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Face à “la hausse brutale” des prix des carburants, le préfet appelle à l’unité des Guyanais | Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

27 March 2026
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Face à « la hausse brutale » des prix des carburants, le préfet appelle à l’unité des Guyanais

Conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient déclenchée par les États-Unis et Israël, les prix des hydrocarbures s’envolent ces dernières semaines partout dans le monde. Protégée en mars par des prix fondés sur les cours d’avant le conflit, la hausse s’annonce « significative » en Guyane à compter du mercredi 1er avril selon le préfet. Antoine Poussier a réuni ce jeudi les élus et les socio-professionnels afin de trouver les meilleures solutions pour limiter l’impact de cette crise internationale qui se déroule à 10 000 km sur la vie quotidienne des Guyanais. 

Si aucun chiffre sur la hausse à venir des prix des carburants en avril en Guyane n’a été annoncé ce jeudi par le préfet de la Guyane, celle-ci sera « significative » a prévenu Antoine Poussier à l’issue d’une réunion portant sur les incidences de la guerre au Moyen-Orient. Cette hausse est en effet une conséquence directe de la guerre en Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël fin février et du blocage en représailles par la République islamique du détroit d’Ormuz, axe névralgique par où transitent 20% du gaz naturel et 25% du pétrole mondiaux produits dans le Golfe persique, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Depuis cette paralysie persistante du détroit, une augmentation très significative des cours des produits pétroliers se généralise à l’échelle de la planète. Le cours du pétrole a grimpé de plus de 40% depuis le déclenchement de la guerre le 28 février, alors qu’il oscillait depuis plusieurs mois entre 60 et 70 dollars, son niveau le plus bas depuis fin 2021. Le cours du Brent est passé de 72,5$ à la veille du conflit en Iran à 107$ mercredi 26 mars. Il n’avait pas dépassé les 100 dollars depuis mars 2022, au début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le baril avait alors atteint un pic à 128 dollars en mars 2022.

« Nous faisons face à un choc énergétique d’ampleur (…), un nouveau choc pétrolier« , a reconnu mardi 24 mars le ministre de l’Economie, Roland Lescure, auditionné à l’Assemblée nationale sur les effets de la guerre au Moyen-Orient. Depuis cette déclaration, le cours du pétrole a chuté de 6% mercredi 25 mars, en lien avec la possible réouverture du détroit promise par l’Iran pour les navires « non hostiles » et les tractations entre Washington et Téhéran en vue de conclure un accord de paix.

Pour autant, les prix du gaz et du pétrole restent à un niveau très élevé en raison de nombreuses incertitudes, notamment la durée du conflit. La Guyane, bien que se situant à 10 000 km du Moyen-Orient, ne sera pas épargnée par la hausse mondiale des prix de l’énergie. « Jusqu’à présent, nous avons été protégés pendant un mois avec des prix fondés sur des cours d’avant le conflit en Iran. Au 1er avril, nous allons prendre la hausse brutale du prix du brut et des coûts de raffinage gazole et essence« , a indiqué ce jeudi le préfet.

La hausse restera néanmoins inférieure en Guyane que dans l’Hexagone, en raison du système de fixation administrée des prix qui empêche dans notre territoire les pétroliers et détaillants de fixer librement leurs marges et leurs prix de vente.

Les représentants des gérants de station-service, des transporteurs, des pêcheurs, des petites et moyennes entreprises et de la raffinerie Sara ont notamment participé à la réunion organisée en préfecture ce 26 mars sur la hausse des prix des carburants, conséquence de la guerre au Moyen-Orient © Guillaume Reuge / Guyaweb

Des socio-professionnels inquiets

Cette augmentation concernera principalement le gazole, la hausse pour le super sans-plomb étant « contenue » a précisé le préfet. Quant au gaz, l’augmentation « ne sera pas très importante » a souligné Antoine Poussier qui a également rassuré sur l’approvisionnement, précisant qu’il « n’y a aucun risque de pénurie en Guyane« .

Afin d’amortir cette augmentation, services de l’Etat, élus et socio-professionnels se sont réunis ce jeudi pour trouver des solutions, tant pour les ménages que pour le monde économique. « Nous essayons de faire un effort sur le gazole, le carburant le plus important pour les entreprises » a précisé le préfet. « Pour les pêcheurs, nous avons des mécanismes qui permettent de modérer les prix et ils resteront en vigueur. »

Malgré ces aides, les socio-professionnels demeurent inquiets et dans l’attente du couperet qui tombera mercredi 1er avril. Dominique Mangal, président du syndicat des transporteurs, s’attend à « travailler à perte ou à rogner sur notre marge qui est déjà très faible« . Idem pour Léonard Raghnauth, président du Comité régional des pêches et des élevages marins. « La ligne budgétaire carburant représente 40% du chiffre d’affaires d’un navire. Pour les crevettiers, c’est 70%. Il y a un risque d’impact direct sur le prix de vente de nos marchandises« , indique-t-il.

Interrogé sur les leviers dont dispose la Collectivité territoriale de Guyane pour limiter l’impact de l’augmentation des prix des carburants, le président Gabriel Serville s’est dit prêt à « engager la responsabilité de la CTG sur l’octroi de mer » et à accorder des aides sectorielles « sur quelques mois mais pas plus en raison du contexte budgétaire compliqué de la Guyane » amputée de 30 millions d’euros de l’Etat cette année.

Dans ce contexte, qui s’annonce difficile ces prochaines semaines, le préfet a appelé à l’unité. « C’est notre capacité à travailler en commun qui permettra de limiter les conséquences de cette crise énergétique. » Et il a rappelé qu’il n’y a « aucun profiteur de guerre en Guyane« , l’Etat ne taxant pas le carburant, les taxes de la CTG ne dépendant pas de la valeur du carburant car étant assises sur la consommation, et les marges des détaillants étant fixes et indépendantes de la valeur du brut.

L’enjeu de cette communication est d’éviter de dégrader le climat social, la question des prix des carburants restant un sujet sensible en Guyane. En 2008, le prix de l’essence, en hausse de 46 centimes en moins de deux ans, avait enflammé la Guyane pendant 11 jours. Plusieurs barrages avaient paralysé les principaux axes du territoire avant qu’un accord sur une baisse de 50 centimes des prix à la pompe ne soit conclu.