Cuba : 2 010 détenus graciés pour Pâques, une vague de libérations sous pression américaine
Le vendredi 3 avril, une vingtaine de détenus ont quitté la prison de La Lima (Est de La Havane), dans le cadre d'une grâce de 2 010 prisonniers annoncée la veille par Cuba. Ce “geste humanitaire” pour la Semaine sainte, deuxième vague de libérations en un mois, intervient sous pression accrue des États-Unis.
Vendredi matin, devant la prison de La Lima, dans l'est de La Havane, des scènes de joie et d'émotion ont éclaté. Des détenus, pleurant et embrassant leurs proches, ont retrouvé la liberté. Une vingtaine d'entre eux ont pu sortir dès le matin, ont constaté des journalistes de l'AFP. “Merci pour cette opportunité”, a déclaré Albis Gainza, 46 ans, qui a purgé la moitié de sa peine de six ans de prison pour vol. “Il faut que cela continue” et que “davantage” de détenus soient relâchés, a-t-il ajouté.
Jeudi soir, le gouvernement cubain a annoncé une vague de grâces présentée comme un “geste humanitaire” à l'occasion de la Semaine sainte. Au total, 2 010 détenus doivent être libérés. Il s'agit de la deuxième vague de libérations en moins d'un mois, alors que Cuba fait face à une pression accrue de la part des États-Unis. Les autorités cubaines ont indiqué que les libérations seraient fondées sur la bonne conduite en prison, des raisons de santé et la durée de la peine déjà purgée. Seront exclues les personnes ayant commis des meurtres, des agressions sexuelles, des crimes liés à la drogue ou encore des “crimes contre l'autorité”.
Des prisonniers politiques libérés ?
La libération de prisonniers politiques est depuis longtemps une exigence centrale des États-Unis à l'égard de Cuba. Mais on ignore si certains figurent parmi les graciés, aucune liste n'ayant été publiée. Le département d'État américain a indiqué être au courant de l'annonce de libérations, mais ignorer “combien de prisonniers politiques seront libérés, ou s'ils le seront”. “Nous continuons d'appeler à la libération immédiate des centaines d'autres courageux patriotes cubains qui restent détenus injustement”, a déclaré un porte-parole.
Selon l'organisation de défense des droits humains Justicia11J, Cuba compterait 775 prisonniers politiques. L'ONG a estimé que toute libération représente un soulagement immédiat, en particulier pour les familles, mais a averti que ce geste ne constitue pas un changement dans les politiques répressives de l'État cubain.
Des ONG dénoncent l'absence de transparence
L'ONG Justicia11J, qui recense les arrestations liées aux vastes manifestations antigouvernementales de juillet 2021, déplore que le gouvernement n'ait pas publié la liste des personnes libérées. La mention des “crimes contre l'autorité” parmi les exclus est jugée particulièrement préoccupante dans la mesure où ce type d'accusation a “historiquement servi d'instrument de répression politique à Cuba”.
Parmi les anciens détenus interrogés par l'AFP devant La Lima, aucun n'avait été incarcéré pour des raisons politiques. “C'est une chance qui n'arrive qu'une fois dans la vie”, a réagi Brian Pérez, 20 ans, qui purgeait une peine pour coups et blessures. “C'est une très grande bénédiction, cette grâce est vraiment bien tombée pour un paquet de détenus”, a témoigné Damian Fariñas, 20 ans, qui purgeait une peine de trois ans pour vol.
Une pression accrue des États-Unis
L'administration Trump a réclamé un changement de système sur l'île de 9,6 millions d'habitants, dirigée par les communistes. Le président américain a même laissé entendre qu'il pourrait “prendre Cuba”. Mais les deux parties ont également tenu des pourparlers récemment. L'historien Andres Pertierra, de l'Université du Wisconsin, estime que ces libérations sont clairement liées à des négociations, contrairement à ce qu'affirme le gouvernement cubain. “On prétend que cela n'a rien à voir avec des négociations alors que c'est clairement le cas”, a-t-il déclaré à l'AFP.
Mi-mars, le gouvernement cubain avait déjà annoncé vouloir libérer 51 prisonniers sous l'égide du Vatican, un canal de dialogue régulier entre Cuba et les États-Unis. Au moins 20 prisonniers politiques avaient été libérés à la suite de cette annonce, selon l'ONG Cubalex. Cette nouvelle vague de libérations intervient dans un contexte de tensions croissantes, mais aussi de discussions entre les deux pays. La Havane a précisé que parmi les libérés figureraient des jeunes, des femmes et des détenus de plus de 60 ans, ainsi que des étrangers et des citoyens cubains résidant à l'étranger.
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