En 2025, 3 388 enfants sont nés en Guadeloupe. C'est 220 de moins qu'en 2024 et deux fois moins qu'au début des années 2000. Alors que le nombre de décès reste élevé et dépasse désormais celui des naissances pour la deuxième année consécutive, la démographie guadeloupéenne tire la sonnette d'alarme.
Les chiffres sont implacables. L'Insee a dévoilé les données démographiques de la Guadeloupe pour l'année 2025. Et le constat est sans appel : la région connaît une transformation profonde, marquée par une chute spectaculaire des naissances et un vieillissement rapide de sa population. Une tendance qui s'inscrit dans la durée, mais qui s'est nettement accentuée ces dernières années. Avec 3 388 naissances enregistrées en 2025, la Guadeloupe affiche 220 bébés de moins qu'en 2024. Une baisse de 6,1 % qui fait de l'archipel la région française connaissant la plus forte diminution des naissances, après la Corse (-7,4 %). À titre de comparaison, la Martinique reste stable (+22 naissances), tandis que la France métropolitaine enregistre elle aussi une baisse, mais moins marquée.
Le phénomène n'est pas nouveau. La diminution du nombre de naissances en Guadeloupe a commencé au début des années 2000. En 25 ans, le territoire compte deux fois moins de naissances. Un effondrement qui interroge sur l'avenir démographique de l'île.
Taux de natalité au plus bas
Le taux de natalité (nombre de naissances pour 1 000 habitants) atteint désormais 8,6 % en Guadeloupe. Il est inférieur à celui de la France métropolitaine (9,2 ‰) et parmi les plus faibles des départements et régions d'outre-mer (Drom), après la Martinique (8,1 %). Ce recul s'explique par deux facteurs cumulatifs. D'une part, le nombre de femmes en âge de procréer diminue. Entre 2000 et 2021, la population des femmes de 20 à 40 ans a chuté de 33 %, en grande partie à cause du départ des jeunes adultes pour poursuivre leurs études ou chercher un emploi en métropole. D'autre part, celles qui restent ont moins d'enfants.
L'indice conjoncturel de fécondité (ICF), qui mesure le nombre d'enfants par femme, est passé de 211 enfants pour 100 femmes en 2021 à 165 en 2025. Une chute vertigineuse de 46 points en seulement quatre ans. Jusqu'en 2021, l'ICF dépassait habituellement le seuil de renouvellement des générations (fixé à 210 enfants pour 100 femmes). Depuis, la tendance s'est inversée, avec une diminution moyenne de 11 enfants par an. En 2025, la Guadeloupe se situe désormais en dessous de la Martinique (166) mais reste légèrement au-dessus de la France métropolitaine (154). Les experts pointent une "inflexion comportementale récente", alimentée par un contexte socio-économique instable : crise sanitaire, conflits internationaux, hausse de l'inflation, incertitudes sur l'avenir.
Les jeunes femmes renoncent à avoir des enfants
La baisse de la fécondité touche particulièrement les jeunes femmes. Entre 2015 et 2025, le taux de fécondité des 15-24 ans a chuté de 44,1 %. Les femmes de 25-34 ans, traditionnellement les plus fécondes, voient également leur taux reculer fortement (de 10,9 à 8,7 enfants pour 1 000 femmes chez les 25-29 ans ; de 11,1 à 8,9 chez les 30-34 ans). À l'inverse, le taux de fécondité des femmes de plus de 40 ans reste stable (1,1 enfant). Conséquence : l'âge moyen à l'accouchement recule, passant de 29,7 ans en 2015 à 30,4 ans en 2025.
La mortalité recule, mais reste élevée
Côté décès, la tendance est plus contrastée. En 2025, 3 661 personnes sont décédées en Guadeloupe, soit 178 de moins qu'en 2024. Le taux de mortalité recule pour la troisième année consécutive, à 9,4 %. Mais cette amélioration ponctuelle ne doit pas masquer la tendance de fond. Sur les trois dernières décennies, le nombre de décès a augmenté de près de 50 %, passant de 24 900 (1996-2005) à 36 800 (2016-2025). Le vieillissement de la population explique en grande partie cette hausse.
Un solde naturel négatif pour la deuxième année
Pour la deuxième année consécutive, le nombre de décès dépasse celui des naissances. En 2025, la Guadeloupe enregistre un solde naturel négatif de -273. Une situation inédite que la France métropolitaine connaît pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, mais qui s'installe durablement dans l'archipel.
20 nourrissons sont décédés avant leur premier anniversaire en 2025, soit un taux de 5,9 %, contre seulement 3,6 % en France métropolitaine. La mortalité infantile reste environ deux fois plus élevée dans les Drom qu'en métropole. Plusieurs facteurs expliquent cette surmortalité : conditions de vie des parents, prévalence de l'obésité chez les femmes, suroccupation des logements, autant de réalités sociales plus fréquentes dans ces territoires.
Espérance de vie : des progrès, mais des écarts
L'espérance de vie à la naissance progresse en Guadeloupe. En 2025, elle atteint 78,1 ans chez les hommes (+0,8 an) et 84,7 ans chez les femmes (+0,7 an). Des progrès réels, mais qui restent inférieurs aux moyennes métropolitaines (80,4 ans pour les hommes, 85,9 ans pour les femmes). Le vieillissement de la population est sans doute le phénomène le plus marquant. Au 1er janvier 2026, les personnes de 60 ans et plus représentent 34 % de la population guadeloupéenne. Soit 11 points de plus qu'il y a dix ans. La Guadeloupe est désormais la deuxième région française avec la part la plus élevée de seniors, derrière la Martinique (36 %) et cinq points devant la moyenne métropolitaine (29 %).
L'indice de vieillissement (nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 jeunes de moins de 20 ans) a quasiment doublé en dix ans : il est passé de 64 en 2016 à 119 en 2026. En métropole, la progression est plus modérée (de 79 à 101). Parallèlement, la part des jeunes de moins de 25 ans continue de diminuer : 26 % en 2026, contre 32 % en 2016.
Le départ des jeunes, un facteur clé
Cette dynamique est aggravée par un solde migratoire durablement déficitaire. Les départs de jeunes adultes, pour poursuivre leurs études ou trouver un emploi, ne sont pas compensés par des arrivées. Un phénomène qui contribue mécaniquement au recul démographique et à l'augmentation de la part des personnes âgées dans la population.
Enfin, signe des temps : le nombre de mariages continue de baisser. En 2025, 900 unions ont été célébrées (estimation), contre 1 162 dix ans plus tôt. Le taux de nuptialité passe de 2,9 à 2,4 mariages pour mille habitants. La Guadeloupe se situe désormais, avec la Martinique, la Guyane et Mayotte, parmi les régions où l'on se marie le moins en France.
Avec une natalité en chute libre, un vieillissement accéléré et des départs massifs de jeunes, la Guadeloupe fait face à un défi démographique sans précédent. Les conséquences à long terme sont nombreuses : pression sur le système de santé, maintien des services publics, dynamisme économique, solidarité intergénérationnelle… Un équilibre à reconstruire dans un territoire qui change de visage.
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