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25 ans de la loi Taubira : à l’Assemblée, une mémoire toujours vive

20 May 2026
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Salle comble ce mercredi à l'Assemblée nationale pour une soirée consacrée aux 25 ans de la loi Taubira. Entre émotion, mémoire et débats politiques, Christiane Taubira a défendu l'héritage d'un texte qu'elle juge toujours essentiel.

Une file d'attente impressionnante s'étirait mercredi 20 mai au soir devant l'Assemblée nationale. Dans une salle comble, élus, étudiants, militants associatifs et anonymes étaient réunis pour célébrer les 25 ans de la loi Taubira, adoptée en 2001, reconnaissant la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité.

Organisée aux côtés par les équipes des députés Christian Baptiste, Davy Rimane et Jean-Victor Castor, la soirée s'est ouverte par la projection d'un long-métrage produit par France Télévisions retraçant les combats politiques et mémoriels ayant conduit à l'adoption du texte. Un débat nourri a ensuite permis au public d'interroger longuement l'ancienne garde des Sceaux.

Très applaudie à son arrivée, Christiane Taubira s'est dite profondément touchée par l'accueil reçu : " J'ai trouvé une émotion profonde, poignante ", a-t-elle confié devant l'assistance, évoquant une soirée " chaleureuse " portée par " un public instruit, cultivé, informé ".

" La loi est installée "

Vingt-cinq ans après le vote du texte, l'ancienne députée de Guyane mesure le chemin parcouru. " La loi est installée ", affirme-t-elle désormais, rappelant toutefois les résistances qui avaient marqué les débuts du combat parlementaire.

" En 1998, les propositions de loi déposées par des députés n'aboutissaient pratiquement pas ", rappelle-t-elle. " Ce n'était pas gagné du tout que la loi arrive en débat. "

Christiane Taubira est également revenue sur les articles finalement abandonnés lors des discussions parlementaires, notamment ceux portant sur les réparations et le négationnisme. " L'article sur la réparation est tombé la veille du débat public ", explique-t-elle, sans vouloir détailler davantage " l'état d'esprit " qui régnait alors dans une partie de la classe politique.

Pour l'ancienne ministre, le texte conserve aujourd'hui une portée universelle. " Le crime contre l'humanité est un absolu ", insiste-t-elle. " Même s'il y a dix victimes, notre responsabilité est de porter à jamais la mémoire de ce crime. "

Le débat des réparations toujours présent

Au fil des échanges, la question des réparations est revenue à plusieurs reprises. Un sujet sensible, toujours absent des grandes avancées législatives françaises sur la mémoire de l'esclavage.

La veille même de cette rencontre, la commission des lois de l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une proposition visant à abroger officiellement le Code noir, jamais supprimé formellement du droit français malgré l'abolition de l'esclavage. Un vote hautement symbolique à quelques heures des commémorations du 10 mai.

Présenté par le député guadeloupéen Max Mathiasin comme un " geste politique puissant ", le texte ne traite toutefois pas de la question des réparations, régulièrement réclamées dans les territoires ultramarins.

Pour Christiane Taubira, les conséquences de l'esclavage dépassent largement le cadre historique. " Nous ne sommes pas ceux que nous aurions été sans ces quatorze siècles ", explique-t-elle, évoquant un bouleversement durable " économique, culturel et ontologique ".

Une mémoire encore en construction

Interrogée sur l'absence répétée d'Emmanuel Macron lors des cérémonies nationales du 10 mai, Christiane Taubira s'est montrée mesurée : " C'est à lui de s'en expliquer ", a-t-elle simplement répondu, rappelant que cette commémoration est une date officielle issue des travaux du Comité national pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage.

Au terme de près de deux heures d'échanges, la figure politique guyanaise a longuement pris le temps de discuter avec le public, multipliant photos et dédicaces.

Un quart de siècle après son adoption, la loi Taubira continue manifestement de susciter débats, émotions et attentes. Et la séquence mémorielle se poursuivra dès ce jeudi à l'Élysée, où Emmanuel Macron doit recevoir Christiane Taubira à l'occasion des commémorations des 25 ans du texte. Le directeur général adjoint de l'Unesco, chargé notamment des questions mémorielles et culturelles, doit également participer à cette réception symbolique. Le chef de l'État devrait profiter de cette prise de parole pour revenir sur la proposition de loi visant à abroger officiellement le Code noir, adoptée la veille en commission des lois à l'Assemblée nationale.

L'ancienne garde des sceaux et députée de la Guyane.
L'ancienne garde des sceaux et députée de la Guyane.
• RL