cancéreuses par coagulation, tandis que le phénomène de cavitation (formation de microbulles) complète l'effet mécanique.

La clé de cette technologie réside dans son guidage par imagerie de haute précision. "L'appareil procède à la reconstruction en 3D de la prostate du patient en se servant, d'une part, de l'imagerie IRM réalisée précédemment, et d'autre part, des données obtenues par échographie en temps réel", détaille le Pr Pascal Rischmann, investigateur principal de l'étude HIFI. Cette fusion d'images permet de cibler avec une extrême précision la ou les zones à traiter, épargnant au maximum les tissus sains environnants.

20 000 patients potentiels chaque année

Chaque année en France, 60 000 hommes apprennent qu'ils sont atteints d'un cancer de la prostate. Parmi eux, environ 30 % pourraient être éligibles aux ultrasons focalisés, soit jusqu'à 20 000 patients. Pour les cancers de grade 2, ce traitement conservateur répond à ce que les urologues appellent un "besoin de désescalade thérapeutique". "Les HIFU devront être discutés en première ligne de traitement pour les cancers de grade 2 au même titre que la prostatectomie", insiste le Pr Rischmann, ajoutant que "la radiothérapie va perdre de son intérêt pour ce grade".

Parmi les atouts de cette technique, les urologues mettent en avant :

- Une seule séance suffit, d'une durée de 30 à 90 minutes selon la zone et le volume à traiter

- La possibilité d'un autre traitement ultérieur si nécessaire, sans compromettre les options futures

- Une toxicité moindre en cas de traitement de rattrapage, comparé à une radiothérapie initiale

Technologie émergente, les ultrasons focalisés sont en plein développement. Leurs applications pourraient bientôt s'étendre à d'autres pathologies. Le Pr Rischmann évoque déjà des pistes prometteuses : l'endométriose, et même la maladie de Parkinson. Une chose est sûre : en obtenant son remboursement, cette technologie française entre dans une nouvelle ère. Celle de la démocratisation d'un soin de précision, moins mutilant, et plus respectueux de la qualité de vie des patients.