Local News

Assassinat de Jovenel Moïse : À Miami, le jury fédéral entame ses délibérations face à deux thèses irréconciliables

06 May 2026
Promote your business with NAN

Près de cinq ans après l’assaut nocturne qui a coûté la vie au président haïtien Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, le procès fédéral de Miami entre dans sa phase décisive. Depuis hier, mardi 5 mai en fin de journée, douze jurés examinent la responsabilité pénale de quatre hommes accusés d’avoir orchestré et financé ce meurtre depuis le sud de la Floride. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Pour le bureau du procureur fédéral, représenté par Jason Wu et Sean McLaughlin, la mécanique du complot ne souffre d’aucune ambiguïté : si un commando colombien a physiquement abattu le chef de l’État dans sa résidence de Port-au-Prince, les quatre accusés jugés à Miami sont les véritables instigateurs. Au centre de ce groupe figurent Arcángel Pretel Ortiz et Antonio Intriago, dirigeants de la société de sécurité CTU basée en Floride, désignés comme les recruteurs des mercenaires. À leurs côtés comparaissent leur collaborateur américano-haïtien James Solages et le financier Walter Veintemilla. Selon l’accusation, l’objectif de cette opération, mûrie pendant trois mois, était de renverser Jovenel Moïse pour installer au pouvoir Christian Emmanuel Sanon (un pasteur jugé séparément pour raisons de santé) et de capter de futurs contrats publics.

Les procureurs s’appuient sur un faisceau de messages incriminants, des transferts de fonds et le témoignage à charge de six autres prévenus ayant déjà plaidé coupable, parmi lesquels d’anciens militaires colombiens ayant participé à l’assaut.

La défense : La thèse du guet-apens haïtien et de l’enquête défaillante

Face à ce récit, les avocats de la défense ont exploité leurs plaidoiries finales, lundi 4 et mardi 5 mai, pour pilonner la solidité de l’enquête américaine. Leur stratégie repose sur l’inversion des responsabilités, pointant du doigt l’appareil d’État haïtien. Selon cette version, les accusés pensaient financer et encadrer une opération légale d’arrestation du président, en soutien aux autorités haïtiennes. La défense soutient que le commando colombien serait arrivé sur les lieux après l’assassinat, perpétré par des acteurs locaux. Les plaidoiries ont désigné Joseph Félix Badio, un ancien responsable de la lutte anticorruption en Haïti, comme le véritable architecte de l’exécution, tout en suggérant une complicité de la veuve du président, Martine Moïse, ou la protection accordée à Badio par des figures de l’État comme l’ancien Premier ministre Ariel Henry.

Au-delà des ramifications politiques, la défense s’est attaquée à la rigueur procédurale du FBI. Emmanuel Perez et David Howard, avocats d’Intriago et de Pretel, ont dénoncé une investigation construite à charge, dépourvue de relevés ADN ou d’empreintes fiables, et contaminée par des pièces à conviction comme un fusil d’assaut et des douilles issues de l’enquête parallèle menée par une police haïtienne jugée peu crédible.

Une évaluation stricte des responsabilités individuelles

Avant de confier le dossier au jury mardi soir, la juge fédérale Jacqueline Becerra a strictement balisé le périmètre des délibérations, qui reprennent ce mercredi 6 mai. Elle a formellement interdit aux jurés de prendre en considération la culpabilité potentielle de suspects absents de la procédure, tels que Joseph Félix Badio. Il leur est désormais demandé de disséquer ce dossier volumineux pour statuer, de manière strictement individuelle, sur le degré d’implication de chaque accusé dans la planification de l’assassinat.