“36 % des parents légitiment la fessée” : la Fondation pour l’enfance tire la sonnette d’alarme
Selon la troisième édition du baromètre Ifop pour la Fondation pour l'enfance, publiée ce vendredi 17 avril, 40 % des hommes jugent encore nécessaires les punitions corporelles pour éduquer un enfant, contre seulement 25 % des femmes.
Les chiffres sont sans appel. La troisième édition du baromètre Ifop des violences éducatives ordinaires révèle une divergence croissante entre les représentations masculines et féminines de l'autorité parentale. Ainsi, 40 % des hommes estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, contre seulement un quart des femmes. Un écart jamais observé depuis le début de cette enquête biannuelle.
Cette différence ne se limite pas aux opinions théoriques. Elle se manifeste également dans l'acceptabilité des pratiques : 46 % des pères jugent légitime une punition physique face à un enfant violent, contre 33 % des mères. Plus encore, les hommes sont de plus en plus nombreux à attribuer des effets positifs à ces pratiques, apprendre le bien et le mal, faire cesser un comportement, là où les femmes en soulignent davantage les conséquences négatives : blessures, troubles psychiques ou banalisation de la violence. Un fossé qui s'est nettement creusé depuis l'édition 2024, comme le souligne la Fondation pour l'enfance.
La loi anti-fessée de 2019 peine à s'imposer dans les esprits
Ces divergences interviennent pourtant dans un cadre juridique clair. Depuis le 10 juillet 2019, la loi française " anti-fessée " interdit les violences éducatives ordinaires, précisant dans le Code civil que " l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques ". La France devenait alors le 56e État à bannir les châtiments corporels, quarante ans après la Suède, pionnière en la matière.
Depuis, un parent n'a plus le droit de gifler, de donner une fessée, de taper ou de secouer son enfant. Un arrêt récent de la Cour de cassation, rendu le 14 janvier 2026, est venu enfoncer le clou en rappelant qu'aucun “droit de correction” parental ne peut être invoqué. La haute juridiction s'est appuyée sur l'article 371-1 du Code civil, sur le Code pénal qui prévoit jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour des violences sur mineur par un ascendant, ainsi que sur la Convention internationale des droits de l'enfant, ratifiée par la France en 1990. Malgré cela, la législation peine à s'imposer dans les faits. Près d'un tiers des parents estiment encore que les châtiments corporels sont nécessaires dans certains cas. Le baromètre souligne d'ailleurs que “même chez les parents se disant informés, la légitimation de ces pratiques comme outils pédagogiques persiste”.
83 % des parents reconnaissent des violences verbales ou psychologiques
Les résultats de l'enquête témoignent de l'ampleur du phénomène. Sur l'année écoulée, 83 % des parents reconnaissent avoir eu recours à des violences verbales ou psychologiques, cris, menaces, ignorances, mots dévalorisants comme “stupide” ou “paresseux”. Et 37 % admettent avoir eu recours à des violences physiques.
Le terme de “violences éducatives ordinaires” recouvre un large éventail de pratiques. Certaines restent fortement banalisées : 32 % des parents considèrent que crier ou menacer peut aider un enfant à distinguer le bien du mal. Les punitions corporelles sont jugées légitimes par 39 % des répondants lorsque l'enfant est violent, et par 21 % lorsqu'il désobéit. Plus inquiétant encore, 40 % des parents pensent que l'enfant apprend ce qui est bien ou mal grâce aux punitions corporelles. Et 23 % considèrent que les parents qui utilisent ces méthodes ont raison de le faire.
Pour la haute-commissaire à l'Enfance, Sarah el Haïry, le message doit être ferme : “Il n'y a jamais de petite violence, ça n'existe pas ce concept. Il y a des vrais traumatismes et des conséquences durables pour l'enfant”, que ce soit sur l'alimentation, le sommeil ou un risque de reproduction des violences.
Le poids de l'héritage éducatif
Derrière ces pratiques se dessine une transmission intergénérationnelle. Deux tiers des parents déclarent que l'éducation reçue influence leur manière d'élever leurs enfants. Une proportion qui grimpe à 79 % chez ceux ayant eux-mêmes subi des violences éducatives. Ce continuum contribue à la persistance de comportements pourtant interdits, en les inscrivant dans une forme de normalité familiale. Comme le déplore la Fondation pour l'enfance, les violences éducatives ordinaires " restent profondément banalisées, voire normalisées ". Face à ce constat, Sarah el Haïry avance une piste d'explication : si les violences persistent, c'est peut-être parce qu'il n'existe pas “toutes les clés du soutien à la parentalité permettant de donner des moyens aux parents d'agir et de répondre à des besoins à certains moments”.
Des politiques publiques à adapter d'urgence
Pour la Fondation pour l'enfance, ces résultats appellent à repenser les politiques publiques de prévention. “La prévention ne peut s'adresser aux parents comme à un ensemble homogène”, souligne-t-elle, invitant à tenir compte des représentations différenciées de l'autorité selon le genre. Dans ce contexte, la progression d'une vision plus autoritaire de l'éducation chez certains pères interroge. Faut-il cibler davantage les hommes dans les campagnes de sensibilisation ? Proposer des formations à la parentalité positive spécifiquement adaptées aux pères ? Autant de questions que ce baromètre, réalisé en ligne du 30 janvier au 9 février auprès de 1 005 parents d'enfants de 0 à 17 ans, invite à poser urgemment.
Car si la loi a changé, les mentalités, elles, évoluent plus lentement. Et l'écart qui se creuse entre pères et mères rappelle que l'éducation n'est pas seulement une affaire de règles, mais aussi de représentations profondément ancrées dans le genre et la transmission familiale.
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